Fernand Charlot, © Simone Longuet D.r.
Médaillon sur la tombe de la famille Charlot-Domart au cimetière Saint-Acheul,

Matricule « 45.356 » à Auschwitz

Fernand Charlot : né en 1896 à Cramant (Marne) ; domicilié à Amiens (Somme) ; charretier, cheminot, employé de bureau, mécanicien de route ; délégué CGT ; adhérent SFIO, puis communiste ; arrêté le 8 mai 1942 ; maison d'arrêt d'Amiens, interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 12 août 1942.

Fernand Charlot est né le 22 octobre 1896 à Cramant (Marne). Il habite au 30,  rue Sire Bernard à Amiens (Somme) au moment de son arrestation, à quelques numéros de son camarade cheminot Georges Poiret (la rue est située près de la gare).
Fernand Charlot est le fils de Rosalie, Lucie, Courty, 24 ans, vigneronne. Il est légitimé par le mariage de sa mère avec Alfred, Augustin Charlot le 20 août 1898. Fernand Charlot est l’aîné de trois sœurs et deux frères : Emilien (1899-1919, mort à la guerre), Lucienne (1900-1990), Lucie (1902-1997), Amédée (1904-1980), Lucienne (1912). Il a un demi-frère aîné du côté de sa mère, Lucien Dumangin (1892-1914).
Son registre militaire nous apprend qu’il mesure 1m 69, pèse 61 kg, a les cheveux châtains, les yeux marron, le front moyen fuyant, le nez rectiligne
et le visage long. Au moment du conseil de révision, son père est décédé. Il habite avec ses parents au 11, rue des Semons à Epernay et exerce la profession de camionneur (charretier, roulier). Il a un niveau d’instruction n° 3 pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée). Conscrit de la classe 1916, il est mobilisé par anticipation (en vertu du décret de mobilisation générale) en avril 1915, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est affecté le 12 avril 1915 au 14ème RI. Parti « aux armées » le 5 octobre 1915. Il est évacué le 6 février 1916. Il rejoint les armées le lendemain.

Croix de Guerre étoile de bronze

Farnand Charlot est cité à l’ordre de la 5ème Brigade le 9 février : « en campagne depuis le début, a toujours montré un grand courage au cours des
derniers combats. Grâce à son sang froid, a assuré le ravitaillement de sa compagnie
». Il est décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze. Fernand Charlot est blessé à Rancourt (par balle au poignet) et il est évacué blessé le 25 septembre 1916. Il rentre au dépôt le 2 novembre 1916. Il est transféré au 84ème RI le 6 décembre 1916. Le 20 décembre 1916, il embarque à Marseille, en renfort de l’armée d’Orient. Le 1er octobre 1917, il intègre le 45ème  Régiment d’infanterie. Le 7 novembre 1917, il
est évacué malade. Il est évacué sur le Lafayette et arrive à Hyères le 1er janvier 1918, où il est hospitalisé. Il est de retour « aux armées » le 25 mars 1918, mais à nouveau évacué malade le lendemain. Hospitalisé, il retourne au dépôt le 12 août 1918. En service jusqu’à sa démobilisation, le 25 août 1919.
Libéré du service armé, il habite au 20 rue Clabault à Amiens en septembre 1919.
Fernand Charlot épouse Lucienne, Isabelle Domard le 16 décembre 1919 à Amiens. Elle est née le 22 octobre 1898 à Amiens. Le couple a un enfants, Roland, né le 22 septembre 1921 à Amiens (il décède par noyade en 1934).

Emploi réservé comme employé de bureau

Le 11 février 1923, il bénéficie d’un emploi Réservé en tant qu’ex-soldat et il est nommé employé de bureau ordinaire de 3è classe auxiliaire au service géographique de l’Armée.
En juin 1927, ils habitent au 30, rue Sire Bernard, toujours à Amiens.
Puis embauché comme cheminot (il est employé SNCF au recensement de 1931), il est mécanicien de route au dépôt SNCF d’Amiens (n° d’agent SNCF : 40198).
En 1931 et 1932, il est délégué du personnel, élu sur une liste de la CGTU, et membre du Parti Socialiste jusqu’en 1936.
En octobre 1933, il a déménagé au 11, rue de la Madeleine à Boulogne-sur-Mer.
En 1936 et 37, Fernand Charlot est revenu au 30, rue Sire Bernard à Amiens. Pour l’armée, en 1937, il est classé « affecté spécial » en cas de conflit armé. Père de famille de deux enfants, il « passe » à la classe de mobilisation « 1912 ».
Selon des témoignages d’enfants de déportés, Fernand Charlot est membre du Parti communiste après 1936, mais sa fiche de police de fait pas état d’activité militante.

Amiens : chars allemands sur la route de Paris

Après la percée allemande à Sedan, les troupes allemandes se ruent vers Amiens. Située sur la Somme elle est le dernier obstacle naturel avant la Seine et Paris : la ville est un nœud ferroviaire et routier de première importance. Le 19 mai 1940, les Allemands sont aux portes d’Amiens. Malgré une résistance acharnée des armées françaises, Amiens est prise le 20 mai. La prise d’Amiens ouvre à la Wehrmacht la route de Paris et lui permet de poursuivre son offensive vers le sud. Les conditions d’occupation sont très dures. Dès l’été 1940, une poignée d’hommes et de femmes forment les premiers groupes de Résistance dans le contexte de la défaite militaire, de l’occupation, de la mise en place du régime de Vichy. Au PCF, dans la clandestinité depuis septembre 1939, les premières structures de résistance sont opérationnelles à l’automne 1940.

Pendant l’Occupation, dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1942, une grue de relevage de 32 tonnes est sabotée au dépôt d’Amiens. La plaque tournante du dépôt d’Amiens saute le 11 mai 1942 (ce qui paralyse pour longtemps le trafic).
A titre de représailles, les Allemands arrêteront au total 37 cheminots du dépôt d’Amiens pour ces deux sabotages.

Des policiers allemands (Gestapo) arrêtent Fernand Charlot le 8 mai 1942.

manifestation du souvenir, après la guerre : sur la pancarte «Camarades livrés par les traîtres, 1er mai 1942, disparus au camp d’Auschwitz, Poyen, Poiret, Baheu, Dehorter, Charlot, Boulanger, Morin, Allou»).

 Le motif qui figure sur sa fiche établie au DAVCC à partir des archives De Brinon est « Participation présumée aux actes de sabotage d’Amiens du 30 avril« .
Témoignage de Raymonde Fallet-Petit de Saint Gratien (1) . « Dans la nuit du 8 mai 1942, une voiture s’arrête au 30 de la rue Sire Bernard à Amiens. Des coups sont frappés à la porte de Madame Lucienne Charlot qui était seule. Son mari, un cheminot, était au travail, elle ne répondit pas. Lorsqu’il revint, il fut prévenu par ses camarades du dépôt d’Amiens que la Gestapo voulait l’arrêter. Après avoir mangé un morceau à son domicile, il prit de nouveau le chemin du dépôt pour « voir ce qu’on lui voulait » Ceci malgré des recommandations lui proposant d’aller se cacher dans un chalet du chemin du halage à Rivery. Parti avec son épouse, Madame Charlot revint seule… Son mari fut emmené à la prison d’Amiens. On apprit par la suite qu’il avait été dénoncé avec d’autres cheminots, par un ingénieur… Fernand Charlot passa un mois en prison ; sa femme, chaque jour, insérait dans un petit tube en verre, un message qui lui était retourné dans un morceau de pain rendu avec la gamelle de chaque jour ».
Huit autres cheminots du dépôt d’Amiens-Longueau sont arrêtés entre le 3 et le 20 mai et seront également déportés à Auschwitz avec lui : Roger Allou, Clovis Dehorter, Paul Baheu, Fernand Boulanger, Albert Morin, Emile Poyen, Francois Viaud.
Lire l’article du site : Des cheminots d’Amiens-Longueau dans la Résistance.
Fernand Charlot est transféré sans jugement fin mai 1942 de la maison d’arrêt d’Amiens au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». 

Depuis le camp de Compiègne, Fernand Charlot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45 356 ».
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Fernand Charlot meurt à l’infirmerie d’Auschwitz Auschwitz le 12 août 1942, d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 162). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.

Il a été homologué (GR 16 P 121319) au titre de la Résistance intérieure française (RIF), comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance.
Le nom de Fernand Charlot est inscrit sur la stèle commémorative située dans l’enceinte de l’Etablissement de Maintenance et Traction Haute Picardie au 39, rue Riolan à Amiens et sur le monument aux Morts de la Gare du Nordet sur le Monument aux Morts de la Gare du Nord. Tombe « in memoriam » au cimetière St Acheul d’Amiens.

Généanet

Sur la stèle de la famille Charlot-Domart au cimetière Saint-Acheul, on peut lire : « Ici devrait reposer Fernand Charlot âgé de 46 ans, déporté à Auschwitz, exterminé le 31 décembre 1942 par les Allemands. ».
Il est homologué (GR 16 P 121319) au titre de la Résistance intérieure
française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance.

  • Note 1l’ ABCdaire des victimes du nazisme dans la Métropole d’Amiens (ADIRP de la Somme, 2008), page 18, texte tiré des « Martyrs de la Résistance dans l’Amiénois » de Jacques Lejosne (2001)

Sources

  • Lettres de la fille de Claudius Dehorter (2/12 octobre 1990) et de celle de Georges Poiret (10 octobre 1990).
  • Courriers d’André Lalou, grand résistant amiénois, compagnon d’Emile Baheu, ADIRP d’Amiens, déporté à Dachau. Décédé en décembre 2006.
  • Mme Jacqueline Jovelin, la fille de Clovis Dehorter m’a envoyé en octobre 1990 la photocopie d’une carte postale (manifestation du souvenir, après la guerre : sur la pancarte «Camarades livrés par les traîtres, 1er mai 1942, disparus au camp d’Auschwitz, Poyen, Poiret, Baheu, Dehorter, Charlot, Boulanger, Morin, Allou»).
  • Photo de Fernand Charlot, © Simone Longuet D.r. in site « Mémoire vive ».
  • Liste des décédés à Auschwitz, convoi du 6 juillet 1942, du 18 juillet 1942 au 19 août 1942. Ref ACVG 1/19, dite «liste N°3».
  • Liste des détenus (noms et matricules) ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz du 23 juin au 5 décembre 1942. ACVG, Ref. 3/5 et 3/T3.
  • «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Paris 1995 (basés essentiellement sur les certificats de décès, datés du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, relatifs aux détenus immatriculés au camp d’Auschwitz. Ces registres sont malheureusement fragmentaires.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © The Central Database of Shoah Victims’ Names
  • Archives en ligne de la Marne, Etat civil.
  • Registres matricules militaires.
  • Recensement de la population, Amiens, 1931.

Notice biographique rédigée en juillet 2011, complétée en 2015, 2018 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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