Matricule « 46.273 » à Auschwitz

Isaac Feitlowicz est né le 15 avril 1894 à Petrokow (Biélorussie) ; domicilié à Essonnes (Seine-et-Oise / Essonne) ; typographe, tailleur ; arrêté le 30 septembre 1941 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 17 août 1942.

Isaac Feitlowicz (ou Icek Feitlowez ou Felloviez Jacques au recensement de 1936) est né le 15 avril 1894 à Petrokow (Biélorussie). Au moment de son arrestation, il habite 26, rue de Paris à Essonnes – commune fusionnée avec Corbeil en 1951 – (Seine-et-Oise / Essonne).
Il est le fils de de Léa Biez et de Manuel Feitlowicz, chef de chantier, son époux. Pendant la première guerre mondiale, il est mobilisé dans l’armée impériale russe.
Le 17 mai 1922 à Odessa (Ukraine, rattachée cette année-là à l’URSS), il épouse Zina Liter, née en 1899 à Odessa (alors en Russie).
Il a une formation de typographe. Le couple aura trois enfants : Suzanne, le 26 décembre 1923, David, le 17 janvier 1925, et Charles, le 14 mai 1929 (tous trois nés à Paris).

Décret de naturalisation du 11 mai 1933

Le 11 mai 1933, Isaac Feitlowicz obtient la nationalité française. Cotes archives : BB/34/482 vue 62/87

Entre les années 1926 à 1935 La famille est domiciliée rue Froissart, à Paris 3ème (les registres de recensement sont manquants pour l’année 1931 dans le quartier des « Enfants rouges » : la famille Feitlowicz n’y figure pas en 1926).
En 1936, la famille habite au 24, rue de Paris à Essonnes. Ils y sont recensés sous le nom de Felloviez. Le registre de recensement porte le prénom de Jacques pour le chef de famille, exerçant la profession d’artisan typographe, comme son épouse Zina. Les trois enfants sont nés à Paris.

Le département de la Seine-et-Oise (une partie constituera l’Essonne le 1er  janvier 1968) est occupé malgré la résistance acharnée du 19e régiment de tirailleurs algériens sous les ordres du colonel Chartier, qui ne capitulera – faute de munitions – que le 16 juin. Le 14 juin, l’armée allemande est entr »e par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).
«A l’automne 1941, un «Code des otages» rappelle et formule les règles devant gérer les fusillades et le choix des victimes. Cette période est l’occasion d’une nouvelle radicalisation de la politique répressive des autorités allemandes. Mais dès décembre 1941, alors qu’Hitler juge insuffisant le nombre d’otages fusillés, le MBF demande également à Berlin d’y ajouter des déportations massives de représailles, considérées plus dissuasives. Si les communistes sont inscrits en priorité sur les listes d’otages, les Juifs sont rapidement ajoutés dans la définition des victimes, surtout à partir de l’automne 1941 : les autorités allemandes, militaires compris, visent donc «l’ennemi judéo-bolchevique» (1).
Dans le cadre d’une politique de « contrôle et d’exclusion » (selon le titre d’un chapitre de la thèse de Denis Pechanski sur les camps d’internement) des instructions de Vichy concernant les « israélites suspects au point de vue national» sont envoyés aux Préfets. Le 30 août 1941, le commissaire de Police de la circonscription de Montgeron dont dépend Essonnes fait une note au commissaire principal chef de district : « Felloviez a une attitude suspecte au point de vue national, bien qu’il n’ait pas pris parti activement, il reste un adversaire du gouvernement. Il fait d’autre part l’objet d’une proposition de retrait de la qualité de français » (la dénaturalisation n’a pas été effectuée : son nom ne figure en effet pas sur la base de donnée des « dénaturalisés de Vichy » aux Archives nationales, et elle n’apparait pas sur le document publié plus haut : or ces fiches sont « actualisées » à la main en 1942 et 1943 en cas de dénaturalisation, avec la mention « retrait » et la date du décret).
Le commissaire principal ajoute à la main : « Rien ne s’oppose à l’internement, par nos propres moyens, du juif Felloviez Isaac ».
Le 10 septembre 1941, Henri Chavin  (directeur de la Sûreté Nationale depuis le 1er  septembre 1940, nommé secrétaire général pour la police d’État) transmet le dossier d’Isaac Feitlowicz (et non plus Jacques ou Isaac Felloviez) au Préfet de Seine-et-Oise proposant un « internement administratif » (2). Isaac Feitlowicz doit être « astreint à résider dans le centre de séjour surveillé d’Aincourt, où il sera immédiatement conduit ». Le 16 septembre, le Préfet Marc Chevallier adresse un courrier à la Feldkommandantur de Saint-Cloud, mentionnant Isaac Feitlowitz et Robert Rozenblat, juif polonais, militant communiste de Savigny-sur-Orge, le préfet écrit : « étant donné les origines de ces individus, et eu égard à l’intérêt qui s’attache à ce qu’ils soient mis dans l’impossibilité d’exercer leur activité subversive, je vous serais obligé de bien vouloir me faire connaître s’il ne serait pas possible d’obtenir des Autorités allemandes compétentes l’autorisation de les envoyer au Frontstalag 122 à Compiègne, où ont été conduits à la fin du mois de juin un certain nombre de ressortissants de l’U.R.S.S., de juifs russes, d’Espagnols ayant combattu dans les rangs de l’armée rouge, et de communistes français, le CSS d’Aincourt étant en principe réservé aux français ».
Isaac Feiltowicz est arrêté le 30 septembre 1941. 

Le 6 octobre 1941, Isaac Feitlowicz est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) au camp Juif. Lire dans le site : «Les otages juifs du convoi».
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Isaac Feitlowicz est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 46.273 ».
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
« Les victimes les plus menacées par [les] actions criminelles [des SS et des Kapos] sont en premier lieu les Juifs. Sur les 51 « 45 000 » morts au cours du premier mois (entre le 8 juillet et le 8 août), 21 étaient des Juifs. Le 18 août au matin, 40 jours après l’arrivée, 34 d’entre eux avaient perdu la vie (soit 68 % de leur nombre total) ; dans le même temps, 142 « 45 000 », appartenant aux autres catégories d’otages, avaient disparu, soit 13 % d’entre eux. La froide éloquence de ces statistiques est confirmée par les récits des «45000» rescapés ». (Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, pages 145-146).

Isaac Feitlowicz meurt à Auschwitz le 17 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 278).
La mention « Mort en déportation » est apposée sur son acte de décès (arrêté du 15 décembre 1989).
Issac Feitlowicz a été homologué « Déporté politique » et déclaré « Mort pour la France« .
Il est inscrit sur le « Mur des Noms » situé sur le parvis du Mémorial de la Shoah, dans le quartier du Marais à Paris 4è

  • Note 1 : (S. Klarsfeld, 1979 ; U. Herbert, 1998 ; C. Cardon-Hamet, 1997-2000 ; A. Meyer, 2002 ; J-M.Berlière, F. Liaigre, 2004). In Thomas Fontaine. © Chronologie : Répression et persécution en France occupée 1940-1944, juin 2010. Lire aussi dans ce site : Une déportation de répression de la Résistance.
  • Note 2 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par legouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement administratif de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Les premiers visés sont les communistes.

Sources

  • «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Paris 1995 (basés essentiellement sur les certificats de décès, datés du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, relatifs aux détenus immatriculés au camp d’Auschwitz.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en avril 1992.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com

Notice biographique rédigée en août 2011, complétée en 2018 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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