Marcel Ouvrier : né en 1899 à Paris 6ème ; domicilié à Paray-Vieille-Poste (Seine-et-Oise / Essonne) ; émailleur ; conseiller municipal communiste ; arrêté le 24 octobre 1940 ; interné aux camps d’Aincourt et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt.

Marcel Ouvrier est né le 2 août 1899 à Paris (VIème). Il habite au 72, route de Morangis à Paray-Vieille-Poste (Seine-et-Oise / Essonne) au moment de son arrestation. Il est le fils de Marie Martin, 23 ans, née en 1876 dans la Nièvre, couturière, et de Joseph Ouvrier, 25 ans, né en 1873 en Savoie, fabricant d’instruments de précision son époux.
Son registre militaire nous apprend qu’il mesure 1m 59, a les cheveux châtains clairs, les yeux marron, le front marqué, le nez cave, le visage ovale. Il a une cicatrice à l’œil gauche. Au moment du recensement avant le conseil de révision il habite chez ses parents au 11, rue Rousselet à Paris 3ème.
Il exercera le métier de fabricant d’yeux artificiels, puis celui d’émailleur.
Il a un niveau d’instruction n° 3 pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1919, il est recensé dans le département de la Seine (matricule 677 du deuxième bureau). Il est mobilisé par anticipation (en
vertu du décret de mobilisation générale) en avril 1918, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est affecté le 15 avril 1918 au 113ème Régiment d’infanterie.  Il est nommé caporal le 23 juillet 1919.
Il est transféré au 12ème Régiment d’Infanterie le 20 mai 1920. A partir du 20 mars 1920, il est envoyé « au Levant en guerre » jusqu’au 1er juillet
1920. Puis il est transféré au 89ème RI le 8 novembre 1920.
Il est libéré de ses obligations militaires le 23 mars 1921 et retourne à la vie civile au 61, rue de Sèvres, Paris 6ème.
En décembre 1920, il habite au 27, boulevard Beaumarchais à Paris 4ème.
Il se marie le 31 mai 1924 à Athis-Mons (Seine et Oise / Essonne) avec Yvonne Reinette Napliste. Elle est née 1897 à Chatillon sur Seiche. Le couple a un fils, Jean. Un autre enfant, Eugène, né en 1925 est décédé en 1927.
En juillet 1930, il vient habiter Paray-vieille-poste au 10, route de Morangis « villa champs de Mars ». Marcel Ouvrier est artisan. Ancien combattant de la guerre 1914/1918, il préside la Section locale de l’ARAC.
Il est élu conseiller municipal communiste de Paray-Vieille-Poste sur la liste dirigée par Léon Bertrand et devient 2ème adjoint au maire de cette ville en 1935. En 1936, le registre du recensement indique que Marcel Ouvrier est occulariste, qu’il vit au 10, route de Morangis avec sa femme, sans profession, leur fils Jean et un nourrisson Claude Guipier, né en 1934 à Sartrouville.
En octobre 1938, il travaille comme émailleur chez Hispano-Suiza à Bois-Colombes. Cet emploi le classe «affecté spécial» pour la réserve de l’armée (il serait mobilisé sur son poste de travail en cas de conflit armé, car les usines Hispano où il travaille sont considérées par l’Armée comme relevant de la Défense nationale (tableau III). Cette « AS » est prorogée jusqu’au 6 avril 1939. Ensuite il repasse comme personnel militaire au Central le 12 juillet 1939. Il est affecté spécial chez Hispano-Suiza (Bois-Colombes) au début de la 2ème guerre mondiale.
Le 5 octobre 1939 le maire de Paray, Léon Bertrand, et tout le conseil municipal sont suspendus : à partir du 20 novembre 1939 et pendant toute l’Occupation, la commune est «administrée» (délégation spéciale présidée par M. Chrétien, puis par Marcel Souillat jusqu’à la Libération de Paray, le 24 août 1945).

Le 15 juin la gare de Juvisy est bombardée par la Luftwaffe. Le département de la Seine-et-Oise (une partie constituera l’Essonne le 1er  janvier 1968) est occupé malgré la résistance acharnée du 19ème régiment de tirailleurs algériens sous les ordres du colonel Chartier, qui ne capitulera – faute de munitions – que le 16 juin. Le 14 juin, l’armée allemande est entrée par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France.
Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).
En mai-juin 1940, il a rejoint à bicyclette l’entreprise Hispano repliée sur les ateliers de Soues près de Tarbes (Hautes-Pyrénées), où les personnels des usines de Chatillon, Rennes et Le Havre ont été « repliés ». « Affecté spécial », il est démobilisé le 4 juillet 1940, et va retrouver son épouse et leur enfant à Florentin (Tarn), où ceux-ci s’étaient réfugiés. Ils séjournent à Florentin jusqu’au 20 août 1940.
Rentré à Paray, Marcel Ouvrier constate que sa maison a été cambriolée. Il s’inscrit au chômage, puis trouve du travail au terrain d’aviation d’Orly.
A l’automne des militants communistes diffusent les tracts et journaux du Parti clandestin. Fin septembre 1940, les services de police notent une recrudescence de la propagande communiste et ressortent les dossiers des Renseignements généraux. Estimant que Marcel Ouvrier « peut-être considéré comme l’éminence grise du noyau communiste de Paray-Vieille-Poste ayant pris part à la réorganisation de la propagande locale, le commissaire de police du 2ème  district (circonscription d’Athis-Mons), rédige le 24 octobre 1940 un formulaire d’arrestation  indiquant : « Son internement administratif s’impose pour mettre fin à l’activité communiste locale ».
Le maire est arrêté le 24 octobre 1940, par la police française, en même temps que l’ensemble du Conseil municipal (cinq d’entre eux seront déportés à Auschwitz : François Malard, Henri Dugrès, Marcel Ouvrier, Eugène Tartasse et Marcel Vaisse.
Ces arrestations ont lieu dans le cadre des rafles organisées à partir du 5 octobre 1940 (avec l’accord de l’occupant) par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine et de la Seine-et-Oise (élus, cadres du parti et de la CGT) avec la remise en vigueur du décret du 18 novembre 1939 sur «l’éloignement des suspects et indésirables».
Marcel Ouvrier est interné le 24 novembre 1940 au camp d’Aincourt, en Seine-et-Oise, ouvert spécialement, le 5 octobre 1940 pour y enfermer les militants arrêtés. Le maire Léon Bertand est déporté en Algérie. (Lire dans le site Le camp d’Aincourt).
A Aincourt, Marcel Ouvrier dessine un croquis du camp, sur une écorce de bouleau précieusement gardée par son fils (sa reproduction photographique figure dans l’ouvrage «Paray d’hier et d’aujourd’hui»).
Le 27 juin 1941 Marcel Ouvrier est remis aux autorités allemandes à leur demande. Elles le transfèrent avec 87 autres internés, dont ses quatre camarades de Paray, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122).
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Marcel Ouvrier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «45943 ?» », figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Et la photo du matricule «459943» est manquante. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro, qui ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».

Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français a fixé arbitrairement celle-ci «en janvier 1943» ce qui semble très improbable.

Le nom de Marcel Ouvrier figure sur le monument aux morts du cimetière de Paray, ainsi que sur le monument «Aux Héros de la Résistance 1940-1945», place Maxime Védy, avec celui de 12 autres de ses camarades, fusillés ou mort(e)s en déportation.
Par un arrêté ministériel de 1949 paru au Journal Officiel du 18 décembre 1949, il est homologué comme « Sergent » à titre posthume au titre de la Résistance intérieure française, avec prise de rang au 1er octobre 1940.
A l’initiative du maire Léon Bertrand revenu de déportation en Algérie, une rue, l’avenue Marcel Ouvrier, honore son nom depuis octobre 1944. La SCI Marcel Ouvrier y est installée au n°6.

Sources

  • Correspondance avec Mme Janine Henin professeur d’Histoire : courriers et envoi d’une partie de la maquette du livre «Paray d’hier et d’aujourd’hui» / Collectif, Henin (J.), coord. Ville de Paray-Vieille-Poste, 1988.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997 notice rédigée par Nadia Tenine-Michel.
  • Liste du Mouvement de Libération Nationale: dossier AU2.
  • Mairie de Paray (1989).
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. « Premier camp d’internement des communistes en zone occupée« , Dir. C Delporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines /
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Sitewww.mortsdanslescamps.com
  • © Archives en ligne de Paris. registres matricules militaires.

Notice biographique rédigée en août 2011, complétée en 2018 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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