Adrien Bécue à Auschwitz

Matricule « 45 217 » à Auschwitz


Adrien Bécue : né en 1911 à Bertry (Nord) ; domicilié à Suresnes (Seine); tôlier chaudronnier ; communiste ; arrêté le 27 août 1940, libéré en novembre 1941; arrêté le 28 avril 1942 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 23 décembre 1942.

Adrien, Louis, Jean-Baptiste Bécue est né le 5 juin 1911 au domicile de ses grands-parents maternels, rue de la Largillière à Bertry (Nord). Il habite à Suresnes (Seine / Hauts de Seine) au 8, avenue Alexandre Maistrasse au moment de son arrestation.
Son camarade René Jodon habite au n° 4 de la même rue.
Il est le fils d’Odile Delhaye, 24 ans, ménagère, née et mariée à Bertry avec Adrien, Albert Bécue, 28 ans employé, né à Saint-Omer, ouvrier forgeron (frappeur) son époux.
Ses deux parents habitent à Epernay.

Alors qu’il effectue son service militaire comme canonnier au 186è Régiment d’artillerie lourde, cantonné à Dijon, Adrien Bécue épouse Julienne, Marie Raulin à Bertry le 31 décembre 1932. Tisseuse, elle est née à Bertry le 28 mai 1911, où elle demeure.
Le couple a un garçon, Claude, Adrien, Julien, né à Bertry le 7 avril 1934.
En 1936, la famille est venue habiter Suresnes, au 8, avenue Alexandre Maistrasse.
Adrien Bécue est tôlier chez Laffly à Asnières (marque d’automobiles et camions :
Société des Etablissements Laffly, 94, avenue des Grésillons à Asnières, Seine)​.
Il est ajusteur, selon Emile Bouchacourt, de Suresnes, rescapé du même convoi, ou chaudronnier selon sa fiche au DAVCC.
Sportif, il est devenu un des dirigeants de L’Étoile sportive suresnoise.
Militant du Parti communiste « depuis de nombreuses années dans la région Paris-Ouest » (document PC), il est actif dans la clandestinité dès 1939.

Le 3 juin 1940, plusieurs bombes tombent sur Suresnes, dont deux rue de Verdun. Le vendredi 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France.
Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 24 juin, la première présence allemande se manifeste par un side-car arrivant par la rue du Bac. Les pavillons entourant le fort sont occupés, ainsi que la Radiotechnique rue de Verdun. Plusieurs unités de la Wehrmacht s’installent à Suresnes (la cavalerie est cantonnée rue de Verdun, les chevaux sont gardés aux écuries de l’entreprise Watelet).
Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

L’Humanité clandestine n° 68, Coll Claudine Cardon-Hamet

Au tout début de l’Occupation, Adrien Bécue est arrêté le 27 août 1940, par la police française et inculpé de « blessure à agents ».
Il s’agit des suites d’une distribution de tracts communistes (l’Appel au peuple de France et des exemplaires ronéotypés de L’Humanité n° 68 datée du 9 août), le matin du 25 août, au marché de la Cité-jardin de Suresnes, au cours de laquelle deux inspecteurs en civil, alors qu’ils essayaient d’appréhender un des militants sont bousculés par des habitants. Un des inspecteurs est blessé au visage.
Adrien Bécue et René Q., 27 ans, de Suresnes sont arrêtés. Un troisième homme, Gabriel C., reconnu par l’inspecteur blessé est activement recherché.
Adrien Bécue est incarcéré à la Santé le même jour. Il est remis aux Allemands le 1er octobre 1940. Son domicile est perquisitionné en vain par des policiers du commissariat de Puteaux le 24 octobre 1941.
Adrien Bécue est libéré, sans être passé en jugement, en novembre de la même année.

Adrien Bécue est de nouveau arrêté le 25 ou le 28 avril 1942, à son domicile, par la police allemande, vraisemblablement lors d’une des rafles organisées par l’occupant dans tout le département de la Seine, à la suite d’une série d’attentats à Paris qui sont à l’origine de l’exécution d’otages (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff). Ces rafles touchent un grand nombre de militants arrêtés une première fois par la police française pour activité communiste depuis l’interdiction du Parti communiste le 26 septembre 1939 et libérés à l’expiration de leur peine.
Adrien Bécue est interné au camp allemand de Compiègne (le Frontstalag 122) en mai 1942 (date selon le témoignage de madame Buchaille, sœur de René Jodon, déporté avec lui à Auschwitz).
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Adrien Bécue est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942.
Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45 157 » et « 46 326 », d’où le nom de « convoi des 45 000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité.
Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est immatriculé le 8 juillet 1942

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 452 17 » selon la liste par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.
Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

L’entrée du camp d’Auschwitz

Adrien Bécue meurt à Auschwitz le 23 décembre 1942 (selon la liste par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens polonais). Mais il serait décédé fin février 1943 selon les deux rescapés suresnois, Emile Bouchacourt et Clément Pellerin.

Il a été déclaré « Mort pour la France« . Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué. La mention « Mort en déportation » a été apposée sur son acte de décès (Arrêté du 20 mai 1987 paru au J.O. du 18 juillet 1987), qui indique décédé en 1942 à Auschwitz (Pologne).

Sa veuve est décédée le 24 février 1994 à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). >
Leur fils Claude est décédé le 8 mars 2017 à Suresnes.

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45 000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis devenu après-guerre directeur du Musée d’Etat d’AuschwitzBirkenau) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Témoignages Emile Bouchacourt, de Lucien Penner, Clément Pellerin, et Maurice Rideau.
  • Mairie de Suresnes, état civil, 1988.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC, Ministère de la Défense, Caen), et Fiche de renseignements de la Santé.
  • Archives de la Préfecture de Police, Le Pré Saint Gervais, 25 rue Baudin, 93310.
  • © Site Légifrance.gouv
  • AD 92, recensement Suresnes 1936, p.17/551.

Notice biographique rédigée en novembre 2007 (complétée en 2016,  2019 et 2022) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique.
Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *