Registre des actes de décès de l’année 1942
Après la mort d’un détenu immatriculé au camp d’Auschwitz, un certificat de décès était rempli pour le bureau d’état civil d’Auschwitz. 

L’état civil du camp établissait 2 copies (les «Zweitbücher») dont l’une était destinée à l’administration centrale de la SS à Berlin et l’autre était classée à Auschwitz même (on a retrouvé dans les archives de Moscou, les 46 volumes emportés par les troupes soviétiques en janvier 1945).

Agrandissement du « certificat de décès » de Georges Varenne

Lorsque l’on examine ces registres, on constate que les mentions portées sur le certificat de décès, sont répétitives : par exemple «Kachexie bei Darmkatarrh» (cachexie par entérite), «Schwäche des Herzmuskels» (faiblesse du muscle cardiaque ou «Schwaches Herz und Fleckfieber » (faiblesse cardiaque et typhus), « Urämie » (urémie).
Grâce au témoignage d’une des déportées employée à l’état civil d’Auschwitz, on sait que ces mentions sont fictives : les détenus avaient ordre d’indiquer une cause naturelle choisie au hasard sur une liste de maladies. Nous avons une illustration de ces falsifications avec les cent quarante-huit déportés du convoi du 6 juillet déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942.
Ce même jour un nombre important d’autres détenus du camp sont déclarés décédés à ces mêmes dates). D’après les témoignages des rescapés qui connaissaient bien certains d’entre eux, ces «45000» ont tous été gazés à la suite d’une vaste «sélection» dans le camp des «inaptes au travail».
L’historienne polonaise Héléna Kubica a minutieusement relevé ces falsifications sur les actes de décès dans son étude sur la mort officielle pour cause de «pneumonie bilatérale» d’enfants polonais.
En comparant les actes de décès avec les mentions portées sur les registres de la morgue par la Résistance du camp, elle montre qu’ils ont en fait été tués par injection d’une piqûre de phénol dans le cœur (ci-contre une photographie du livre de la morgue où j’ai entouré le numéro matricule de François Gauthier).
En accolade on lit le mot polonais “spizla” (seringue),  in Death books from Auschwitz). Héléna Kubica explique également comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz».

Claudine Cardon-Hamet, docteur en histoire, auteure de
deux ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » (éd. Graphein, Paris, 1997 et 2000, épuisé) avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) – et Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 (éd. Autrement, collection Mémoires, Paris, 2005, mis à jour en 2015) édité avec le soutien de la Direction du Patrimoine et de l’Histoire et de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

 

Lire également dans le site : Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz., ainsi que l’article du «Patriote Résistant» de mars 2011 Mention « Mort en déportation » et dates de décès (lien devenu inactif)

Sources

  • Helena Kubica : “Polish children and young people” p.206, et “Methods and types of treatment”, p. 318 in“Auschwitz 1940-1945”,
    tome 2. Musée d’état d’Auschwitz-Birkenau 2000.
  • Death Books from Auschwitz / Sterbebücher von Auschwitz / livre des morts), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés). Tome 1.

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