Louis Demarest le 8 juillet 1942

Matricule 45451 à Auschwitz

Louis
Demarest
est né le 1er mai 1898 au Grand-Quevilly
(Seine-Maritime). Il est le fils de Jeanne, Léonie Duval, 30 ans, ménagère et d’Emile Henri Demarest, 34 ans, journalier, son époux. Ses parents habitent Grande rue au Grand-Quevilly.

Il habite au 39 rue Bugnot à Sotteville-lès-Rouen
(Seine-Inférieure/Seine-Maritime) au moment de son arrestation. 

Son registre matricule
militaire nous indique qu’il est roux, a les yeux bleus et mesure 1m 74.

 Louis Demarest est plombier.

Conscrit de la classe 1918,
il est mobilisé par anticipation le 17 avril 1917 : il passera
successivement aux 8ème, 81ème, 300ème et 303ème
régiments d’artillerie. Il est démobilisé le 9 mars 1920. Il aura été au front
entre le 1er mai et le 11 novembre 1918.

Après avoir été démobilisé,
il habite au 108 rue Lafayette à Rouen (4 août 1920), puis rue du Mistral.

Le 24 décembre 1923 à Sanvic, Louis Demarest épouse Germaine, Léontine Cagnion.

Louis Demarest est alors ouvrier gazier au Gaz, au Grand-Quevilly. 

Le couple habite au chemin de la Salle
au Grand Quevilly en 1931. En mars 1939, il habite au 39 rue Bugnot à
Sotteville-les-Rouen

Militant communiste, il est secrétaire du
syndicat CGT des Gaziers de l’Ile Lacroix à Rouen.

Puis secrétaire de l’Union locale des syndicats de Rouen et sa banlieue (rapport de police).

Il travaille comme « plombier de canalisation » à la Société Lyonnaise des Eaux et de l’Eclairage avant la déclaration de guerre en 1939.

Extrait de l’enquête police du 27 mai 1942

Selon la Police (enquête du 12 février 1942) qui reprend les affirmations de la direction de la Lyonnaise des Eaux, il a été délégué du personnel : « il est bien connu pour avoir milité en faveur du Parti communiste« . « Dirigeant syndicaliste, sous le couvert d’une propagande syndicale, amené un grand nombre de ses camarades de travail à partager ses opinions politiques« . 

A la déclaration de guerre, il est « requis civil » sur son lieu de travail. 

Il est soupçonné par les services de police de poursuivre « son activité néfaste« , le Préfet de Seine Inférieure change son « fascicule d’attente » en « ordre d’appel aux armées« . Louis Demarest est donc mobilisé au service armé le 8 février 1940. Il arrive au dépôt d’artillerie le 15 février 1940.

Il est fait prisonnier le 18 juin 1940 à Vire (Calvados). Il est interné au Stalag II D. Il n’est rapatrié que le 4 juillet 1941, en tant qu’ancien combattant de 14-18.

Après sa démobilisation, la Lyonnaise des Eaux refuse de renouveler son contrat de travail « elle lui reproche d’avoir, alors qu’il était délégué du personnel, affiché ou fait insérer dans les journaux, des articles injurieux et préjudiciables à cette entreprise (extrait de l’enquête de police du 27 mai 1942). Louis Demarest porte alors plainte contre la Lyonnaise pour non respect du décret qui garantit aux démobilisés la reprise de leur contrat de travail (Loi du 30 juin 1941). Cette plainte sera instruite le 12 février 1942 par le cabinet du Préfet qui interroge les services de police, non sans avoir noté que Louis Demarest « aurait même été interné par mesure administrative« . 

Louis Demarest a en effet été arrêté : si on ignore la date exacte
de son arrestation, on peut la déduire de la date de son internement à
Compiègne, le 25 octobre 1941 que l’on connait 
grâce à son numéro d’immatriculation relevé par un des internés parisien. 

En effet une centaine de militants communistes ou présumés
tels de Seine-Inférieure ont été raflés entre les 21 et 23 octobre 1941, et internés administrativement, sans jugement. 

Ces arrestations sont ordonnées par les autorités allemandes en représailles au
sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de
Pavilly) Lire dans le blog Le
« brûlot » de Rouen

Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de
Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à la
demande de celles-ci, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à
Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. La moitié
d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz. 

En conséquence, il est
plus que probable que Louis Demarest ait été arrêté par la police française entre le 21 et
le 23 octobre 1941, en tant que «membre
du Parti communiste
».

Suite de la réponse du commissaire de Rouen, 27 mai 1942

L’enquête de police demandée par le cabinet du Préfet en février est effectuée en mai 1942 sous couvert du commissaire divisionnaire de Rouen (courrier du 27 mai 1942). 

La justification qui est faite du non réemploi de Louis Demarest par la Lyonnaise des Eaux mérite qu’on la cite intégralement, tant elle est marquée par la mauvaise foi (Louis Desmarest proteste de son non réemploi après guerre, et non de sa mobilisation) et la volonté de lui nuire :  » Demarest n’a pas été congédié parce qu’il était à cette époque requis civil, mais comme il était soupçonné de continuer sa propagande néfaste, il a vu sur la demande de monsieur le Préfet de la Seine-Inférieure, changer son fascicule d’attente en un ordre d’appel aux armées. Toujours en raison de son activité passée, il est actuellement détenu au camp de concentration de Compiègne, par les Autorités Allemandes. De caractère méchant et sournois, sans toutefois n’avoir jamais été condamné, cet individu ne semble pas mériter un appui quelconque »

A Compiègne, il reçoit le
matricule 2030 (liste de Georges Prévoteau). Pour
comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le
blog «une déportation d’otages
».

Immatriculation à Auschwitz

Louis Demarest est déporté à
Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier
de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine
d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz)
faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en
France, les «Judéo-bolcheviks»
responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti
communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir
d’août 1941.

Louis Demarest est enregistré
à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45451» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par
les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz et  la liste officielle N°3 (BAVCC).

Louis Demarest meurt à
Auschwitz le 2 août 1942 d’après le certificat
de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, tome 2 page 219).

Les barbelés d’Auschwitz

La mention «Mort en déportation» est apposée sur son
acte de décès (arrêté du 16 février 1988 paru au Journal Officiel du 22 mars
1988). Cet arrêté porte toujours la date de décès fictive (décédé en décembre 1942). Il serait
souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la
date portée sur son certificat de décès de l’état civil 
d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée
d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les
différences de dates entre celle inscrite dans le «Death books» (qui correspond au registre d’état civil de la
municipalité d’Auschwitz) et celle portée sur l’acte décès de l’état civil
français. Les
dates de décès des « 45000 » à Auschwitz
.

Louis Demarest est homologué
«Déporté Politique» en 1955. La carte
est délivrée à Mme Germaine Demarest, 39 rue Bugnot à Sotteville-lès-Rouen.

Sur proposition du Maire
Roland Taffereau, une rue de Sotteville-Lès-Rouen porte son nom, qui est
inscrit sur le monument aux morts de cette commune.

Sources

  • Fichier national du Bureau des archives des
    victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
    Fiche individuelle consultée en octobre 1993.

  • Photo de l’évacuation de
    Sotteville in© Site Internetde la Mairie de
    Sotteville-Lès-Rouen.
  • Archives en ligne de seine-Maritime, registre matricule militaire.
  • Liste de déportés de
    Seine-Maritime établies à son retour de déportation parLouis
    Eudier
    in «Notre combat de classe et
    de patriotes, 1934-1945
    » (annexes).
  • Liste de militants dela CGTfusillés ou déportés pour
    leur action dansla
    Résistance
    établie parla CGTde Seine Maritime (identique à la précédente,
    avec la même erreur qui indique Louis Demarest fusillé).
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne», collectés avant le
    départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème,
    mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800).
  • Death Books from Auschwitz,
    Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres
    – incomplets – de l’état civil d’Auschwitz ayant enregistré, entre
    le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par
    matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du
    Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des
    conflits contemporains (Ministère dela Défense, Caen) indiquant généralement la date de
    décès au camp.
  • Décédés du convoi de
    Compiègne en date du 6/7/1942. Classeur Ausch. 1/19,liste N°3(Bureau des archives des victimes des conflits
    contemporains / Ministère dela
    Défense
    , Caen).
  • ©
    Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Google Street View 
  • ©
    Site Internet«Genweb».Relevé
    Sotteville-lès-Rouen, Jean Mamez.
  • Recherches de Jean-Paul Nicolas, collaborateur du Maitron, aux AD de Seine Maritime (mai 2014).  Note du chef de la division financière de la Préfecture de Seine Inférieure au Préfet (17 février 1942), Demande de renseignements du Préfet (19 mai 1942) et réponse du commissaire divisionnaire de Rouen (27 mai), note du secrétaire général de la préfecture (30 mai 1942), qui reprend les « conclusions » du commissaire divisionnaire.

Biographierédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, complétée en  2012, 2014 et 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en
Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6
juillet 1942»
, Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6
juillet 1942 dit des «45000
», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000
(épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce
blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette
biographie. *Pour compléter ou corriger cette
biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 
Pensez à indiquer les sources et
éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces
renseignements et illustrer cette biographie. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.