Plaque au cimetière du Père Lachaise, photo DR André Montagne

Matricule « 45.532 » à Auschwitz

René Fayolle : né en 1922 à Lens (Pas-de-Calais) ; Il habite à Clamart (Seine)  ; riveteur sur tanks chez Renault ;  membre des jeunesses communistes ; arrêté en novembre 1941 ; condamné à 10 mois de prison (Poissy) ; libéré le 5 août 1941 , arrêté 6 jours après ; interné aux camps de Rouillé et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 4 août 1942.

René Fayolle est né le 23 février 1922 à Lens (Pas-de-Calais). Il habite au 1, rue de la Cavée à Clamart (Seine / Hauts-de-Seine).
Il est le fils aîné d’Angèle, Adonis, Elise Reversez-Legris, 22 ans et de César, Benoît, Jules Fayolle, 25 ans, son époux, mariés à Outreau le 25 septembre 1920.
René Fayolle a un frère, (René, Henri, Joseph) dit Henri, né le 26 juin 1925 à Saint-Martin-d’Hardinghem, et une sœur, Gisèle, née le 3 janvier 1935 à Paris. Il est célibataire.
Il est riveteur sur tanks aux usines Renault-Billancourt (Seine / Hauts-de-Seine).
René Fayolle est membre des Jeunesses communistes.  De la classe 1942, il n’est pas mobilisable à la déclaration de guerre.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la banlieue parisienne est occupée les jours suivants. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Pendant l’Occupation, il distribue des tracts, inscrit des slogans sur les routes. Il est arrêté (sans doute fin octobre ou début novembre 1940) «en
flagrant délit, en train d’inscrire des slogans antinazis sur le sol
» témoigne son frère, par les polices française et allemande, en même temps que son frère Henri (1) et d’autres militants communistes, Gouedard (ou Godard), Gauthier et Charles Bernard qui sera déporté comme lui à Auschwitz.

René Fayolle est écroué à la Santé, et condamné à une peine de prison de 10 mois, qu’il effectue à Fresnes et Poissy. Son frère Henri est relâché au bout de 18 jours et partira au maquis FTP.
Le 12 juillet, le directeur de la Maison centrale de Poissy transmet au cabinet du Préfet de Seine-et-Oise 21 noms de détenus de la Seine devant
être libérés à l’expiration de leur peine au cours du mois suivant. Le 26 juillet, le préfet de Seine-et-Oise transmet pour avis les dossiers au Préfet de police de
Paris (direction des services des Renseignements généraux).
Le 5 août, date de l’expiration de sa peine, René Fayolle est libéré selon le témoignage de sa mère. Mais, toujours considéré comme « agent
actif de la propagande communiste clandestine
 » par les RG, il
est de nouveau arrêté 8 jours après son élargissement (l’arrêté du préfet de Paris ordonnant son internement administratif est daté du 19 septembre 1941).

Le camp de Rouillé, Conservatoire de la résistance et de la Déportation des Deux-Sèvres

Le 9 octobre 1941 René Fayolle est interné au camp de Rouillé (2) au sein d’un groupe de soixante militants communistes (40 provenant du Dépôt de la Préfecture, 20 de la prison des Tourelles).

Extrait de la liste adressée par les autorités allemandes au directeur de Rouillé

Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste d’internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne. Le nom de René Fayolle y figure avec le n° 80.

C’est avec un groupe d’environ 160 internés (2) qu’il arrive au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, René Fayolle est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

René Fayolle est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45532» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz. Sa photo d’immatriculation (4) a été reconnue par sa mère et son frère, rue Pierre Charron, après guerre. Cette photo d’immatriculation (2) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

René Fayolle meurt le 4 août 1942 à Auschwitz selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (parution au Journal Officiel du 10 janvier 1989) qui retient la date du 4 août 1942. 

Cimetière du Père Lachaise, photo André Montagne

René Fayolle est homologué (GR 16 P 219485) au titre des Forces Française de l’Intérieur (FFI) et des Déportés et Internés Résistants (DIR) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune. Une plaque est déposée au cimetière du Père Lachaise

  • Note 1 : Henri Fayolle est relaxé après 18 jours d’internement. Il gagne un maquis FTP, ce qui explique dit-t-il qu’il ne puisse donner de plus amples précisions sur les internements de son frère en France.
  • Note 2 : «Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés
    politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944 
    ». In site de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de cette liste de 187 noms ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps, ou sont hospitalisés. Trois se sont évadés. Cinq d’entre eux ont été fusillés.
  • Note 4 : 522 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, rempli par son frère Henri en février 1989.
  • Liste du 22 mai 1941 transfert vers Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42, et Val de Fontenay).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen)
  • Photo de la plaque au cimetière du Père Lachaise (André Montagne).
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»

Notice biographique (complétée en 2016, 2019 et 2021), réalisée initialement pour l’exposition sur les «45000» de Gennevilliers 2005, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cettenotice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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