Sa fiche au camp de Mauthausen
A Compiègne,  commémoration de 1992

Matricule « 45.998 » à Auschwitz     Rescapé

Jean Pollo : né en 1909 à Lyon 4ème (Rhône) ; domicilié à Paris 9ème ; voyageur de commerce ; ex-communiste d’après les RG ; interné le 25 novembre 1939 au fort de Poillet, puis à Sisteron, d’où il s’évade en janvier 1941 ; arrêté le 19 avril 1941, condamné à un an de prison ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, Mauthausen, Melk, Ebensee ; rescapé.

Jean Pollo est né le 18 novembre 1909 à Lyon 4ème (Rhône). Il est domicilié au 4 rue de Douai à Paris 9ème au moment de son arrestation. Il est le fils de Marguerite Balla, 32 ans, cuisinière et d’Alfred Pollo, 32 ans, cordonnier, son époux, né en Italie.
Sa famille habite place de la Croix Rousse à Lyon. Il se dit voyageur de commerce, à Lyon.
Il s’est marié le 8 février 1934 avec Sylvia Ingeborg, mais le couple vit séparé depuis 1936 (le jugement de divorce est prononcé 16 janvier 1941).
Il dit n’avoir aucune activité politique : cependant un rapport de police, qui signale qu’on ne lui connaît pas d’activité professionnelle, le définit comme un « ancien militant communiste », et il est emprisonné le 25 novembre 1939 au Fort de Poillet (région lyonnaise) par la gendarmerie, « sur une liste communiste« .
Il est mobilisé le 14 mars 1940 dans une « Compagnie de Travailleurs militaires » (1).

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…)

Démobilisé en août 1940, il est conduit au Fort de Sisteron (Alpes de Haute-Provence) où il se retrouve avec 22 facteurs communistes (2). Il se propose comme menuisier pour faire des fenêtres et des portes pour l’aménagement de la forteresse, et il en profite pour s’évader en janvier 1941. 
Il gagne alors Paris, et habite 4, rue de Douai sous une fausse identité : lors d’une opération de police, il est trouvé « en possession de faux papiers d’identité au nom d’Albert Moret » et il est condamné à un an de prison le 19 avril 1941 « pour usurpation d’état civil ».
Au Dépôt il fait la connaissance de « Napoléon » (surnom de Jean-Antoine Corticchiato).
A l’expiration de sa peine, effectuée à la Centrale de Poissy à partir du 2 mai 1941, il est livré aux autorités allemandes, et le 5 mai 1942 il est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) avec 13 autres internés administratifs de la police judiciaire.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». 

Il rapporte l’une des tentatives d’évasions du convoi que lui racontera à Auschwitz l’un deux, « Napoléon » (Jean-Antoine Corticchiato), qui a été
repris. «Lorsque le train s’arrête en gare de Metz, vers 18 heures, deux prisonniers sautent sur la voie. Napoléon et Julien Becet, passent sur le quai. Mais il y a foule dans la gare : des gens qui parlent allemand. Ils sont repérés. Napoléon perd son sang-froid, essaie de fuir. Becet, lui, ne bouge pas, mêlé aux voyageurs.
Napoléon est repris et termine la route dans le wagon des SS qui lui massacrent la gueule
».
Lire dans le site Les évadés du train du 6 juillet 1942.

Jean Pollo est enregistré à son arrivée à Auschwitz-I, «Stammlager» (camp principal), le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45998 ».
Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Le 13 juillet : « Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s’en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui
restaient de notre convoi. Les autres, dont je suis nous restons à Birkenau où nous sommes employés pour le terrassement et pour monter des baraques appelées Block »
(Pierre Monjault).
Il est affecté à Birkenau successivement, aux Kommandos Ski, Tannerie, Canada.
En septembre ou octobre 1942 « j’avais mal aux dents, et je suis allé chez le dentiste : j’y suis « sélectionné », mais j’ai pu en réchapper » (« sélectionné » signifie qu’il est désigné pour la chambre à gaz).
A la Tannerie, Jean Pollo est estimé par les surveillants : « Pendant le boulot, je ne levais pas les yeux de ma machine à coudre. Du coup, j’étais moins battu. Pourtant, le Kapo et les Vorarbeiter ne plaignaient pas les coups. Quand les sélections arrivaient, ils demandaient à me garder ». Jean Pollo a raconté comment, à la tannerie, un Juif, régulièrement battu par un kapo, lui demande de le faire profiter de cette considération : « Serres-moi la
main devant le kapo, m’avait-il dit. Peut-être qu’après, il me fichera la paix »
. C’est ce que j’ai fait : on s’est dit bonjour devant lui. C’est vrai, qu’après, ça allait beaucoup mieux pour lui !
Un soir (le 16 ou le 17 mars 1943), après l’appel, la plupart des « 45000 » survivants à Birkenau (vingt-cinq) sont rassemblés. Consignés dans un Block, dix-huit d’entre eux sont conduits le lendemain sous escorte au camp principal, Auschwitz I.
En application d’une directive datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus français des KL (camps de concentrations) la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, il reçoit le 4 juillet 1943, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille – rédigées en allemand et soumises à la censure – et de recevoir des colis contenant des aliments.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi-totalité des Français survivants. Il semble qu’au début de leur séjour, les « 45 000 » aient tous été placés dans la même chambre, la Stube n°1, dont les fenêtres
donnaient sur la cour. A mesure que d’autres salles sont vacantes ils sont répartis dans deux ou trois pièces : « Ceci au bout d’un mois, à la suite de notre demande, car nous étions trop entassés, dans des lits de bois à trois étages et sommier de paille ».

Lire l’article du site « les 45000 au block 11 Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel, et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine. Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Avec Gabriel Lejard, Jean Pollo apprend au camp que le « roi des Gitans » a été gazé. Il est devenu comme ses camarades survivants un « vieux numéro ». Il jouit donc de cet étrange respect manifesté par les porteurs de brassards pour les détenus les plus anciens, car cette exceptionnelle longévité prouve une résistance hors du commun, ainsi que des appuis solides dans le camp. Appuis que les kapos jugent préférables de ménager. A la cordonnerie, Jean Pollo, qui avait acquis la réputation d’être un bon travailleur, profite de la relative confiance que lui accorde le Kapo pour sauter un point sur deux lorsqu’il pique les coutures des bottes destinées aux soldats de l’armée allemande : « Elles ne devaient pas tenir le coup bien longtemps », commente-t-il avec un large sourire.
Le 3 août 1944, il fait partie des « 45000 » qui restent à Auschwitz, alors que les trois quarts des « 45000 » survivants sont regroupés au Block 10 pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent). Un groupe de 31 est transféré le 28 août pour Flossenbürg, un autre groupe de 30 pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre.
Lire dans le site , « les itinéraires suivis par les survivants ». 
Jean Pollo est l’un des derniers « 45000 » à quitter Auschwitz : le 15 janvier 1945, il est chargé de distribuer les boules de pain pour le transfert vers Mauthausen qui a lieu entre le 18 et le 25 Janvier.

Deuxième fiche à Mauthausen

Il est transféré à Mauthausen avec 19 autres « 45000 ». Jean Pollo reçoit le matricule n°« 120.190 ». Sur sa fiche est indiquée la profession : peintre (Maler). Le 28 janvier 1945, il est affecté à Melk (des usines souterraines) avec 12 de ses camarades. A Melk, « J’ai été contacté par un réseau de résistance armée en cas de « libération prématurée » pour se battre contre les SS, mais ça n’a pas été nécessaire ».
Puis, le 15 avril 1945, ils sont évacués à pied sur Ebensee (aménagement d’usines souterraines, province de Salzbourg).

Ebensee le 7 mai 1945

A Ebensee il a failli être tué dans le dynamitage du tunnel par les SS : « on devait décharger 3 camions de dynamite. Mais prévenus par des Juifs, on a refusé de nous rendre dans le tunnel ». Ils sont libérés le 6 mai 1945 par les troupes américaines.

Très atteint par la dysenterie, il est hospitalisé à l’hôpital de Bemberg, à la frontière allemande et ce n’est qu’en septembre 1945 qu’il regagne Paris par avion, pour séjourner durant un mois à l’hôpital Bichat.
Classé « Déporté de droit commun » par la commission de contrôle, il est homologué « Déporté politique » le 22 juillet 1959.
Il s’est remarié le 5 mai 1951 à Paris 14ème avec Véronika Dlugi.

1992 : les rescapés à Compiègne. Jean Pollo est le quatrième en partant de la droite, après Fernand Devaux et avant Georges Marin

Il participe avec ses anciens camarades déportés, à la commémoration de 1992 à Compiègne.

Jean Pollo est mort à Leucate (Aude) le 2 avril 2000.

  • Note 1 : Les  « compagnies spéciales de travailleurs militaires », sont composées d’hommes considérés comme dangereux (politiquement ou socialement) pour la sécurité nationale ou l’ordre social.
  • Note 2 : La citadelle de Sisteron est transformée en camp d’internement par décret du 18 novembre 1939, puis un centre de séjour surveillé : jusqu’en mai 1940, on y trouve des détenus dits « gens sans aveux » (de droit commun) ; puis c’est l’arrivée des détenus politiques (ainsi le 11 mars 1941 : « 255 repris de justice, 63 indésirables étrangers et 51 issus des compagnies spéciales ») (Wikipédia).

Sources

  • Témoignage de Jean Polo enregistré sur cassette audio le 29 janvier 1988, par Claudine Cardon-Hamet, en présence de Georges Dudal et d’André Montagne.
  • Jean Polo a rempli le questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1988.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en novembre 1993.
  • Archives en ligne de l’état civil de Lyon.

Notice biographique mise à jour en 2012, 2019 et 2021 à partir d’une biographie rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »,éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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