Auguste Ducher le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 45.493 » à Auschwitz

Auguste Ducher : né en 1908 au Creusot (Saône-et-Loire) ; domicilié à Montrouge (Seine) ; manœuvre ; communiste, ancien des Brigades internationales ;  arrêté le 24 septembre 1941 ; interné aux camps de Rouillé et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 20 octobre 1942.

Auguste Ducher est né le 3 juillet 1908 au Creusot (Saône-et-Loire). Il habite au 28, rue Camille Pelletan à Montrouge (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Jeanne Baudin, 21 ans, sans profession et de Philippe Ducher 25 ans, manœuvre aux mines d’Ecuisses puis au Creusot (1). Ses parents se sont mariés le 5 juillet 1907 à Ecuisses. Sa mère décède le 10 mai 1927 (sans doute en couches) et son père le 3 juillet 1931.
Lors du recensement de 1931 du quartier de Motteville à Ecuisses, Auguste Ducher est l’aîné d’une fratrie de sept enfants : Antonin, né en 1910, Alice, née en 1913, Roger, né en 1917, René en 1923, André ou Andrée né(e) en 1924 et André né en 1927.
En 1926, Auguste Ducher travaille comme manœuvre. Il semble que la famille ait changé d’adresse après le décès de Berthe Ducher. En 1934, il s’inscrit sur les listes électorales de Montrouge, domicilié alors au 111, route de Châtillon.
Le 1er octobre 1938 Auguste Ducher épouse Berthe Plazanet, ouvrière d’usine, à Vanves (Seine / Hauts-de-Seine). Le couple s’installe au 62, rue de Châtillon à Malakoff (Seine / Hauts-de-Seine).
« Il travaillait depuis 1937 en qualité de magasinier à la Société Indépendante de Télégraphie (la S.I.F.) 168, route de Montrouge à Malakoff. Il a été membre de la cellule communiste de l’entreprise ». Le Maitron. La direction de la S.I.F. considère Auguste Ducher comme un « extrémiste ».
« Il se porta volontaire en Espagne républicaine dans les Brigades internationales. Il fut rapatrié le 8 janvier 1937 pour des « raisons de maladie et de démoralisation. »(Le Maitron). Il est réembauché à la S.I.F grâce à ses camarades de travail, qui menacent de faire grève, s’il n’est pas repris. Le 16 mars 1940, les agents du commissariat de police de Vanves perquisitionnent en vain son domicile.
De la classe 1928, il a été réformé temporaire n° 2 (mauvais état général), mais il est néanmoins mobilisé le 15 avril 1940.

Le vendredi 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Un premier  détachement  allemand  occupe  la mairie de Nanterre et l’état-major  s’y  installe. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Le camp de Rouillé (VRID)

Auguste Ducher est démobilisé le 31 août 1940. Il est arrêté le 24 septembre 1941 par des policiers français à son domicile du 28, rue Camille Pelletan à Montrouge. Il est considéré comme un « meneur des plus actifs, intense propagande verbale » comme l’indique le motif récapitulatif envoyé au directeur du camp de Rouillé.
Le Préfet de police de Paris, François Bard, ordonne son internement administratif (arrêté du 24 septembre 1941). Après un temps passé au Dépôt
de la préfecture de Paris, Auguste Ducher est transféré au camp de Rouillé (1) le 9 octobre 1941, au sein d’un groupe de soixante communistes de Paris (40 détenus viennent du dépôt de la Préfecture de Police de Paris et  20 viennent de la caserne des Tourelles).

« Son épouse Berthe écrivit le 25 février 1942 au Préfet de police. « Monsieur le Préfet, je n’ai que 24 ans et mon mari est toute ma vie. Pourquoi me direz-vous a-t-il été arrêté ? » « Parce que d’esprit et de cœur droits, il était bien jeune pourtant, 33 ans, écœuré de la vie injuste réservé au malheureux, le communisme était là, il adhéra à ce Parti comme il aurait pu aussi bien adhérer à un autre, mais vous n’ignorez pas l’influence qu’avait ce Parti dans la métallurgie, c’est pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre.  Est-ce un crime, monsieur le Préfet, je suis sûre que vous me direz non ! C’est
pourquoi je viens vous demander d’étudier le cas de mon mari et de me le rendre, car il faut que vous sachiez également que mon mari est orphelin depuis l’âge de 19 ans, que depuis cet âge, il travaille pour lui, pour moi ; qu’il est estimé par tous ceux qui le connaissent, et plus triste encore,
puisqu’il était le seul soutien de deux frères prisonniers en Allemagne, le premier Antoine Ducher, Stalag X.C. n° 49.905, le second François Ducher
de 24 ans, Stalag IA n° 19.545 F.Z. »

Le 1er avril 1942, les Renseignements généraux publiaient une note : « À la suite des attentats commis contre des membres de l’armée d’occupation, les enquêtes effectuées ont démontré que ces actes étaient l’œuvre d’anciens légionnaires ayant combattu dans les Brigades internationales d’Espagne. Par mesure de sécurité, plusieurs de ces derniers ont été internés administrativement« . In Le Maitron.

Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé (2) une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp de Compiègne. Le nom d’Auguste Ducher (n°72 de la liste) y figure. C’est avec un groupe d’environ 160 internés qu’il arrive au camp allemand de
Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Auguste Ducher est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Auguste Ducher est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45493 »selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Sa photo d’immatriculation (2) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz 1946

Auguste Ducher meurt à Auschwitz le 20 octobre 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 242).

La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 14 février 1989 paru au Journal Officiel du 24 mars 1989). Cet arrêté porte néanmoins une mention erronée : décédé en novembre 1942 à Auschwitz
(Pologne).
Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le site l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

Le titre de « déporté politique » lui a été attribué. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune de Montrouge.

  • Note 1 : Son père, devenu veuf, s’est remarié le 7 septembre 1929 avec Marie Pernette, à Ecuisses. Il décède le 30 juillet 1931 au Creusot, le même jour que son cousin Philippe Ducher, né lui aussi à Ecuisses, mais en 1929, mineur de fond. Ce qui laisse penser que leurs deux décès sont dus à un accident de la mine.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3: 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver
    de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les
    archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Archives municipales de Montrouge, lettre de juin1988. L’acte de décès porte le 1er novembre 1943 comme date de décès : dans l’ignorance des
    dates précises, les services français d’Etat Civil ont en effet souvent fixé des dates fictives dans les années qui ont suivi la guerre (le 1°, 15, 30, 31).
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42.
  • « Death Books from Auschwitz »(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’Étatd’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC) Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives de la Police, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42.
  • Archives de la Préfecture de police, dossier individuel des Renseignements généraux.
  • http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article204411, notice par Daniel Grason, version mise en ligne le 25 juin 2018.
  • Recensements en ligne d’Ecuisses.

Notice biographique rédigée en novembre 2005 (complétée en 2016,  2019 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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