Matricule « 46313 » à Auschwitz


Sur le site
du Mémorial-Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau on trouve Dawid Wolf, matricule « 46313 », mort à Auschwitz le 11 novembre 1942. 

On ignore presque tout de lui. On
ne sait pas quand et où il est né. Mais il avait très probablement 18 ans au moment de sa déportation (1).

Compte tenu de son numéro d’immatriculation
à Auschwitz, il a été déporté dans le convoi du 6 juillet 1942. Dans la sous-liste – presque entièrement reconstituée – des « otages juifs » du convoi du 6 juillet 1942, son nom se place entre Abram Wajsbrot (46312) et Marcel Wolff (46314). Pour
comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation,lire
dans le blog une déportation d’otages.

Lire aussi «Les déportés juifs du convoi » et La
solidarité à Compiègne envers les Juifs du camp C
.

Cf Article du blog : Les
wagons de la Déportation

On ignore quand il a été arrêté et quand il a été interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) en tant que « otage juif ». Mais on peut reconstituer son histoire depuis son départ du camp de Compiègne dans le convoi du 6 juillet 1942. Ce
convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages
communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus
du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel
d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants –
de 50  « otages juifs » et d’une vingtaine d’ « otages asociaux » (de droit commun). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées
à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux
yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste
clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à
partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du
transport : Compiègne-Auschwitz
: 6-8 juillet 1942
. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet
1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz, le 8 juillet
1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943
Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 »,
d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp
désignaient ce convoi. 

Dawid Wolf est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 46313 ». Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en
allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera
désormais sa seule identité. 

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas
retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du
camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction ordonnée par les SS, peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Lire dans le blog le récit de leur premier
jour à Auschwitz : L’arrivée
au camp principal, 8 juillet 1942.
et 8
juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale »

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés
du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à
pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp
principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les
spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et
vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les
autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des
Blocks. 

Il est affecté à l’école de maçonnerie (Maurerschule) d’Auschwitz, créée le 29 septembre 1942. Les apprentis maçons sont de jeunes détenus âgés de 15 à 18 ans (principalement Juifs et Tsiganes), sans formation professionnelle initiale afin de répondre
aux besoins grandissants en main d’œuvre du camp d’Auschwitz -Birkenau alors en pleine expansion.
Ils vivent au Block 7A du camp principal et dont le grenier abrite l’école (2). 
 Leur formation achevée, les apprentis étaient affectés dans les Kommandos de travail en tant que maçons ou assistants maçons. 

Extrait d’un message de changement d’un commando « inconnu » du camp de concentration d’Auschwitz

(état du 31 octobre 1942), doc Arolsen. Il s’agit en fait de l’école de maçonnerie (Maurerschule).

Grâce aux registres d’Auschwitz, on sait qu’il a quitté son Kommando de travail le 11 novembre 1942 pour entrer dans le
Block 15 de l’infirmerie, où il est mort le jour-même
Lire : Les
Juifs rapidement décimés après leur arrivée à Auschwitz
Son nom n’est pas mentionné au Journal Officiel parmi les « morts en déportation ».

  • Note 1 : Les otages à déporter devaient avoir entre 18 et 55 ans et les apprentis de l’école de maçonnerie d’Auschwitz dont il allait faire partie entre 15 et 18 ans. 
  • Note 2 : Outre les cours pratiques, le programme de formation de l’école portait sur l’acquisition de connaissances sur la construction, de leçons de calcul et de géométrie, et de langue allemande. De nombreux élèves de cette école ont travaillé à la construction des Blocks d’habitation de Birkenau et des maisons dans l’espace élargi du camp principal, à l’édification d’une nouvelle blanchisserie, à celle d’abris anti-aériens pour les officiers SS, d’un bâtiment pour la production de pommes de terre, d’installations de chauffage, de citernes pour la lutte contre les incendies et aussi à l’édification des Krematorium de Birkenau dotés de chambres à gaz et de fours crématoires.


Sources

  • ©
    Site et dessin inMémorial and Museum Auschwitz-Birkenau.
  • © Sitewww.mortsdanslescamps.com
  • ITS Archives (Bad Arolsen)Auszug aus einer
    Veränderungsmeldung eines unbekannten Kommandos des Konzentrationslagers Auschwitz.
    Copy of Doc. No. 511001#1 (1.1.2.1/0001-0123/0070/0029). Traduction : Extrait d’un message de
    changement d’un commando inconnu du camp de concentration d’Auschwitz .
  • Liste
    (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les
    historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Division des archives des
    victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant
    généralement la date de décès au camp. 

Notice biographique installée en août 2012 (mise à jour en 2019 et 2020) par Claudine
Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942»,
Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille
otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000
»,
éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces
références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou
d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou
corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel àdeportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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