Plaque à l’entrée de la cité HBM des Chaufourniers
Albert Début © « La Résistance dans le 19e arrondissement de Paris »

Matricule « 45.430 » à Auschwitz

Albert Début : né en 1914 à Douai (Nord) ; domicilié  à Paris 19ème ; ferblantier ; communiste ; arrêté le 6 décembre 194 ; condamné à 6 mois de prison, libéré ; arrêté comme otage le 28 février 1942 ; interné à Compiègne ;  déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 26 août 1942.

Albert Début est né le 15 mars 1914 à Douai (Nord). Il est domicilié au 30, rue des Chaufourniers à Paris (19ème) au moment de son arrestation. Il est le fils d’Estelle, Ernestine Masclaux, 19 ans, et reconnu par le mariage de sa mère avec Jules Début le 10 août 1918. Il est un des aînés d’une fratrie de neuf enfants (Gaston, Paul, Jean, né en 1919,  Joseph, né en 1921 (1), Marcel, né en 1923, Gaston, né en 1925, Adolphe, né en 1927, et Huguette, née en 1930 (leurs dates de naissance sont incertaines (à + ou – 1 an, car elles sont calculées à partir de l’âge porté sur le registres du recensement de 1936). La famille habite à Saint-Léger (banlieue de valencienne) en 1921, où naît son frère Joseph.
En 1930, Albert Début est employé comme ferblantier à la société de « L’Est Parisien Radiateurs ». Son père décède en 1933.

Le 2 mars 1933, à Montreuil, il épouse Alix, Adrienne Garnier (elle est née le 2 septembre 1912 à Aubervilliers). Le couple a trois enfants :
Andrée, née le 13 mars 1934 à Paris 12ème, Gilbert, né en 1936, et Jean, né en 1938.
Conscrit de la classe 1934 (recrutement de la Seine, premier bureau), il est exempté de service militaire. En 1936, toute la famille – sa mère, cinq de ses frères et sa sœur, son épouse et leurs deux enfants – loge dans le même appartement au 30, rue des Chaufourniers, appartement n°665, dans un vaste ensemble HBM, dont l’entrée se fait par le n° 32. Il est toujours ferblantier (au salaire horaire de 11 F 50 en 1940). Son frère Jean est boucher, et Joseph travaille comme ouvrier en chaussure.
Il adhère au Parti communiste en 1938, et devient secrétaire de cellule. Il est adhérent au Secours rouge international.
En novembre 1939, son appartement est perquisitionné en son absence par des agents du commissariat Combat, prétextant agir sur dénonciation. Ils ne trouvent que quelques document datant de son activité militante antérieure à la dissolution du Parti communiste (26 septembre 1939).
Albert Début va nier, au commissariat, toute activité depuis la déclaration de guerre, affirmant y avoir mis fin depuis la dissolution du Pc (affirmation qu’il réitérera lors de sa première arrestation en décembre 1940).

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Fin octobre 1940, les services des renseignements généraux notent une recrudescence de la propagande communiste clandestine dans l’Est parisien. Des surveillances, et filatures sont mises en place. Des perquisitions sont faites aux domiciles des communistes connus.
On sait en lisant le compte rendu de son interrogatoire par les inspecteurs et le commissaire de police chef de la Brigade Spéciale des Renseignements généraux, qu’Albert Début a une activité de solidarité en faveur des militants communistes emprisonnés, qu’il ne pourra nier puisque des preuves en ont été trouvées sur lui et à son domicile, mais qu’il va essayer de présenter comme étant sa seule activité. Le recoupement avec les interrogatoires de ses trois autres co-inculpés convainc le commissaire Cougoule qu’il n’est est rien, et qu’il est bien un des responsable de la propagande du Parti clandestin dans le 19ème.

Albert Début est arrêté le 6 décembre 1940 pour « distribution de tracts communistes », avec Charles Fressinet, Armand Billet et Louis Laval (2).

PV de mise à disposition

Le 6 décembre 1940, un inspecteur principal-adjoint et deux inspecteurs de la brigade spéciale des Renseignement généraux « ayant constaté depuis quelques semaines une recrudescence d’activité de la part des éléments extrémistes adeptes de la IIIème Internationale aux abords des HBM de la rue Mathurin-Moreau, sont amenés à s’occuper d’un nommé Début, communiste notoire et foncièrement attaché aux doctrines staliniennes. Après de nombreuses surveillances, nous avons acquis la certitude que le susnommé était un des responsables à la propagande clandestine du 19ème arrondissement. Nous l’avons interpellé ce jour à son domicile, alors qu’il se trouvait en compagnie de Charles Fressinet, qui fait l’objet d’un rapport de mise à disposition par ailleurs. Au moment de notre interpellation, Début était porteur de deux tracts communistes, d’une liste de souscription en faveur de la femme et des enfants de Millet, militant communiste décédé en prison, d’un projet de tract et de divers autres papiers
portant indications de chiffres, d’initiales et de noms pouvant être utiles à la suite de l’enquête
 ».

Pv d’interrogatoire par la Brigade spéciale des Renseignement généraux

Le 7 décembre 1940, le commissaire de police André Cougoule, chef de la Brigade spéciale des Renseignements généraux, remet les quatre prévenus – qu’il inculpe d’infraction aux articles 1 et 3 décret du 26 septembre 1939 –  au Procureur de la République, avec 7 procès verbaux d’inculpation « attendu que l’activité des nommés Debut Albert, Billet Armand, Fressinet Charles et Laval Henri avait pour but la diffusion des mots d’ordre de la IIIème Internationale ou des organismes s’y rattachant, par la propagande clandestine au moyen de tracts et de papillons ». Il transmet également 13 scellés.

Albert Début sait qu’il a été pris porteur d’une liste de souscription et de papiers comportant des noms. Il essaie d’en expliquer l’origine en ne  mentionnant qu’une seule source, un certain « Jules ». On lira ci-après les réponses qu’il fait aux inspecteurs lors de son interrogatoire « J’ai appartenu au Parti communiste de 1938 jusqu’à la dissolution. J’ai cessé toute activité pendant les hostilités, et au mois de juillet dernier, j’ai rencontré un membre de l’ex Parti communiste, que je ne connais que sous le nom de « Jules ». Il m’a demandé de procéder à des collectes en vue de recueillir des fonds destinés aux familles des emprisonnés. J’ai accepté et j’ai recueilli ainsi une dizaine de listes de souscription. « Jules » venait m’attendre sur le chemin séparant mon domicile de mon lieu de travail et chaque fois que j’avais rempli une liste, je lui remettais le montant des souscriptions que j’avais recueillies. Presque toujours, « Jules » en profitait pour me remettre des tracts. Après lecture, je détruisais ces tracts (…). A la question : « expliquez-nous la signification des deux feuilles de papier manuscrites qui ont été trouvées sur vous ? », Albert Début répond : « Le premier concerne un rendez-vous qui m’avait été fixé par « Jules », ce dernier avait glissé un papier dessous ma porte. Quant au deuxième, il concerne une liste de personnes susceptibles de verser leur obole à la souscription dont j’étais chargé. Au verso figure une adresse concernant une personne qui a été écrite par un camarade dont j’ignore le nom et l’adresse. Je ne puis dire dans quel but ».

Interrogatoire par le commissaire Cougoule

Interrogé à nouveau par le commissaire Cougoule il déclare :  » Les deux tracts qui ont été trouvé sur moi m’ont été remis par « Jules » lors de notre dernière entrevue qui remonte à mardi dernier. Je n’avais aucune instruction à leur sujet. J’avais l’intention de les lire et de Ies détruire ensuite ». Lecture faite.
Persiste et signe, Le Commissaire de Police. Interpellons
à nouveau le sieur Début qui déclare : « les renseignements qui figurent sur le carnet trouvé sur moi sont des notes concernant la propagande par tracts, mais il s’agit de la propagande qui était effectuée avant la dissolution du Parti communiste. Je ne me souviens pas de la signification des signes et lettres qui sont employées. Quant au feuillet portant les inscriptions « Mill.
Bell n° 21 », il s’agit d’inscription récente se rapportant aux listes de souscription 
». Lecture faite. Persiste et signe. Le Commissaire de Police.
Albert Début est retenu au dépôt de la Maison d’arrêt de la Santé le 8 décembre 1940 en attente du jugement.
La 12èmechambre correctionnelle de la Seine le condamne à 6 mois de prison le 13 décembre. Il est écroué à la Maison d’arrêt de Fresnes le 19 janvier 1941. Sur le conseil de son avocat, maître Michel Rolnikas (3), il fait appel de sa condamnation, mais sa peine est confirmée en appel le 10 février par la 10ème chambre. Albert Début est libéré à l’expiration de sa peine en juin 1941(le directeur de son entreprise avait écrit à Alix Début le 12 mars, qu’il était prêt à reprendre son mari à l’usine « ayant toujours eu de lui toute
satisfaction quant à ses capacités professionnelles 
» et celle-ci s’était adressée au Préfet pour qu’il ne soit pas envoyé « dans un camp de concentration », ayant un travail à sa levée d’écrou, père de famille de trois enfants et par ailleurs soutien de famille nombreuse).

Albert Debut est arrêté à nouveau le 28 avril 1942 au cours d’une rafle opérée par la police française (souvenirs de sa fille) à la demande des autorités allemandes. Ce jour là une rafle concernant tout le département de la Seine vise des militants du Parti communiste clandestin ou considérés comme tels. Lire dans le site La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et le 28 juin, arrêtent 387 militants (avec le concours de la police parisienne), dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (le 26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de Police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat allemand de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats allemands dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire allemand est blessé à Malakoff). Lire le témoignage de Claude Souef : La rafle des communistes du 28 avril 1942 à Paris.
Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (le Frontstalag 122). Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Son épouse a fait des démarches auprès de la délégation générale du gouvernement français dans les territoires
occupés afin d’obtenir des nouvelles de son mari (mention d’un dossier dit « de Brinon » au DAVCC).

Depuis le camp de Compiègne, Albert Début est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Albert Début est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942, très vraisemblablement sous le numéro «45430», compte tenu de l’ordre alphabétique dans la liste par matricule des déportés du convoi, partiellement reconstituée en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz, et en raison de la date de décès d’Albert Début identique à celle du déporté portant le matricule n° 45350.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Albert Début meurt à Auschwitz le 25 août 1942 d’après le certificat de décès établi
au camp d’Auschwitz (in Death Books from
Auschwitz
Tome 2 page 217).  Son acte
de décès (établi 10 mai 1946 par le ministère des ACVG) porte la date du 30 août
1942.

Il
est déclaré « Mort pour la France » le 10 mai 1946. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son
acte de décès, arrêté du 15 décembre 1987, paru au Journal Officiel du 2 mars
1988. Cet arrêté reprend la date de décès des ACVG de 1946.

Une
plaque qui honore son nom et celui d’un jeune adjudant FTP, Maurice Poilvage
fusillé en 1944, est apposée sur l’immeuble du 32 rue des Chaufourniers.

Albert Début est homologué Déporté
Résistant au titre des Déportés et Internés
résistants
(DIR), comme appartenant à l’un des cinq mouvements de Résistance
(FFC, FFI, RIF, DIR, FFL). C.f. service historique de la Défense, Vincennes  GR 16 P 162857

  • Note 1 : Son frère, Joseph Début, né le 4 mars 1921 à Saint-Léger (Nord), participe aux combats de la Libération dans le 19ème et s’engage au 46ème RI dans la 10ème division du général Pierre Billotte formée avec les FFI parisiens, pour poursuivre les combats de la Libération jusqu’à la capitulation de l’Allemagne.
  • Note 2 : Tous trois sont cités dans l’ouvrage « 1940-1945, La Résistance dans le 19e arrondissement de Paris ». Marcel Laval est né le 25 août 1921 à Saint-Sauveur-la-vallée (Lot). Il est déporté à Neungamme par le convoi du 15 juillet 1944 et meurt à Bremen, le 12 avril 1945.
  • Son nom figurait dans une liste
    d’avocats communistes que les militants arrêtés pouvaient contacter en cas
    d’arrestation (maîtres Bernard Bloch, Maurice Boitel, Jérôme Ferruci, Antoine
    Hajje, Georges Pitard, Michel Rolnikas, Sarotte). Michel Rolnikas, Antoine
    Hajje et Georges Pitard, internés à Compiègne, sont fusillés comme otages le 20
    septembre 1941. Ils avaient pris en charge la défense de militants syndicaux et
    communistes. Ils avaient tenté, jusqu’à l’extrême limite, de remplir leur
    mission. Lire dans le blog : Trois
    avocats de futurs « 45000 » sont fusillés le 20 septembre 1941
    .

Sources

  • Bureaux
    de l’état civil des mairies de Douai et du 19èmearrondissement de
    Paris
  • Acte
    de décès établi le 1erjuin 1946.
  • Mairie
    de Douai.
  • Archives de la Préfecture de Police de Paris. Dossiers des Brigades spéciales.
  • Les
    Livres des morts d’Auschwitz.
  • ©1940-1945,
    La Résistance dans le 19e arrondissement de Paris
    , Ouvrage présenté
    par l’ ANACR 19ème, Ed. Le temps des Cerises, 2005, texte et photo page
    136.
  • © Site InternetMémorial-GenWeb. Relevé 17337 et
    photo de Cédric Hoock.
  • © Site InternetLégifrance.gouv.fr
  • © Site
    InternetWWW. Mortsdanslescamps.com
  • © Google street view.
  • Mail de son arrière petite fille.

Notice biographique installée en 2012, mise à jour en 2017 et 2020, à
partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association
« Mémoire vive » par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire,
auteur des ouvrages : «Triangles rouges à
Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942
 » Editions
Autrement, 2005 Paris et de Mille otages
pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000
», éditions
Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références
(auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation
totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette
biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

Un Commentaire

  1. Merci beaucoup d'avoir fait resurgir l'histoire de mon grand père . Je n'avais que les souvenirs de ma grand mère . Cela a été émouvant de lire cet article .
    Encore une fois, merci de conserver sa mémoire et celle de ceux qui ont sacrifié leurs vies .

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.