Marcel Leclercq dans les années vingt (au service militaire)
Marcel Leclercq : né en 1901 au Cateau-Cambraisis (Nord), domicilié à Romainville (Seine / Seine-Saint-Denis) ; coiffeur ; communiste ; arrêté le 9 novembre 1940 ; interné aux camps d’Aincourt, de Rouillé et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 25 septembre 1942.

Marcel Leclercq est né le 26 janvier 1901 au domicile de ses parents au 7, rue Sainte-Hélène au Cateau-Cambraisis (Nord). Marcel Leclercq habite au 33, rue de Paris à Romainville (Seine / Seine-Saint-Denis) au moment de son arrestation. Il est le fils d’Héléna, Amélie Demon, 26 ans, couturière et d’Alexandre, Antoine Leclercq, 27 ans, fileur, son époux. Il est titulaire du Certificat d’Etudes primaires.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Cambrai (Nord), rue des feutriers, au moment du conseil de révision et qu’il travaille comme garçon coiffeur. Il mesure 1m 61, a les cheveux bruns et les yeux bleus, le front fuyant, le nez cave et sinueux, le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1921, et titulaire du CPSM (certificat préparatoire au service militaire), il a de ce fait pu choisir son arme. Il est incorporé au 20ème bataillon de chasseurs à pied, basé à Antibes le 8 avril 1921. Il arrive à la caserne du 20ème BCP, le 15 du mois. Il passe chasseur de 1ère classe le 16 avril 1922.
Il est « renvoyé dans ses foyers » le 25 avril 1923 (en avril 1923, la durée du service militaire est ramenée de 3 ans à 18 mois).
A la mi-mai 1923, il est domicilié au 26, rue Vercingétorix à Paris 14ème. En février 1924, il habite au 80 rue de Vesle à Reims.
Il épouse Anne, Josephe Seyler le 12 mai 1924 à Reims (Marne). Elle est née le 16 mai 1906 à Wahl (Luxembourg), et acquiert la nationalité française par son mariage. Le couple a une fille, Marcelle, qui naît le 1er juin 1924 à Reims.
Fin décembre 1925, ils viennent en région parisienne et habitent alors au 4, rue Morel à Saint-Ouen (Seine / Seine-Saint-Denis) .
Classé dans la réserve militaire au 26ème BCP, Marcel Leclercq est rattaché à la classe 1919 de mobilisation (père d’un enfant) en 1925 (puis au 26ème dépôt d’infanterie en 1931).

Le 33 rue de Paris à Romainville

A partir de mars 1927, Marcel Leclercq s’installe à son compte comme coiffeur : sa boutique est située au 33, rue de Paris à Romainville (Seine / Seine-Saint-Denis).
En 1928, il s’inscrit sur les listes électorales de Romainville, où il est domicilié au 33, rue de Paris.
Féru de musique, Marcel Leclercq est directeur de la Musique municipale et de la Chorale de Romainville. Il est membre du Parti communiste.
En 1931 la famille habite toujours au 33, rue de Paris, et héberge Rosalie Seyler, née en 1911, sœur de son épouse. Les Leclercq sont tous les deux coiffeurs.

Le décret de mobilisation générale du 2 septembre 1939, rappelle les réservistes à partir des classes 1911. Marcel Leclercq est « rappelé à l’activité » le 27 janvier 1940 et affecté au 13ème dépôt d’infanterie.

Jusqu’au 10 juin 1940 des troupes françaises (le 401ème régiment d’artillerie de défense anti-aérienne), occupent le Fort de Romainville, qu’elles quittent sans combattre. Un détachement de la Luftwaffe l’occupe alors. Le 13 juin 1940 la Wehrmacht occupe Pantin. Le 14 juin, l’armée allemande occupe Drancy et Gagny et entre par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…). En octobre 1940, le MBF, Commandement militaire allemand installé à Paris, décide de faire du Fort de Romainville un camp d’internement. Les détenus sont officiellement enregistrés à partir du 1er novembre 1940. 3900 femmes et 3100 hommes y furent interné.e.s avant d’être déporté.e.s. ( 40% de toutes les Résistantes françaises seront internées au Fort de Romainville avant leur déportation).

Marcel Leclercq est démobilisé à Noisy-le-Sec le 21 octobre 1940.
Il est arrêté le 9 novembre 1940 (1) à son domicile, devant sa femme et sa fille. Trois autres militants romainvillois sont arrêtés en même temps que lui selon son épouse : Belli, Louis Gouffé et Joseph Auguste.

Le 9 novembre 1940, en application du décret du 18 novembre 1939 (2), le préfet de
police de Paris, Roger Langeron, ordonne son internement administratif et celui de Louis Gouffé. Ils sont transférés au camp de «Séjour surveillé» d’Aincourt, en Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), ouvert spécialement, en octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés (lire dans le site : Le camp d’Aincourt. On notera que le terme de « propagandiste » a été raturé pour celui de « meneur » sur la fiche de renseignement des Renseignements généraux transmise au directeur d’Aincourt.

Les 23 et 26 avril 1942, 153 internés en provenance du CSS d’Aincourt sont transférés au “centre de séjour surveillé” de Voves. Marcel Leclercq fait
partie du transfert du 26 avril, avec 90 de ses camarades. Il est enregistré à Voves sous le n° 201 (dossier 400.527).
Lire dans ce site : Le camp de Voves

Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du commandement militaire en France. Marcel Leclercq  figure sur la première liste. Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ».
La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux. Il indique également ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ».
François Isaac de Bagnolet se souvient du 10 mai 1942 à Voves : « Les Allemands arrivent au camp vers 10 h et en repartent vers 11 h 30, avec 78 ou 80 camarades, pris cette fois parmi les anciens du camp…. Parmi ces camarades, je note les noms de (…) Leclair (Marcel Leclercq), coiffeur à Romainville…. Ces bons camarades sont partis courageusement, avec une attitude noble, digne de vrais Français. Ils sont vraisemblablement
emmenés à Compiègne… ».
In « Gens de Bagnolet vers l’été 1944 pour la Libération » de Jean Pierre Gast.
A Compiègne, Marcel Leclercq reçoit le numéro matricule 5705. Il est affecté au bâtiment C5 II.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Anne Leclercq effectue des démarches auprès de la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés afin d’obtenir des nouvelles de son mari.  Elle reçoit une aide (500 F) de « l’Assistance française ».

Depuis le camp de Compiègne, Marcel Leclercq est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro « 45749 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz. Par ailleurs, la photo d’immatriculation du déporté portant ce numéro n’a pas été retrouvée et n’a donc pu être comparée avec sa photo d’avant-guerre.

Entrée du camp principal d’Auschwitz

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents – sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz – ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Heuri Gorgue, seul romainvillois rescapé, lorsqu’il nomme ses camarades de Romainville à Auschwitz dit « Il y avait aussi Marcel Leclercq, le coiffeur, qu’était un gars bien » (extrait du spectacle « les années 40 à Romainville » le 7 septembre 1985).

Photo in « Femmes et Hommes de Romainville »

Marcel Leclercq meurt à Auschwitz le 25 septembre 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 702 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).

Un arrêté ministériel du 3 février 1994 paru au Journal Officiel du 23 mars 1994, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Marcel Leclercq. Mais il comporte une date erronée : « décédé le 31 août 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le site l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

Son nom est inscrit en lettres d’or sur la plaque de marbre à l’intérieur de la Mairie (Victimes de la guerre 1939-1945 – Morts dans la Résistance).

  • Note 1 : Dans un courrier de 1988, l’archiviste de la mairie de Romainville me communiquait deux dates possibles d’arrestation pour Marcel Leclercq : le 5 octobre 1940 ou le 9 novembre de la même année. J’ai retenu la deuxième date, car les militants arrêtés le 5 octobre dans le cadre de la grande rafle décidée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine (élus, cadres du Parti et de la CGT) sont internés le même jour au CSS d’Aincourt. Par ailleurs, son épouse, dans le questionnaire intitulé « Dénombrement des internés et déportés » du ministère mentionne expressément la date du 9 novembre 1940 comme date d’arrestation. De plus, son registre matricule militaire indique qu’il se fait démobiliser à Noisy-le-Sec le 10 octobre.
  • Note 2 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement administratif de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique« . Les premiers visés sont les communistes.

Sources

  • Claudine Cardon-Hamet, notice pour le soixantième anniversaire du départ du convoi des « 45000 », brochure répertoriant les “45000” de Seine-Saint-Denis, éditée par la Ville de Montreuil et le Musée d’Histoire vivante, 2002. 
  • Archives de Romainville. J. Denis, archiviste (1988).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains
  • « Femmes et Hommes de Romainville », de la Résistance à la Libération. Par Guy Auzolles et Albert Giry, édité par la ville de Romainville, 1999.
  • Photo de Marcel Leclercq in « Femmes et Hommes de Romainville ».
  • Lettre d’Albert Giry à Louis Odru pour l’ANACR 93, concernant les dates de naissance des « 45000 » de Romainville (27 juin 2003), avec des photocopies de photographies des déportés romainvillois, dont celle de Marcel Leclercq. Ces documents m’ont été transmis par Madeleine Odru.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d’internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la police / BA 2374
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 – mai 1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Musée d’Auschwitz Birkenau. L’entrée du camp d’Auschwitz 1.
  • Registres matricules militaires du Nord.
  • Recensement de Romainville 1931,image 50/310.

Notice biographique mise à jour en 2013, 2019 et 2022 à partir de la notice succincte que j’avais préparée à l’occasion du 60ème anniversaire
du départ du convoi et publiée dans la brochure éditée par le Musée d’histoire vivante de Montreuil. Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour
Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000»
, éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et
coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous
pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.