Alfred Chapas, Photo BS1

Matricule « 45.351 » à Auschwitz

Alfred Chapas : né en 1906 à Doré-l'Eglise (Puy-de-Dôme) ; domicilié à Montreuil (Seine / Seine-Saint-Denis) ; magasinier ; communiste ; arrêté le 19 octobre 1940, condamné à 10 mois de prison (Santé, Fresnes, Poissy) ; interné aux camps de Rouillé et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 1er septembre 1942.

Alfred, Pierre Chapas (ou Chapat) est né le 12 juillet 1906 à Doré-l’Eglise département du Puy-de-Dôme (Archives en ligne du Puy de Dôme, actes de naissance).

Acte de naissance d’Alfred Chapas

Son nom est orthographié Chapas sur le registre des naissances et du monument aux morts de Doré-l’Eglise, mais il est orthographié Chapat par les Renseignements généraux, sur les listes électorales et dans de nombreux documents relatifs à son arrestation, sa détention en France et sa déportation à Auschwitz comme otage communiste.

Il a été domicilié au 7, rue de la Solidarité à Montreuil  (Seine / Seine-Saint-Denis) selon le DAVCC (sans doute avant 1931). Son inscription sur les listes électorales en 1935 mentionne le 14, rue Désiré Préaux, adresse également inscrite au camp de Rouillé en 1942.

Alfred Chapas est le fils de Marie Malapert, 40 ans, fermière et de Félix Chapas, 35 ans, fermier son époux. Ses parents habitent à La Revoûte.
Alfred Chapas est célibataire et travaille comme ouvrier d’usine (magasinier).
Il est membre du Parti communiste et milite activement.
Après la dissolution du Parti communiste, il appartient à un groupe de six communistes montreuillois qui militent clandestinement (dont Georges
Brumm
Marcel Delozanne, Fernand Vandenhove, Marceau Vergua).

Le 14 juin 1940, l’armée allemande occupe Drancy et Gagny et entre par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Au début de l’Occupation, le groupe « mène des actions contre la fabrication de matériel de guerre destiné aux Allemands » (témoignage de Georges
Brumm
, rescapé).

Alfred Chapas est arrêté le 19 octobre 1940 par des agents du commissariat de police de Montreuil, avec Georges Brumm, Marcel Vandenhove, Marceau Vergua. La veille de leur arrestation, ils ont collé des affichettes « à bas Hitler ». Georges Brumm pense que le groupe n’a pas suffisamment respecté les consignes de sécurité, et qu’ils ont été filés (1).

Fiche des renseignements généraux (BS1)

Ils sont retenus au Dépôt de la Santé. Sur sa fiche à la Brigade spéciale des Renseignements généraux figurent les mentions « arrêté le 21 octobre 1940 pour collage d’affiches, distribution de tracts etc… Envoyé au Dépôt« .
Le 23 octobre 1940 les cinq militants comparaissent devant la 12ème chambre du Tribunal correctionnel de
la Seine.

Alfred Chapas est condamné à dix mois d’emprisonnement et ses trois co-accusés à huit mois chacun pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (« reconstitution de ligue dissoute »).
Ils se pourvoient en appel, et sont incarcérés à la maison d’arrêt de Santé jusqu’au jour du pourvoi, qui est rejeté par la Section spéciale d’appel (le 17 décembre selon Georges Brumm).
Alfred Chapas est écroué à la Maison d’arrêt de Fresnes fin décembre 1940, puis à la Centrale de Poissy le 22 avril 1941.

Le 21 mai 1941, le directeur de la Centrale transmet au Préfet de Seine-et-Oise, « en exécution des notes préfectorales des 14 novembre 1940 et 18 février 1941 », des  dossiers de détenus communistes de la Seine
devant être libérés à l’expiration de leur peine au cours du mois suivant, dont Alfred Chapas. Les dossiers sont transmis aux Renseignements généraux via le Préfet de police de Paris.

Comme pour la plupart des détenus communistes libérables, le Préfet prévoit leur internement administratif, en application du décret du 18 novembre 1939 et de la loi du 3 septembre 1940. Toutefois, il demande au directeur de Poissy qu’Alfred Chapas soit « interné à sa sortie de Poissy dans cet établissement, en attente qu’une place soit disponible à Aincourt », comme ce fut le cas de plusieurs détenus (Eugène Thédé, François Dallet).

Finalement c’est au camp de « séjour surveillé » de Rouillé qu’Alfred Chapas et sept de ses co-détenus de Poissy sont internés le 28 novembre. Six d’entre eux seront déportés à Auschwitz : François Dallet, Albert Faugeron, Raymond Langlois, Pierre Marin, Marcel Nouvian, et Eugène Thédé.
Le septième est Georges Deschamps. Lire dans ce site :  le camp de Rouillé 

Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom d’Alfred « Chapat » (n° 50) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (5) qu’il arriveau camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6
juillet.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Alfred Chapas est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est immatriculé à Auschwitz  le 8 juillet 1942

On ignorait son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942

Le numéro «45351 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules.

Ce numéro, quoique plausible, ne pouvait être considéré comme sûr et n’avait pas été retenu en attente de la reconnaissance de la photo d’immatriculation. Il semble désormais acquis en comparaison avec la photo figurant sur sa fiche de police (Brigade spéciale des renseignements généraux). Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais – sera désormais sa seule identité pour ses gardiens.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Entrée du camp d’Auschwitz

Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant
l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.

Alfred Chapas meurt à Auschwitz le 1er septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au nom de Chapat Alfred au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 164 et le site internet©Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau). Les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945 ont été restituées à la Pologne et sont désormais consultables à partir du site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. 

Un arrêté ministériel du 6 octobre 1987, paru au Journal Officiel du 20 novembre 1987, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de « Alfred Chapat », décédé le 15 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Dans les années d’après-guerre, l’état civil français avait fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d’un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés (ici René Petitjean), afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Voir l’article : Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

Monument aux morts de à Doré-l’Eglise 
Plaque à Montreuil, où son nom est orthographié Chapat

 

Alfred Chapas a été déclaré « mort pour la France » et homologué « Déporté politique ». C’est sous le nom CHAPAT Afred qu’il figure sur la plaque commémorative apposée en Mairie et intitulée « Honneur aux communistes de Montreuil tombés pour une France libre forte
et heureuse ».

  • Note 1 : En fait ces arrestations entrent dans le cadre de la campagne de répression obtenue par Vichy à l’encontre des militants communistes connus, qui a débuté le 5 octobre par une grande
    rafle. Ce sont plus de 300 communistes qui sont arrêtés dans ces premières rafles du début octobre. Une note des RG du 7 octobre s’en félicite « PC. La répression s’est exercée avec des
    moyens accrus. En effet, à la suite de démarches pressantes faites auprès de l’autorité occupante, la préfecture de police a pu obtenir qu’il ne soit pas mis obstacle à l’application des décrets-lois des 18 novembre 1939 et 3 septembre 1940
    ».
  • Note 2 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement administratif de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique« . Les premiers visés sont
    les communistes.
  • Note 4 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux avaient été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois s’étaient évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres avaient été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou soit hospitalisés.

Sources

  • Archives en ligne du Puy de Dôme, acte de naissance.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993 et 2002 (Val de Fontenay).
  • Témoignage de Georges Brumm (17 février 1973 recueilli par Roger Arnould).
  • Daniel Tamanini (FNDIRP, lettre du 23 avril 1989).
  • Brigade spéciale des Renseignements généraux (BS1). Archives de la Préfecture de police de Paris.
  • Liste du 22 mai 1942, transfert vers Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).

Notice biographique mise à jour en 2013, 2019 et 2022 à partir de la notice succincte que j’avais préparée à l’occasion du 60ème anniversaire
du départ du convoi et publiée dans la brochure éditée par le Musée d’histoire vivante de Montreuil. Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour
Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000»
, éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et
coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous
pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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