Georges Autret  le 8 juillet 1942

Matricule « 45.186 » à Auschwitz  Rescapé 

Georges Autret : né à Paris 14ème en 1908 ; domicilié à Paris 18ème ; ajusteur puis marchand des quatre saisons ; communiste ; arrêté en mars 1941, relaxé ; arrêté le 28 février 1942 en Bretagne ; prisons de Pontaniou (Brest), Rennes, Troyes ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, Mauthausen, Gusen ; rescapé ; décédé le 12 février 1960 à Paris.

Georges Autret est né à Paris (14°) le 21 mars 1908. Il habite au 6, rue Cyrano de Bergerac à
Paris (18°) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Catherine Bruneau, 32 ans, cuisinière, puis marchande des quatre-saisons et de Joseph, Hervé Autret, 32 ans, cocher, puis palefrenier, puis livreur, puis chauffeur, son époux. Ses parents habitent au 5, Villa  Letellier (Paris 15°). Georges Autret a cinq sœurs et frères (Jean, né en 1901, Marie Rose, née en 1902, Joseph, né en 1904, Marguerite, née en 1912 et Henri, né en 1915). En 1926, ils n’habitent plus à la même adresse.

Le 4 juin 1932 à Paris 15ème, Georges Autret épouse Raymonde, Juliette Auguy (1909-1973). Elle a 23 ans, travaille comme fille de salle. Elle est  née à Colombes (Seine) le 21 février 1909. Ils habitent tous deux au 25, rue Letellier au moment du mariage.
Il est ajusteur de profession (dossier des DAVCC). En 1936, il travaille chez Roux & Combaluzier, société de fabrication d’ascenseurs, aux 18-24, rue Tiphaine dans le 15ème arrondissement. Il est inscrit sur les listes électorales du 15ème en 1936. Après la mort de son père en juillet 1938, il est commerçant ambulant, selon le témoignage d’André Montagne (« il vendait des huîtres et des produits alimentaires« ). Il est vendeur des quatre- saisons. il est vraisemblable qu’il ait repris le commerce ambulant tenu par sa mère depuis au moins 1932 (profession mentionnée lors du mariage de son fils).
Georges Autret est membre du Parti communiste.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Pendant l’Occupation il rejoint le Front National en 1941, et sera homologué à ce titre comme  sergent dans la Résistance Intérieure Française.
En mars 1941, il subit une première arrestation, par la Gestapo dit-il « pour distribution de tracts communistes« , mais il est relâché le jour même.
Un an plus tard, le 28 avril 1942, les autorités allemandes l’arrêtent à nouveau. Si cette date d’arrestation du 28 avril 1942 correspond à une rafle effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine (lire La politique allemande des otages (août 1941 -octobre 1942) Georges Autret n’est pas arrêté à Paris.
Selon sa fiche au DAVCC, Georges Autret est arrêté en Bretagne, près de Brest (à Relecq-Kerhuon où habite Madame Louis Autret, près de Brest) pour « distribution de tracts communistes et sabotage ».
Il est emprisonné à la prison maritime de Pontaniou (Brest), puis à Rennes, puis à la prison de Troyes et il est ensuite acheminé au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Georges Autret est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Georges Autret est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45186» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz (1).

Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal.

Le 13 juillet : Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s’en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi (…) Pierre Monjault. Georges Autret, ajusteur de métier, est de ceux-là. Il est affecté au Block 15 A. Il est témoin de l’horreur au quotidien, décrite minutieusement par René Maquenhen (lire dans le site, La journée-type d’un déporté d’Auschwitz

Dessin de Franz Reisz, 1946

Il tombe malade : du 8 au 26 septembre 1942 il est au Block 20 du Krankenbau, « l’infirmerie » du camp.
Le 30 décembre et le 9 février 1943, il est à nouveau au Krankenbau au Block 21.
Il réussit à survivre. La plupart des « 4500 » vont mourir dans les premiers mois de leur arrivée. A la fin de l’année 1942, ils ne sont plus que 220 survivants et 150 environ en mars 1943 !

En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Frédéric Ginolin, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz (140 « 45000 » environ), reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille – rédigées en allemand et soumises à la censure – et de recevoir des colis contenant des aliments. Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l’article du blog « les 45000 au block 11.  Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel, et après quatre mois d’un régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, les « 45000 sont, pour la plupart, renvoyés dans leurs Kommandos et Blocks d’origine.

Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi-totalité des Français survivants. Lire l’article du site « les 45000 au block 11 Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.

Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec la majorité des “45000” d’Auschwitz I, pour être transférés (ce qu’ils ignorent). Lire dans le site , « les itinéraires suivis par les survivants ». 
Un groupe de 29 est transféré le 28 août pour Flossenbürg, un autre groupe de 30 pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un
troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre.
Georges Autret est de ceux qui restent à Auschwitz.

Mauthausen, des rescapés en 1945

Entre le 18 et le 25 Janvier 1945, il est évacué avec dix-neuf « 45 000 » vers le camp de Mauthausen où ils sont enregistrés : Georges Autret y reçoit le matricule « 116 522 ».
Le 16 février, il est emmené au camp de Gusen, où sa libération a lieu le 5 mai 1945.

Le 20 février 1945, il est rapatrié. Il reprend son métier de marchand des quatre-saisons.
Il habite alors au 25, rue Le Tellier 15ème dans le arrondissement de Paris.
Il divorce de Raymonde Auguy, jugement du 13 novembre 1946. Selon son acte de décès, il habite au 29, rue Letellier.

Georges Autret est homologué comme sergent dans la Résistance Intérieure Française (RIF), et reçoit la carte de « Déporté Résistant » (n° 100 124422) comme ayant appartenu à l’un des cinq mouvements de Résistance (FFC, FFI, RIF, DIR, FFL) ( in Service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 24006).
Le 3 mars 1959, le consortium allemand IG Farben (usine à Buna-Monowitz, Kommando d’Auschwitz) où il a travaillé lors de sa déportation fait une demande de renseignements le concernant au Ministère des Anciens combattants et Victimes de Guerre (ACVG) .

Georges Autret décède le 12 février 1960 à l’hôpital Necker à Paris 7ème. Le « Patriote Résistant » annonce son décès dans son numéro de février- mars 1960.

  • Note 1: 522 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Fichier national consulté en octobre 1993. Dossier de Brinon (DAVCC).
  • Liste des déportés ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz (DAVCC. Ausch 3/T3).
  • Liste des déportés ayant reçu des médicaments à l’Infirmerie de Birkenau entre le 1ernovembre 1942 et le 28 mars
    1943 (DAVCC).
  • Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l’infirmerie de Birkenau, kommando d’Auschwitz, Registre des décédés(n° d’ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 15.07.1943. N) 178 de la liste (DAVCC).
  • Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Photo Mauthausen, US Holocaust Mémorial Museum.
  • Courriels, échanges avec Mme Huguette Girou (2020).

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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