Stèle cantine SNCF  ©   Mike Right

 

Lucien Perriot © Mike Right,
Lucien Perriot : né en 1896 à Fontaine-Française (Côte d'Or) ; domicilié à Paris 18ème ; Cheminot ; secrétaire CGT des cheminots du Bourget, communiste ; arrêté le le 8 septembre 1941 ; jugement de non-lieu mais interné aux camps de Rouillé et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 2 septembre 1942.

Lucien Perriot est né le 17 janvier 1896 à Fontaine-Française (Côte d’Or). Il habite au 6, rue Myrha, à Paris (18ème), dans le quartier de la Goutte d’Or, au moment de son arrestation. Il est le fils de Joséphine Lagneau, 39 ans, sans profession et de Joseph Perriot 42 ans, plâtrier, son époux, habitant et mariés le 31 novembre 1886 à Fontaine-Française.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Fontaine-Française au moment du conseil de révision et travaille comme charron. Il mesure 1m65, a les cheveux blonds, les yeux verts, le front moyen, le nez rectiligne, le visage rond. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1916, il est mobilisé par anticipation en avril 1915, comme tous les jeunes hommes de sa classe.  Il affecté le 8 avril 1915 au 170ème Régiment d’infanterie pour y suivre l’instruction. Il « passe » ensuite au 149ème Régiment d’infanterie, engagé en Artois, le 24 novembre 1915. Il « passe » ensuite au 109ème Régiment d’infanterie le 25 mars 1916 : le régiment est engagé à Verdun au fort de Douaumont, Champagne. Campagne d’Alsace, Aisne, Bataille de la Malmaison en 1917. Le 28 octobre 1917, Lucien Perriot est cité à l’ordre du corps d’armée (O.j. n° 776) : « à l’attaque du Chemin des Dames, route de Maubeuge, a mis son fusil mitrailleur en batterie, et par la précision de son tir a obligé à se terrer des
mitrailleurs qui empêchaient la compagnie de déboucher. A fait montre d’une grande bravoure
».Il reçoit la Croix de guerre. En 1918, Vosges, Champagne, Ardennes. Au cours de l’offensive sur la ligne Hindenbourg, Lucien Perriot est blessé par balle à l’avant-bras gauche, le 30 septembre 1918 au Bois des singes, entre Vouziers et Tahure (Ardennes).

Il est « évacué blessé » sur l’ambulance de campagne du 30 septembre au 9 octobre et hospitalisé du 10 octobre au 5 décembre 1918 à l’hôpital de la Schappe à Briançon (Hautes-Alpes). Le 6 décembre, il rejoint son unité. Il est placé en « sursis » (1) comme « automobiliste » du 24 avril 1919 au 23 septembre de la même année.
Démobilisé le 24 septembre 1919 au dépôt du  5ème escadron du Train, il « se retire » à Fontaine Française.
Lucien Perriot est embauché à la Compagnie des chemins de fer du Nord le 10 novembre 1919, comme ouvrier d’atelier (ouvrier-ferreur) à Paris (92 boulevard de la Chapelle).
En janvier 1920, il habite au 8, rue Saint Vincent de Paul à Paris 8ème. Pour l’armée, cet emploi le fait alors « passer » théoriquement dans la réserve de l’armée active, à la 5ème section des chemins de fer de campagne en tant qu’« affecté spécial » (il serait mobilisé à son poste de travail en
cas de conflit). En 1926 et 1927, il est ouvrier ferreur aux ateliers du matériel roulant de la gare de Drancy-Bourget.
Il habite Le Bourget à cette époque.

La gare du Bourget Drancy © Wikipédia

Militant syndicaliste et communiste, il est le secrétaire général du syndicat unitaire (CGTU) des cheminots du Bourget, avec comme membres du bureau Jean-Baptiste Laumond, Vincent Franzini, Léon BertinJean Cueff et Marius Charpentier.
Il est avec Jean-Baptiste Laumond l’un des fondateurs de la cellule communiste de la gare du Bourget-Drancy, qui publie dès 1924 un journal, « Le Soviet des Cheminots », puis « l’Œil Rouge » puis par  dérision envers la propagande anticommuniste, un mensuel intitulé « L’Œil de Moscou ».

L’Humanité du 7 juillet 1925

Le 6 juillet 1925, Lucien Perriot assiste avec Jean-Baptiste Laumond au « congrès contre la guerre du Maroc et les lois Caillaux » tenu à Paris. Ils mènent alors une campagne parmi les cheminots, qui n’est pas aisée car il faut vaincre l’esprit colonial qui prédomine alors dans la société française comme au sein du mouvement ouvrier. Des arrestations et des condamnations ont d’ailleurs lieu
pour de simples distributions de tracts.
Les recherches de Claude Pennetier pour le Dictionnaire du mouvement ouvrier (Le Maitron) n’ont
pas permis d’avoir d’autres informations sur sa vie militante depuis 1925 jusqu’à la déclaration de guerre.

La « Tribune des Cheminots », organe de la Fédération CGT, du 31 mars 1931. Montage © Pierre Cardon

Toutefois, nous avons trouvé mention de son activité dans la « Tribune des Cheminots », organe de la Fédération CGT, du 31 mars 1931. Sous la plume de J. Jacquet, l’article fait état de la satisfaction obtenue par son service contentieux lors du procès intenté en 1930 à direction des Chemins de fer et gagné en cassation par un arrêt  du 31 janvier 1931.
Le procès conclut en effet à l’obligation patronale d’apurer les retards d’avancement et d’ancienneté subis par des cheminots grévistes en 1920, avec récupération d’ancienneté au 1er octobre 1927. En effet, lors de la grève des cheminots de 1920, la répression patronale a été féroce. De nombreuses révocations ont eu lieu. Les cheminots à l’essai, Lucien Perriot et Robert des réseaux Nord et Ceinture s’ils ne sont pas révoqués, sont néanmoins sanctionnés et leurs avancements de carrière stoppés. L’article fait état de la lettre envoyée au directeur où il lui est rappelé l’arrêt du 31 janvier 1931 et lui demande de se conformer au jugement qui le condamne à payer à l’ouvrier Louis Perriot des ateliers du Bourget les bonifications d’ancienneté prévues par l’ordre de service n° 62 de 1927.

Lucien Perriot, militant communiste connu, est rayé de « l’affectation spéciale » le 20 décembre 1939, comme la plupart des cheminots syndicalistes et / ou présumés communistes. Il redevient alors mobilisable, « inscrit en domicile au 5 rue Myrhra ». Il est mobilisé le 2 mars 1940 et rejoint le DI 211 (Dépôt d’Infanterie 211 de Maisons-Laffite)  le dit jour. 

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Lucien Perriot est démobilisé le 13 juillet 1940. Il reprend son poste à la gare du Bourget-Drancy.
Pendant l’Occupation, Lucien Perriot œuvre à la réorganisation syndicale des ouvriers dans les ateliers (« il réorganise les ouvriers dans les ateliers » selon le journal local de Drancy après la Libération (courrier de Maurice Nilès, ancien maire de Drancy / 1990).
Il est arrêté sur son lieu de travail le 8 septembre 1941, pour « distribution de tracts et quêtes pour les internés politiques » et inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 en attente de jugement.
Le 10 septembre, il est incarcéré à la Santé et en attente de jugement. Le 6 octobre 1941, le juge d’instruction du tribunal de première instance de la
Seine prononce un non-lieu. Mais Lucien Perriot n’est pas libéré : le Préfet de police de Paris François Bard ordonne son internement administratif le 17 octobre en application de la Loi du 3 septembre 1940 (2).

Photo-montage : liste des transférés à Rouillé le 10 novembre 1941

Maintenu à la Préfecture en attente de transfert, il est transféré le 10 novembre au camp français de Rouillé (3) avec un groupe de 57 autres militants communistes
parisiens.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés (4) qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122).
Le nom de Lucien Perriot (n° 145 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés qu’il arrive à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». 

Depuis le camp de Compiègne, Lucien Perriot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro « 45969 ? » figurant dans mes deux premiers
ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique
plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Lucien Perriot meurt à Auschwitz le 2 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 919 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.

Un arrêté du 31 janvier 1997 paru au Journal Officiel du 8 mars 1997 porte apposition de la mention «Mort en
déportation
» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Lucien Perriot, mais y figure une date imprécise : décédé mois inconnu à Auschwitz (Pologne). Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le site l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français)Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

Ecole primaire et maternelle Georges Perriot à Drancy

Par un arrêté de 1949  paru au Journal Officiel du 9 octobre 1949, il est homologué « adjudant à titre posthume » au titre de la Résistance intérieure française.
A la Libération, la ville de Drancy a donné son nom à une école. Celle-ci, démolie puis reconstruite en 1986 au 17, rue Raymond-Lefèvre, porte toujours son nom (Ecole primaire et élémentaire Lucien Perriot).
Sa mémoire a été honorée chaque année à Drancy lors de la cérémonie du 8 mai m’écrivait en 1990 Maurice Nilès, ancien interné, ancien Commandant F.F.I. dans la Résistance, maire de Drancy de 1959 à 1997, député de 1958 à 1986.

Stèle cantine SNCF Le Bourget  © Mike Right

Le nom de Lucien Perriot est inscrit sur la stèle commémorative S.N.C.F. 1939-1945
en gare voyageurs du Bourget, ainsi que sur une stèle dans le jardin de la cantine du personnel SNCF donnant sur le 19, avenue Joffre.

  • Note 1 : Le « sursis d’appel » : après l’armistice du 11 novembre 1918, les appelés dont le temps de service militaire normal (3 ans) est écoulé, sont maintenus « aux armées ». Beaucoup seront envoyés en renfort de l’armée d’Orient, toujours engagée.
  • Note 2 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement de « tous individus dangereux pour la
    défense nationale ou la sécurité publique
    « . Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 4 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.

Sources

  • Extrait certifié d’Etat civil, mairie de Fontaine-Française (14/06/90).
  • Lettre de Maurice Nilès (28 mars 1990), maire de Drancy de 1959 à 1997. Ancien interné, ancien Commandant F.F.I. dans la Résistance. Député de 1958 à 1986.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2013, notice Claude Pennetier.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du Greffe.
  • Liste des militants communistes internés administrativement au CSS de Rouillé le 10 novembre 1941.Archives de la police /C – 331 – 24.
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des
    détenus immatriculés).
  • Mémorial Genweb © Photo plaque cantine SNCF par Mike Right, relevé n° 59218. Photographie sous licence d’usage CC BY-NC-SA 2.0
  • Ecole Drancy © Street View.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Informations sur les régiments en 1914 / 1918 et 1939 / 1940 in © Forum ATF4 et Wikipédia.
  • Registres matricules militaires de Côte d’Or.

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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