Marcel Gaudin : né en 1899 à Paris 11ème ; domicilié à Paris 10ème ; menuisier en cadre ; communiste ; arrêté en août 1940 ; condamné à 10 mois de prison ; interné aux camps d’Aincourt, Rouillé et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 19 septembre 1942.

Marcel Gaudin naît le 17 janvier 1899 à Paris 11ème.  Il est domicilié 212, rue Saint-Maur à Paris 10ème au moment de son arrestation. Marcel Gaudin est le fils de Victorine Deléaval, 32 ans, cuisinière et d’Édouard Gaudin, 34 ans, ouvrier menuisier en cadres, son époux. Ses parents, originaires de Haute-Savoie, habitent alors au 132, rue Saint-Maur à Paris 10ème.
Il est menuisier en cadres (ouvrier qui pose des ornements sur les montants et traverses de boiserie).
Son registre militaire nous apprend qu’il mesure 1m 67, a les cheveux châtains et les yeux marrons, le front vertical, le nez rectiligne et le visage ovale.
Au moment du conseil de révision, il habite chez ses parents au 212, rue St Maur à Paris 10ème.
Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée). Conscrit de la classe 1919, il est mobilisé par anticipation au début de 1918, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est incorporé au 105ème Régiment d’artillerie lourde le 20 avril 1918. Après l’instruction militaire, il est affecté au 107ème Régiment d’artillerie lourde le 21 juillet 1918 qui combat sur le front de Champagne jusqu’à l’Armistice du 11 novembre. Il est ensuite affecté au 108ème
RAL en février 1919. C’est alors qu’il est affecté du 14 février 1919 au 23 octobre 1919 dans un régiment de l’armée d’Orient, le 2èmegroupe d’artillerie d’Afrique. Du 24 octobre 1919 au 20 février 1920 il est en campagne en Afrique du nord (le 16 décembre 1919 il est « passé » au 1erGACA (Groupe d’Artillerie de Campagne d’Afrique) cantonné à Blida à50 kmd’Alger. Vraisemblablement à l’occasion d’une permission, il est déclaré déserteur le 21 février 1920. Arrêté il est condamné à 3 mois de prison pour désertion (condamnation amnistiée en
1921) et écroué à la prison militaire de Marseille le 21 juin 1920. Il rejoint le 1erGACA le 14 septembre 1920. Il est maintenu au corps (étant amnistié)
jusqu’au 8 août 1921, date à laquelle il est « libéré du service actif » « certificat de bonne conduite refusé ».
Il vient alors habiter au 73 rue de la Roquette à Paris 11ème.
Marcel Gaudin épouse Yvonne, Jeanne Cosson le 28 février 1928 à la Mairie du 11ème arrondissement de Paris.
Il est adhérent au du Parti communiste. En 1936, il vit seul au 212 rue Saint-Maur (son mariage avec Yvonne Cosson sera dissous par jugement de divorce le 15 mai 1941) sur le même palier que ses parents, qui y habitent depuis au moins 1917.
On ignore si Marcel Gaudin est mobilisé en 1939 (le registre porte la mention « sans affectation » en 1928).

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Militant communiste connu des Renseignements généraux (« militant communiste notoire »), Marcel Gaudin est arrêté en août 1940 (selon sa fiche au DAVCC Caen). Il est inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939. Il est incarcéré à la Maison d’arrêt de la Santé en attente de jugement.
Le 22 octobre 1940, il est placé sous mandat de dépôt. Marcel Gaudin est condamné le 8 février 1941 (1) à dix mois de prison, par la 15ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine. Comme tous les autres condamnés, il fait appel de la sentence le 28 février (2).
Le 9 avril, la Cour d’appel de Paris qui examine les pourvois en appel des 48 condamnés pour activité communiste le 8 février. Par décision de la Cour sa peine est réduite aux huit mois de prison qu’il vient de purger.
Mais Marcel Gaudin n’est pas pour autant libéré : le 21 avril 1941, le Préfet de police de Paris, Paul Marchand, signe un arrêté ordonnant son internement administratif en application de la loi du 3 septembre 1940 (3). Le 21 avril, il fait partie d’un groupe d’internés transférés au “Centre de séjour surveillé” d’Aincourt (lire dans le site : Le camp d’Aincourt).
Son mariage avec Yvonne Cosson est dissous par jugement de divorce le 15 mai 1941.
Le 6 septembre 1941, Marcel Gaudin est parmi les 150 détenus d’Aincourt transférés au Centre de séjour surveillé de Rouillé (4), pour l’ouverture de celui-ci.

Réponse des RG à la demande du directeur du camp de Rouillé, le 28 octobre 1941

Le 14 octobre 1941, le directeur du camp demande au préfet de la Seine les dossiers des internés arrivés à Rouillé un mois auparavant, dont celui de Marcel Gaudin. Ces dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre (doc.
C-331.24).

Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp
allemand de Compiègne (le Frontstallag 122). Le nom de Marcel Gaudin (n° 85 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (5) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Marcel Gaudin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation.

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz.
Le numéro «45576 ? » inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique très plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation publiée au début de cette notice pourrait désormais en fournir la preuve.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.,

Dessin de Franz Reisz, 1946

Marcel Gaudin meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 336 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le site : Des causes de décès fictives.

Cette date de décès est portée sur son acte de naissance le 25 juillet 1946. Un arrêté ministériel du 9 septembre 1992 paru au Journal Officiel du 8 novembre 1992 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès.
Marcel Gaudin est homologué comme « Déporté politique » en 1962.

  • Note 1 : Lors de cette audience comparaissent devant la 15ème chambre 48 militants communistes, dont dix-sept futurs “45000”.  Ils font appel de la sentence le 28 février sur les conseils de leurs avocats, qui sont eux aussi des militants communistes.
  • Note 2 : Leurs avocats, Antoine Hajje, Georges Pittard et Michel Rolnikas, seront arrêtés en juin 1941, internés à Compiègne et fusillés le 20 septembre 1941.
  • Note 3 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique« . Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 4 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 5 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François,
    Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit
    libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés

Sources

  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d’internement des communistes en zone occupée. Dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Camp de Rouillé : archives départementales de la Vienne (109W75).
  • Liste des militants communistes internés administrativement au CSS de Rouillé le 6 septembre 1941.Archives de la police /C – 331 – 24.
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Death Books from Auschwitz(registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • © Mémorial de la Shoah, Centre de documentation juive contemporaine (CDJC). Paris IVème.
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état Auschwitz-Birkenau /© collection André Montagne.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Registres matricules militaires de la Seine.

Notice biographique mise à jour en 2010, 2013, 2019 et 2021 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20ème arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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