Albert Beaucousin 1930 DR Maurice Damois
Albert Beaucousin : né en 1906 à Paris (15ème) ; domicilié à Bourg-la-Reine (Seine) ; égoutier, soudeur PTT ;  militant du Secours populaire ; arrêté le 5 juillet 1941 ; interné aux camps des Tourelles et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 10 octobre 1942.

Albert Beaucousin est né le 29 juillet 1906 à Paris (15ème) au 64, rue de la Convention. Il habite au 71, Grand-rue à Bourg-la-Reine (Seine / Hauts de Seine) au moment de son arrestation.
Albert Beaucousin est le fils de Germaine Thérésa, Gabrielle Bréant, 18 ans (1888-1959), couturière et de Maximilien Jules Beaucousin, 36 ans (1880-1915), maçon. Il a une sœur et un frère cadets (Cécile Raymonde, née en 1909 et Henri, né en 1913). Ses parents habitent au 21, rue Robert Lindet, Paris 15ème. Son père est tué sur le front d’Artois en 1915 (1).
Albert Beaucousin a une sœur, Raymonde (1909-1997) et un frère, Henri (1913-1966).
Conscrit de la classe 1926, il est incorporé au 91èmerégiment d’infanterie le 10 novembre 1926. En
janvier 1927, il est classé « service auxiliaire » par la commission de réforme de Mézières pour « insuffisance de développement musculaire ».  Idem par la commission de réforme de la Seine en mai
et celle de Sedan en décembre. Le 17 avril 1928, il est renvoyé à la vie civile « certificat de bonne conduite accordé ».
Albert Beaucousin travaille comme égoutier à la Ville de Paris et il est alors adhérent au Syndicat général unitaire du personnel des services publics municipaux. En 1928, il habite au 168, rue du Château à Paris 14ème, puis au n° 152 de la même rue. En avril 1929, il vient habiter chez sa mère au 16, rue Victor-Hugo, dans le quartier des Rabats, à Antony (Seine / Hauts-de-Seine), un pavillon de deux étages.
Début 1930, il postule pour un emploi à la Poste, et entre aux Postes, télégraphes et téléphones (PTT) le 10 avril 1930. Il est embauché comme soudeur au service téléphonique et télégraphique de Paris, 18, boulevard de Vaugirard (Paris 15ème). Il adhère alors au syndicat unitaire des ouvriers des PTT (adhérent à la Fédération postale unitaire-CGTU).

Le 4 octobre 1930 à Orsay, Albert Beaucousin épouse Raymonde Renault, née le 25 décembre 1908 dans cette ville,  sans profession. Elle sera employée des PTT après guerre. En février 1931, le couple habite au 54, Grande-Rue à Bourg-la-Reine (ancienne route d’Orléans, puis N20, puis D920). Albert Beaucousin est adhérent au Parti communiste, à la section de Bourg-la-Reine.

Beaucousin Albert, secrétaire du secours populaire L’Aube nouvelle du 25 décembre 1937

Il est  secrétaire du comité intersyndical de la commune. Il est secrétaire de la section du Secours populaire de France de Bourg-la-Reine (cf le communiqué du Secours populaire paru le 25 décembre 1937 qui appelle aux dons en faveur de l’Espagne Républicaine et donne son adresse). En mars 1934 et jusqu’à l’arrestation d’Albert Beaucousin, ils déménagent au 71, Grande-Rue.
Le couple a un garçon, André, Raymond, qui naît le 1er décembre 1938 à Bourg-la-Reine, et qui sera adopté par la Nation le 12 mai 1948.
Après la délaration de guerre, Albert Beaucousin est mobilisé au 3ème groupe de télégraphie militaire. Le 4 mai 1940, son domicile est perquisitionné par des agents du commissariat de Sceaux : des brochures, tracts et journaux antérieurs à la dissolution du Parti communiste sont trouvés. Le 5 juillet 1941, Albert Beaucousin sera arrêté à son domicile par les mêmes agents du commissariat de Sceaux.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la banlieue parisienne est occupée les jours suivants. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Albert Beaucousin est arrêté à son domicile le 5 juillet 1941, en application du décret du 18 novembre 1939 (2).

La caserne des Tourelles © Mauzas

Il est transféré le lendemain 6 juillet à la Caserne des Tourelles (3), boulevard Mortier, « Centre de séjour surveillé » dépendant de la Préfecture, où sont internés les communistes « indésirables » (4). En 1942, deux bâtiments seulement étaient utilisés, un pour les hommes et un pour les femmes.
Ils étaient entourés de fil de fer barbelé. Chaque bâtiment disposait de 3 WC à chasse d’eau, largement insuffisants. Des latrines à tinette mobile étaient en outre disposées dans l’étroit espace réservé à la promenade. La nuit, une tinette était placée dans chaque dortoir. C’est peu dire les conditions épouvantables imposées à des internés dont le nombre variera de 400 à 600 personnes. A cela s’ajoutait une sous-alimentation chronique entraînant bon nombre de maladies : entérites gastro-intestinales, affections cardiaques, tuberculose…
 ©In site Internet Association Philatélique de Rouen et Agglomération.

Albert Beaucousin : Etat n° 2 des détenus communistes caserne des Tourelles

Le même 6 juillet 1941, 8 autres militants (6 d’Aubervilliers dont Marcel Lavallet Louis Meresse qui seront déportés à Auschwitz et 2 de La Courneuve) sont internés aux Tourelles
en même temps que lui.

Le 5 mai 1942, Albert Beaucousin fait partie d’un groupe de 37 « internés administratifs » de la Police judiciaire, classés comme « indésirables », qui sont extraits des Tourelles pour être conduits à la gare du Nord. Ils sont mis à la disposition des autorités allemandes et internés le jour même au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), comme otages. Il y reçoit un n° matricule entre « 5190» (Piazzalunga) et « 5204 » (Lavall).
Les « indésirables » des Tourelles seront tous déportés à Auschwitz le 6 juillet 1942.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Albert Beaucousin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu.
Le numéro « 45211 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier livre Triangles rouges à Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Albert Beaucousin meurt à Auschwitz-Birkenau le 10 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 60 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique). Ce
certificat porte comme cause du décès « Beiderseitige Lungenentzündung » (pneumonie double, infection des deux poumons). L’historienne polonaise Héléna Kubica a révélé comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Lire dans le site : Des causes de décès fictives.

A leur retour des camps, Raymond Saint-Lary et Henri Gorgue ont témoigné de sa mort à Auschwitz « vers novembre 1942 ».
Albert Beaucousin reçoit la mention « Mort pour la France« , le 29 avril 1949. Il est homologué « Déporté politique » le 29 août 1949.
M. A. Boehm, officier d’Etat-civil de Bourg-la-Reine, obtient une fiche de renseignements du Centre Arolsen en février 1993. Mais à cette date le Centre n’a pas connaissance des archives soviétiques, et communique une date erronée soit novembre 1942.
Un arrêté ministériel du 20 mai 1987, paru au Journal Officiel du 18 juillet 1987, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Et cet acte s’appuyant sur les informations du Centre Arolsen porte la mention fictive « décédé en novembre 1942à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.Voir l’article : Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

Sa veuve, Raymonde Beaucousin, devenue employée des PTT au titre de veuve de déporté, se remarie le 24 avril 1954 avec Marcel Cabrilier, machiniste à la RATP. Elle est décédée le 28 avril 1972 à Massy.
Robert Beaucousin est homologué (GR 16 P 41069) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance .
Par un arrêté de 1949 paru au Journal Officiel du 23 avril 1949, il est homologué comme « caporal » à titre posthume au titre de la Résistance intérieure française, avec prise de rang au 1er mai 1944 (ce qui constitue une anomalie, sachant qu’il est arrêté en juillet 1941, et qu’en général la prise de rang est faite au premier du mois du jour de l’arrestation).

  • Note 1 : Maximilien Beaucousin est né le 10 juin 1880 à Fouqueville (Eure). Mobilisé sous le matricule 747 au 129ème Régiment d’Infanterie, il est tué à Neuville-St-Vaast le 25 septembre 1915 lors de l’offensive d’Artois. In © Généanet, monument aux morts de Fouqueville, relevé Florence
    Leclerc.
  • Note 2 : Le décret du 18 novembre 1939 donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique.
  • Note
    3 :
    La caserne des Tourelles : « Centre de séjour surveillé » ouvert d’abord aux Républicains espagnols, entassés par familles entières, aux
    combattants des Brigades internationales, interdits dans leurs propres pays. Les rejoignent de nombreux réfugiés d’Europe centrale fuyant la terreur nazie, des indésirables en tous genres, y compris, bien sûr, les « indésirables » français : communistes, gaullistes et autres patriotes (on ratissait large), juifs saisis dans les rafles, «droit commun» aux causes bien datées (marché noir).
     France Hamelin in Le Patriote Résistant N° 839 – février 2010. Le CSS fonctionnait dans l’ancienne caserne d’infanterie coloniale du boulevard Mortier à Paris.
  • Note 4 : Militants communistes (dont plusieurs anciens des Brigades Internationales) et « droits communs ».

Sources

  • ACVG, décembre 1992, Caen.
  • Ville de Bourg-la-Reine : extraits d’Etat-civil (acte de disparition, 5 janvier 46), avis de décès (19 août 1949). Acte de naissance d’André Beaucousin, acte de remariage de Raymonde Beaucousin.
  • Correspondance de M. Boehm et le Centre Sonderstandesamt Arolsen, 3 février 1993.
  • Arbre généalogique de Daniel Bréant Généanet.
  • Photo de mariage d’Albert Beaucousin : photocopie transmise à Pierre Cardon par Maurice Damois, militant communiste à Clichy (92), illustrateur à La Terre, parent de Robert Damois, époux de Cécile, Raymonde Beaucousin, sœur d’Albert. Ainsi que des éléments biographiques familiaux et l’Aube nouvelle.
  • Archives de la Préfecture de police, cartons occupation allemande, Carnet BA 1837 et BA 2447.
  • Caserne des Tourelles in © Prisons-cherche-midi-mauzac Montage photo du camp de Compiègne à partirdes documents du Mémorial  © PierreCardon 
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

2021) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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