Milgram Hersch (dit Armann), peut-être un « 45 000 » ?

Milgram Hersch dit Armann né en 1896 en Russie ou en 1898 en Pologne ; domicilié à Paris ; Tailleur ; communiste ; il est arrêté comme otage communiste le 27 avril 1942 ; interné à Compiègne dans le camp des politiques ; puis transféré au camp juif ; il est déporté le 05 juin 1942 ou le 6 juillet 1942 ; il meurt à Auschwitz.
Compte tenu de l'existence de deux fiches au DAVCC, avec pour l'une d'elle l'indication "convoi des "45 000" nous avons choisi de présenter ce que nous avons pu recueillir comme témoignages.

Milgram Hersch dit Armann (Armand) est né le 5 décembre 1896 en Russie ou le 1er mai 1898 en Pologne, s’il s’agit du déporté à Auschwitz par le convoi n°2 du 5 juin 1942. Ce dernier est domicilié à Paris au 98, boulevard Blanqui à Paris 13è au moment de son arrestation (1). Il est marié avec Faija (Fannie), née en Pologne la même année – déportée à Auschwitz), parents de deux enfants (Adolphe né le 15 janvier 1925 – déporté à Auschwitz – et Maurice nés en 1924). Il est tailleur.
Il est connu des services de police comme communiste.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Armand Milgram est arrêté le 27 avril 1942. Les 27 et 28 avril 1942 une grande rafle de communistes avait été effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Celle-ci avait été ordonnée à la suite d’une série d’attentats contre des membres de la Wehrmacht à Paris (le 20 avril un soldat de première classe avait été abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire était blessé à Malakoff).
En application de la « politique des otages », les autorités d’occupation avaient ordonné l’exécution d’otages déjà internés et avaient arrêté 387 militants, dont la plupart avaient déjà été appréhendés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres étaient connus ou suspectés par les services de police français de poursuivre une activité communiste clandestine.

Armand Milgram est interné avec ses camarades communistes au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122). Un numéro d’internement à Compiègne, le n° « 4024″ (qui figure sur le site du Mémorial de la Shoah) et le fait que son nom et ce numéro soient rayés sur la liste de la baraque 7 du bâtiment A5 relevée par son chef de chambre Olivier Souef le 29 mai 1942) correspond à la date des internés immatriculés le 28 avril 1942, et au fait qu’il a été transféré au camp Juif, comme plusieurs autres de ses camarades arrêtés comme communistes, puis déporté, soit par le convoi du 5 juin 1942 (convoi n° 2) ou par le convoi du 6 juillet 1942.
En effet, si son nom (non raturé) figure bien sur la liste du convoi n° 2 publiée sur le site du Mémorial de la Shoah (avec ce matricule « 4024 » à Compiègne), donc déporté le 5  juin 1942, nous savons aussi que FERSTLA Maurice, dont le nom figure, lui aussi non raturé, sur la liste de départ du convoi n°2 a bien été déporté dans le convoi du 6 juillet 1942 !

Compte tenu des dates de naissances non concordantes entre les listes FNDIRP et DAVVCC d’une part et celles du Mémorial de la Shoah et du Musée d‘Auschwitz d’autre part, il nous avait semblé pouvoir avancer l’hypothèse qu’il y avait peut-être eu deux Armand Milgram déportés à Auschwitz et que l’un d’eux avait été déporté dans le convoi des « 45 000 », même si cette dernière hypothèse ne reposait que sur les dates du DAVCC. Mais elle est la plus fragile selon nos dernières recherches.

Nous avons néanmoins jugé utile de la présenter, ne serait-ce que pour évoquer la mémoire du tailleur Armand Milgram déporté par le convoi n°2.

Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du site  : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

S’il s’agit de l’hypothèse d’un deuxième Milgram déporté depuis le camp de Compiègne le 6 juillet 1942, à destination d’Auschwitz : A six heures du matin, ce 6 juillet, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé comme eux dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. « Les soldats comptent les hommes par cinquante et les poussent vers les wagons. (…). Les déportés se retrouvent à quarante-cinq, cinquante, soixante ou plus, dans les wagons de marchandises qui, pour avoir servi au transport des troupes, portent encore l’inscription : 40 hommes – 8 chevaux en long. Des wagons sales, au plancher recouvert par deux à trois centimètres de poussière de ciment ou de terre, avec, pour seule ouverture, une petite lucarne grillagée ou bardée de barbelés, près de laquelle les plus souples réussissent à se glisser. Au centre, un gros bidon ayant contenu du carbure dont l’odeur déjà les incommode ». In « Triangles rouges à Auschwitz » prologue, p.11).
Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Lire dans le site : Les wagons de la Déportation

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks, responsables aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le Parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45 157 » et « 46 326 », d’où le nom de « convoi des 45 000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité.
Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession.
Il se déclare serrurier.
Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date., ni sa date de décès.

Aucun document des archives SS préservées de la destruction par des résistant ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz s’il s’agit du déporté né en 1896.  Mais il s’agit du déporté né en 1898, il est décédé le 27 juillet 1942.

  • Note 1 : il existe au DAVCC de Caen, deux fiches portant les mêmes noms et prénom, avec une adresse identique au 98, boulevard Blanqui à Paris 13è, mais avec deux dates de naissance différentes, et l’indication pour l’un d’eux « convoi des « 45. 000 ». En vérifiant cette adresse sur le registre de recensement de 1936, on y trouve bien un seul Milgram Armand tailleur, né en Pologne le 1 er mai 1898. Et on trouve d’ailleurs cet Armand Milgram sur le Mémorial de la Shoah,  avec la même adresse du boulevard Blanqui, né à Szydlowiec (Russie, en Pologne annexée) le 1er mai 1898.  Il est décédé à Auschwitz le 27 juillet 1942. Il y portait le matricule « 38 795 », et s’était déclaré serrurier lors de l’immatriculation.

Sources

  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiches individuelles consultées en octobre 1993. Il n’y a pas de dossier individuel à son nom.
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • « Décédés du convoi de Compiègne 6/7/1942 ». Classeur Auschwitz 1/19, liste n°3 (Bureau des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (Ministère de la Défense, Caen).
  • Site du Musée d’Auschwitz-Birkenau et Sterbebücher von Auschwitz (registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Site du Mémorial de la Shoah.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique installée en août 2015, complétée en 2017, 2019, 2024 et 2026, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, Paris, 2005 et  2015 et «Les « 45000 » Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du site ) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de
cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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