Matricule 38795



On trouve un « Armand Milgram 1896 » sur une des listes de la FNDIRP, établies après-guerre à partir des renseignements fournis par les familles des disparus et les souvenirs des rescapés du convoi du 6 juillet 1942. 

Une fiche individuelle lui est également consacrée au « fichier national » de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC) à Caen avec les indications suivantes : « Armand Milgram Herschné le 5 décembre (ou mai) 1896 en Russie. Juif. Communiste. Tailleur. Marié, père de deux enfants. Arrêté le 27 avril 1942. Déporté en juillet 1942. 98 boulevard Blanqui Paris 13 ème » . Et il existe une place vacante dans la série des M de la liste alphabétique reconstituée des Juifs du convoi du 6 juillet 1942. Pourtant la déportation d’Armand Milgram dans le convoi du 6 juillet 1942 n’est pas assurée car d’autres documents attestent de l’existence d’un déporté portant les mêmes nom et prénom, ayant une date et un lieu de naissance approchants et habitant à la même adresse. 
Le journal officiel JO1995p18496-18502 mentionne le nom de Milgram Hersch dit Armann, né le 1er mai 1898 à Zcydlowiece « Russie » (en réalité Szydlowiec, situé actuellement en Pologne), mort le 27 juillet 1942 à Auschwitz.

Le site duMusée d’Auschwitz-Bikenau indique 

Milgram, Armand

(prisoner number: 38795)

born: 1898-05-01, place of birth: Szydlowiec

Fate:
1. 1942-07-27, Auschwitz, murdered

confirmant ainsi sa date de naissance du 1er mai 1898, précisant celle de son décès au 27 juillet 1942 et son numéro d’immatriculation à Auschwitz (38795) qui correspond à celui d’un déporté du convoi du 5 juin 1942.  

On trouve sur le site du Mémorial de la Shoah un Armand Milgram, né le 1 mai 1998 à « Szydlowie », et déporté dans le convoi N° 2, parti de Compiègne vers Auschwitz le  5 juin 1942 dont l’adresse est au 98 boulevard Blanqui Paris 13ème. 
Malgré les différences concernant sa date de naissance (ce qui n’est pas exceptionnel s’agissant des documents consultés), on a donc tout lieu de penser qu’il s’agit de la même personne.
Dans cet immeuble de plusieurs étages habitaient deux autres personnes dénommées Milgram qui furent déportées quelques mois plus tard à Auschwitz : Faiga Zelda Milgram, née Milgram en 1898 à « Szydlowice » (déportée dans le convoi N°12 de Drancy vers Auschwitz le 29 juillet 1942 voir le Mémorial de la Shoah), son épouse (comme l’indique la fiche au DAVCC) et Adolphe Milgram, né le 15 décembre 1925 à Paris qui avait l’âge d’être leur fils, déporté dans le convoi N° 35, le 21 septembre 1942 et qui a survécu à sa déportation.

En rassemblant les divers renseignements recueillis, on peut tenter une reconstitution du parcours d’Armand Milgram, communiste (voir BACC) depuis son arrestation le27 avril 1942. Les 27 et 28 avril 1942une grande rafle de communistes avait été effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Celle-ci avait été ordonnée à la suite d’une série d’attentats contre des membres de la Wehrmacht à Paris (le 20
avril un soldat de première classe avait été abattu au métro Molitor, deux soldats
dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire était blessé à Malakoff).

En application de la « politique des otages », les autorités
d’occupation avaient ordonné l’exécution d’otages déjà internés et avaient arrêté  387
militants, dont la plupart avaient déjà été appréhendés une première fois par la
police française pour « activité
communiste
 » depuis l’interdiction du Parti
communiste (26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur
peine. Les autres étaient connus ou suspectés par les services de police français de
poursuivre une activité communiste clandestine. 

Armand Milgram est interné avec ses camarades communistes au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Son numéro d’internement « 4024″ (site duMémorial de la Shoah et le fait que son nom et ce numéro soient rayés sur la liste de la baraque 7 du bâtiment A5 relevée par son chef de chambre Olivier Souef le 29 mai 1942) correspond à la date des immatriculés le 28 avril 1942.

Depuis
ce camp, il est déporté à destination d’Auschwitz dans le convoi d’otages juifs du 5 juin  1942 – composé uniquement de Juifs et parmi lesquels se trouvaient de nombreux communistes – . Il meurt à Auschwitz peu de temps après son arrivée, le 27 juillet 1942.

Pour comprendre la
politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du
blog :La politique
allemande des otages (août 1941-octobre 1942) 
et«une
déportation d’otages
». 

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation

Sources

  • Fichier
    national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains
    (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiches individuelles consultées en octobre 1993.
  • Listes – incomplètes – du
    convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P). 
  • « Décédés du convoi de Compiègne 6/7/1942 ». Classeur Auschwitz 1/19, liste n°3 (Bureau des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (Ministère de la Défense, Caen).
  • Site du Musée d’Auschwitz-Birkenau et Sterbebücher von Auschwitz (registres des morts d’Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
    1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de
    décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et
    le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés). 
  • site du Mémorial de la Shoah.
  • © Dessin de Franz Reisz,
    in « Témoignages sur Auschwitz »,
    ouvrage édité par l’Amicale des
    déportés d’Auschwitz (1946).

Biographieinstallée en août 2015, complétée en 2017 et 2019, par Claudine Cardon-Hamet,
docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles
rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942
 » Editions Autrement, Paris, 2005 et  2015 et «Les
« 45000 » Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 »,
éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces
références (auteur et coordonnées du 
blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de
cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez faire
un courriel àdeportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les
documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer
cette biographie.  

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