Auguste Monjauvis à 86 ans
En dépit de sa spécialité d'ajusteur-outilleur, Auguste Monjauvis est mobilisé en 1939 (en 1939 Alsthom, la société où il travaille, fabriquait entre autre des locomotives diesels-électriques utiles à la défense nationale - il aurait donc dû être mobilisé sur son poste de travail comme "affecté spécial". Mais il est connu comme communiste.

« En juin 1940, ma compagnie réussit à sortir de l’encerclement fait sur les routes allant vers Belfort – les troupes allemandes firent là beaucoup de prisonniers – ma compagnie se replia et se cantonna dans l’Aveyron. Au camp du Larzac, je fus démobilisé en juillet 1940 et rejoignis Paris occupé ».

Maurice Lacazette © Le Maitron

Après sa démobilisation, en liaison avec Maurice Lacazette (qui sera fusillé en 1942), il met sur pied un petit groupe qui reçoit pour mot d’ordre : saboter l’outillage des entreprises travaillant pour l’occupant.
Il prend la parole à la porte des usines, transporte des armes.

« La vie devait continuer, ma femme, mes parents n’avaient aucune ressource, il fallait travailler. Je repris contact avec les camarades de l’usine des Compteurs de Montrouge, mais la direction, toujours aussi ferme dans ses principes de classe, m’avait rayé de son personnel, le patronat avait ses listes rouges ou noires, ses ennemis n’étaient pas les occupants allemands.  Plusieurs de mes camarades ouvriers militants étaient dans mon cas, en août et septembre 1940, nous nous réunissions dans les terrains vagues pour organiser notre résistance, en liaison avec Maurice Lacazette, secrétaire du syndicat des métaux de la région parisienne (fusillé en 1942 par les Allemands). Dès cette époque, septembre 1940, nous avons formé des groupes de trois des comités populaires de la C.G.T. clandestine. Nous distribuions des tracts anti-allemands, nous en remettions à quelques chefs de groupe que nous avions formé dans l’usine. J’avais trouvé du travail chez un artisan maquettiste à Montrouge, mais très mal rétribué. En octobre ou novembre 1940 je trouvai du travail dans ma profession chez Ragonot à Malakoff.
Je continuai mon activité au sein des comités populaires. De très bonne heure les matins avant d’entrer à l’usine, nous mettions des tracts dans les boites aux lettres et nous collions des papillons donnant des mots d’ordre contre l’occupation de notre pays. M’apercevant que j’étais repéré par la direction de cette usine, je la quittai pour aller travailler dans une petite entreprise du XIe arrondissement de Paris, en mars 1941.
Je pris liaison avec l’organisation résistante et fis le même travail de propagande. Au début de juin 1941, un camarade de mon ancienne usine des
Compteurs vint me proposer d’entrer à la Société Industrielle des Téléphones -Paris XVe. Elle était une des plus grandes usines de l’arrondissement. De suite à mes premiers jours de travail, il me mit en liaison avec un responsable du triangle local pour organiser les distributions de tracts et des prises de paroles dans la rue des Entrepreneurs à la porte de l’usine.
Nous mobilisions nos triangles intérieurs pour la sauvegarde des résistants, distributeurs et orateurs. Nous avons entrepris la parution d’un journal d’usine, il fut retardé par suite de changements continuels de nos imprimeries clandestines. Nous avions comme mot d’ordre le sabotage d’outillages servants à la fabrication d’appareils de transmissions téléphoniques destinés à l’ennemi et nous avons eu la mission d’un transport d’armes pour les groupes de l’O.S. (l’Organisation spéciale du Parti communiste clandestin), plus tard F.T.P.F.
Le 16 septembre 1941, je m’aperçus d’une filature en prenant le premier métro du matin, descendant à « Grenelle » actuellement « Bir Hakeim » où j’assurai une liaison avec le chef de triangle local. Le lendemain au petit jour, j’étais arrêté.
« Le 17 septembre 1941, j’étais arrêté à mon domicile, au 143, rue Nationale – Paris 13ème, à 5 heures du matin par deux policiers en civil. Si j’ai été arrêté ce n’est pas seulement que mes idées étaient contraires au gouvernement de collaboration avec Hitler, mais bien que je ne cessais de propager par différentes actions, les idéaux de la Résistance » (Auguste Monjauvis, témoignages)

En cas d’utilisation ou publication de ce témoignage, prière de citer : « Témoignage publié dans le site  « Déportés politiques à Auschwitz :
le convoi dit des 45.000
» https://deportes-politiques-auschwitz.fr
Adresse électronique :  deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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