Roger Arnould à Buchenwald, dessin de Boris Tazlitsky
Roger Arnould : né en 1914 à La Bresse (Vosges) ; domicilié à Paris 10ème ; ouvrier tisserand, fait l'école des mousses ; engagé dans la Marine ; militant communiste ; résistant ; arrêté par la Gestapo, interné dans cinq prisons et camps ; déporté à Buchenwald en 1944 ; libéré en avril 1945 ; permanent de la FNDIRP ; auteur d’ouvrages sur la déportation ; initiateur des recherches sur le convoi des 45.000 » ; décédé le 10 avril 1994.

Roger Eugène, Camille Arnould est né le 11 janvier 1914 à La Bresse (Vosges). Il est le fils de Jeanne Marie Valdenaire (1889-1956) née le 25 juillet 1889 et d’Edmond Louis Arnould (1888-1956), né le 5 mars 1888, tous deux nés à La Bresse. Il a un frère cadet, Louis, né le 30 mai 1917 à La Bresse. Leurs parents se sont mariés à La Bresse le 12 mai 1913. Pendant la guerre 1914-1918, il est élevé par ses deux grands-mères, car son père et ses oncles sont mobilisés (sa mère et ses tantes travaillant en usine) L’industrie du bois, l’extraction et le polissage du granit et le tissage du coton sont les principales activités économiques de la région et de cette ville de 5000 habitants (où le patronyme d’Arnould est très fréquent). Démobilisé, son père est embauché dans une scierie en montagne. A l’école primaire du village, il a un instituteur qui pratique des méthodes nouvelles (qui sont voisines de celles popularisées plus tard par Célestin Freinet).  Son père est réembauché dans une usine du textile à La Bresse : comme il est musicien et acteur amateur et que ces activités sont tenues par le curé de la paroisse, il met ses fils à l’école libre de La Bresse : de 8 à 13 ans Roger Arnould a une institutrice « formidable », madame Michèle).

Le 15 juillet 1925, Roger Arnould entre à l’usine comme ouvrier tisseur. Il y respire la poussière de coton qu’il ne supporte pas. En 1926, la famille Arnould habite au n° 60 de la rue « derrière l’Eglise » à La Bresse. Sa mère est tisserande chez André, et son père chez Mougel. En 1927, Roger Arnould quitte l’usine. Il  suit des cours du soir, lit beaucoup de livres, dont un qui le marque particulièrement : « Le conscrit de 1913 » de Georges Benoit Guyot.
Malgré le désaccord de son père, qui est plutôt antimilitariste, Roger Arnould part pour Brest le 9 octobre 1930 et s’engage à l’Ecole des mousses, après avoir lu un encart présentant l’école dans un journal. En 1931 ses parents et son frère qui ont déménagé rue Boudières à La Bresse, travaillent comme tisserands chez la veuve Marion. Pendant un an Roger Arnould suit les cours de l’Ecole des mousses sur « l’Armorique ». A l’issue de sa formation, il opte pour la spécialité de « timonier ». Il s’engage dans la Marine, à l’Ecole de spécialité de Toulon. En 6 mois, il change de navire quatre fois. Il fait escale à Oran (base de Mers el Kébir).
C’est alors qu’il fait connaissance avec le colonialisme et le racisme, ce qui le révolte. Il embarque sur le « Colbert » et le « Bretagne », fréquente la bibliothèque du bord. Un officier lui fait connaître Montaigne et Romain Rolland, dont Jean Christophe », qui est pour lui une véritable révélation.
En 1933, il embarque sur le « D’Artagnan », qui fait escale à Hong-Kong, Macao, et Canton. Il y fait la connaissance d’un communiste chinois, qui fut ouvrier chez Renault en France et avait participé à la révolution de Canton en 1924. Le 29 avril 1936 à La Bresse, Roger Arnould épouse Lucienne Sénéchal (1917-2011). Le couple aura trois enfants (mention portée sur sa fiche à Buchenwald, dont Jeannette et Christian). En 1936, son père et son frère travaillent chez P. Adami à La Bresse, comme polisseurs de granit. Roger Arnoud habite à Paris, rue Jean Jaurès, près de la mairie du 19° arrondissement. Il est devenu un militant communiste. Il est mobilisé dans la Marine en 1940 et est amené à participer aux « opérations de Dakar », où la Force Y de la Marine et l’aviation du gouvernement de Vichy s’opposent au débarquement des forces anglaises et gaullistes en septembre 1940 (1). Il reprend contact avec le Parti communiste clandestin après sa libération de la Marine et son retour en France. Par la suite il milite au Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France (mouvement de la Résistance intérieure française, créé par le Parti communiste par un appel publié le 15 mai 1941 dans l’Humanité clandestine en vue d’un vaste rassemblement patriotique ouvert aux non-communistes pour rallier les différentes composantes de la société française). Roger Arnould est rattaché à l’état-major national des FTPF. Il est arrêté par la Gestapo selon Floréal Barrier qui l’a connu à Buchenwald, mais il s’évade. Il est repris le 3 décembre 1943 (Floréal Barrier in « Le Serment » n° 237). Il habite Paris 10ème au moment de son arrestation. Son épouse Lucienne est domiciliée en 1944 à Campagne-les-Boulonnais par Ergny (Pas-de-Calais), adresse qu’il communique au camp de Buchenwald. Après des internements à La Santé, Poissy, Melun, Châlons-sur-Marne puis Compiègne, il est déporté depuis le Camp de Compiègne, le Frontstalag 122, pour le camp de Buchenwald en mai 1944 par le convoi qui part le 14 mai 1944, initié par le BDS (BEFEHLSHABER der SICHERPOLIZEI und des SICHERHEITSDIENST, Direction de la police de sûreté et du service de sécurité), chargé de la répression de la Résistance et de la déportation des Juifs. 

Immatriculation à Buchenwald

Dans ce camp il reçoit le matricule n° 49894. Très vite il participe à la Résistance intérieure du camp aux côtés de Marcel Paul et de Frédéric-Henri Manhes, qui créent en juin 1944 le CIF (Comité des Intérêts Français) qui représente les trente-quatre organisations de la Résistance détectées au camp, regroupées en cinq « familles » dans une structure pyramidale destinée à faciliter la circulation des informations et de préserver la sécurité. Marcel Paul et Frédéric-Henri Manhes créent également la Brigade française d’action libératrice, dont ils sont les chefs militaires. Roger Arnould fait partie de l’état major de la BFAL. Un témoignage de Louis Ferrand paru dans « Le Serment » éclaire ses responsabilités il écrit : “Contact supérieur : Roger Arnould. Avec Jean Cetre, instruction militaire des hommes de mes deux groupes et cela par fractions de trois, pour des raisons de sécurité. Contacts plus fréquents avec les responsables de mes deux groupes, André Faive et Gaston Viens. Participation à deux tournées d’inspection décidées par l’Etat-major de la Brigade. Janvier 1945 avec effectifs réduits (André Faive et Gaston Viens), février ou mars 1945 avec effectifs complets, mobilisation derrière le block 34. Inspection effectuée par le colonel Manhès, Marcel Paul, Roger Arnould et deux ou trois autres camarades. Période proche de la libération du camp. Dès le 6 avril, sur ordre, je quitte volontairement mon Kommando de travail, ainsi que mon bloc (9). Dès cette date, je suis à la disposition de l’Etat-major, sous la responsabilité de Roger Arnould. Hébergement clandestin au bloc 26, flügel A, soutien de Arthur Vigne et Marcel Lemoine ». En 1984, Roger Arnould a consacré une étude importante sur la Brigade française d’action libératrice (note sur l’histoire de la BFAL p. 25 association française Buchenwald Dora et Kommandos, citée par Olivier Lalieu in La zone grise, p.275).

Carte personnelle à Buchenwald

Grâce à des contacts avec des antifascistes allemands, Roger Arnould devient Lagershutz (policier du camp ou protection des Kommandos, fonction imposée par le Collectif français pour le choix des sanctions au sein des Kommandos), ce qui lui offre une situation particulièrement utile pour la Résistance. Roger Arnould participe à la libération armée de Buchenwald le 11 avril 1945 (il est officiellement homologué comme membre de la « Brigade française d’action libératrice ». Il est après la Libération un militant de la mémoire de la Résistance au sein de la FNDIRP, dont il membre du Comité national en 1949, puis membre du Bureau national et comme secrétaire administratif. Responsable de la documentation, il est permanent de la FNDIRP de 1966 à 1974 et collabore au « Patriote Résistant ».
Il est également à l’origine du bulletin « Le Serment » de l’Association Française Buchenwald, Dora et kommandos.

Les témoins de la nuit, Paris, Éditions F.N.D.I.R.P., 1975

Auteur de nombreux articles sur la déportation parus dans le « Patriote Résistant », Roger Arnould a l’idée d’écrire l’histoire du convoi du 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz, au début des années 1970 : il avait été en effet frappé au début de son internement en mai 1944 à Buchenwald,  par la résilience de quatre déportés du convoi du 6 juillet 1942 à Auschwitz, transféré à Buchenwald le 23  février 1944 : il s’agit de Robert Lambotte (34.150), Raymond Montégut (34.162), Camille Nivault (34.191) et Lucien Penner (34.161). Ce transport avait éveillé sa curiosité, puis un intérêt passionné. Intrigué par les singularités de ce convoi d’otages politiques, très majoritairement composé de syndicalistes et de communistes, il rassemble méthodiquement, entre 1971 et 1984, témoignages écrits et oraux, des centaines de notes biographiques, et tente une première reconstitution de la liste du transport.

Emblème de la FNDIRP

En 1975, l’année du trentième anniversaire de la libération des camps nazis, il publie « Les témoins de la nuit », introduction par Marcel Paul, préface par Louis Martin Chauffier, dans la collection de quatre volumes intitulés « L’Enfer nazi », aux éditions de la FNDIRP (N° spécial 427 bis). Les témoins de la nuit. Les chemins de l’espérance. Les techniciens de la mort. L’esclavage concentrationnaire (auteurs : Roger Arnould, Henri Alleg, Ady Brille, Dominique Deceze). L’ouvrage édité à part aura ensuite plusieurs tirages et couvertures et une réédition en 1979. En 1981, il effectue les premières recherches sur le numéro matricule figurant sur l’emblème de la FNDIRP , issu non d’un hasard, mais d’un tableau imaginé par le docteur Uzan (cabinet médical du centre d’accueil des internés et déportés, créateur de l’AIDP) pour symboliser l’unité et la solidarité de la Déportation et qu’il offre à la FNDIRP en gage d’amitié.

Roger Arnould et Claudine Cardon-Hamet à Rambouillet, chez Roger Arnould en 1987.

En 1986, lorsque la maladie lui fait entrevoir qu’il ne pourra venir à bout de son projet, il accepte qu’André Montagne et Marie-Elisa Cohen partent en quête d’un historien prêt à prendre le relais. André Montagne sait trouver les mots pour convaincre Claudine Cardon-Hamet et c’est ainsi que le convoi des « 45 000 » est devenu le sujet de sa thèse de doctorat d’histoire, soutenue en 1995. Roger Arnould lui a confié ses dossiers classés par départements et les notes et fiches les accompagnants. Roger Arnould est décédé à Rambouillet le 10 avril 1994. Homologué Déporté Résistant (SHD Vincennes GR 16P 18106), il est décoré de la médaille de l’ordre de la Libération (décret du 3 août 1946 paru au JO 13 octobre 1946). En mars 2008, Christian Arnould, le fils de Roger Arnould, a remis à l’Association Buchenwald-Dora et Kommandos » 38 cartons de documents patiemment conservés et classés par son père. Parmi ces documents, de nombreux échanges de courriers concernant les débuts de l’Association et ses premiers congrès, de nombreuses photographies originales, des éléments biographiques inédits sur des déportés à Buchenwald et dans ses kommandos. Le don de ce fonds inestimable a inspiré à Christian Arnould le texte suivant : “Beaucoup de choses ont été, et sont toujours, écrites, dites, exposées, filmées sur le système concentrationnaire nazi. C’est terriblement complexe mais sans minimiser aucun drame survenu dans l’histoire du monde, il faut situer ce système comme un phénomène unique et incomparable à aucun autre. On le dit inimaginable, honteux, épouvantable, indicible… Les qualificatifs sont nombreux mais il faut toujours chercher l’essentiel qui en fait son unicité. (in Le Serment n°318).

Claudine Cardon-Hamet, Pierre Cardon

Note 1 : Un paragraphe consacré à Roger Arnould dans le livre « Les combattants de la Mémoire » (éd. FNDIRP, par Serge Wolikow), relate cet épisode « mobilisé comme marin en 1940, il est en opération à Dakar, où il s’engage dans une opération pour empêcher les forces navales françaises de s’en prendre aux forces navales britanniques . Il est arrêté, puis libéré, il rentre en France et reprend contact avec le Parti communiste« . On sait que la Marine française sous les ordres du contre-amiral Landriau fidèle au gouvernement de Vichy, riposte à la tentative de débarquement de la marine britannique et des forces gaullistes, qui enjoignent aux forces de Vichy de se rallier au général De Gaulle… La tentative de débarquement est un échec. Roger Arnould, qui a vraisemblablement fait partie d’un certain nombre de militaires et marins favorables à l’opération gaulliste, est semble-t-il arrêté.

Sources 

  • https://maitron.fr/spip.php?article197815, notice ARNOULD Roger, version mise en ligne le 1er décembre 2017, dernière modification le 7 janvier 2021 par Serge Wolikoff.
  • Arnould Roger, Le Patriote Résistant. Journal des déportés, internés et familles.
  • Bulletin Le Serment, biographie succincte.
  • Deux cassettes audio enregistrées par Claudine Cardon-Hamet à Rambouillet en juin 1992.
  • Recensement de La Bresse (1926 à 1936), vol. 1.
  • « Les Français à Buchenwald et Dora ». Pierre Durand p. 305
  • « Les combattants de la Mémoire, éd. FNDIRP, par Serge Wolikow, p. 278.

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