Marcel Boulanger avant guerre © Maryse Goiran
Marcel Boulanger, le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 45.285 » à Auschwitz

Marcel Boulanger : né en 1892 à Nogent-sur-Seine (Aube) ; domicilié à Malakoff (Seine) ; boulanger ; arrêté comme communiste le 11 octobre 1940 ; interné au camp d'Aincourt ; prisons de Clairvaux, Fontevrault ; interné aux camps de Rouillé et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 1942.

Marcel Boulanger est né le 28 mai 1892 à Nogent-sur-Seine (Aube). Il habite au 29, rue Benjamin Raspail à Malakoff (ancien département de la Seine – aujourd’hui Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
Il est le fils Louise, Blanche Adam, 20 ans, et de Henri, Vincent Boulanger, 26 ans, garçon de moulin, puis Charretier chez Billy à Villiers-sur-Seine (Seine et Marne). Il est l’aîné d’une fratrie d’au moins six enfants (Geneviève, née en 1894, Germaine, née en 1897, Adrienne, née en 1901, Fernand, né en 1902 et Julien né en 1909).
La famille est venue habiter à Villiers-sur-Seine où résident des membres de la famille Adam, après 1896 (à partir de 1901 et au moins jusqu’en 1911 d’après les recensements de 1901, 1906 et 1911).
Son registre militaire nous apprend qu’il mesure 1m 66, a les cheveux châtains foncés, les yeux bleus, le front fuyant moyen, le nez busqué moyen, le visage étroit et le « teint pâle ». Au moment du conseil de révision, Marcel Boulanger habite Villiers-sur-Seine. Il est ouvrier boulanger, puis boulanger. Il a un niveau d’instruction n° 3 pour l’armée (sait lire écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1912, il est appelé au service militaire le 8 octobre 1913 et incorporé à la 23ème section de COA (commis et ouvriers militaires d’administration) à Fontainebleau.
Marcel Boulanger épouse Marie Huguenot le 25 mars 1913 à la mairie du deuxième arrondissement de Paris. Elle est lingère, née à l’Isle Jourdan (Vienne) le 9 février 1893 et domiciliée 4, rue de la Michodière. Mais le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. La mobilisation générale française a été décrétée le 1er août. René Boulanger est donc mobilisé pour la durée de la guerre. Il part donc « aux armées ». Il est transféré à la 15ème section de COA le 3 octobre 1915 qui part en appui de l’Armée d’Orient, jusqu’au 20 décembre 1917. Revenu en France du 21 décembre 1917 au 29/3/18.
Le couple se sépare par jugement de divorce prononcé le 3 décembre 1917. Marcel Boulanger est transféré « aux armées » au 141ème Régiment d’Infanterie le 28 mars 1918, puis au 14ème RI le 18 août 1918.
Le 24 décembre 1918, il épouse en deuxièmes noces Marie Nicol, à Paris deuxième arrondissement. Elle est teinturière, née le 30 mai 1892 à Paris 11ème. Soldat au 17ème RI, il est domicilié au 3, rue du Hanovre, elle au n° 6. Le couple aura une fille, Yvette.
Marcel Boulanger est à nouveau transféré dans une section de COA (la 14ème) en janvier 1919 jusqu’à sa démobilisation qui a lieu le 28 août 1919, « certificat de bonne conduite accordé ».
Il va alors habiter Roscoff (Finistère). En septembre 1919, il est revenu en région parisienne et habite 6, rue de Hanovre à Paris 2ème chez sa belle-mère.

En mai 1924, la boulangerie rencontre une grave crise. Les ouvriers boulangers syndiqués, qui en ont assez que leurs revendications ne soit pas écoutées par le patronat, votent la grève le 25 juin, pour « la suppression absolue du travail de nuit, le repos hebdomadaire, et 5 fr. 40 par fournée ». La grève, sabotée par la Préfecture par un recours aux fournils de l’armée et une présence policière devant les boulangeries est un échec. Selon le syndicat de la boulangerie, de 1200 à 1500 ouvriers boulangers se retrouvent alors au chômage. C’est le cas de René Boulanger, au chômage depuis cinq mois, en novembre, qui habite chez sa belle mère avec son épouse et leur fille. Ayant participé en novembre 1924 à une réunion de son syndicat, rue de la Grange-aux-Belles, René Boulanger a été convaincu qu’il fallait passer à « l’action directe » avec deux autres de ses camarades. La nuit du 26 au 27 novembre, ils ont brisé à coup de pierres les devantures de deux boulangeries sises 60 et 100 rue Montorgueil. Arrêté à cinq heures du matin René Boulanger est conduit au Dépôt. Il déclare ne pas connaître les deux autres chômeurs qui étaient avec lui et qui n’ont pas été arrêtés. Il est condamné en appel le 24 novembre 1925 à deux mois de prison avec sursis, cinquante francs d’amende et aux dépens, pour « bris de clôture et violences à agents ».

En novembre 1931, il est logé chez M. Nicolle au 29, rue Benjamin Raspail à Malakoff (sans doute une boulangerie). En 1934, il s’inscrit sur les listes électorales de Malakoff, toujours domicilié au 29, rue Raspail.
En décembre 1939, son registre militaire indique qu’il a un enfant. Il est de ce fait passé à la classe de mobilisation de 1910. Il est classé « sans affectation » en mars 1939.

Le vendredi 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Un premier  détachement  allemand  occupe  la mairie de Nanterre et l’état-major  s’y  installe. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Les « cages à poules » de la prison de Fontevraud

Militant communiste ou syndicaliste connu des services de police, Marcel Boulanger est arrêté le 11 octobre 1940. Il est interné administrativement au camp de séjour surveillé d’Aincourt, dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), près de Mantes, ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy. Lire dans le site : Le camp d’Aincourt.  
Le 4 décembre 1940, il est transféré à la prison centrale de Fontevraud (près de Saumur).
Le 20 janvier 1941, il est transféré à la Maison centrale de Clairvaux (Aube). Lire dans le site La Maison centrale de Clairvaux.
Le 26 septembre 1941, Marcel Boulanger est transféré au centre de séjour surveillé de Rouillé, près de Poitiers.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé (1) une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Marcel Boulanger (n°37 de la liste) y figure.
C’est avec un groupe d’environ 160 internés qu’il arrive à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Marcel Boulanger est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est immatriculé lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45285« . Ce numéro, inconnu jusqu’ici est attesté par la ressemblance de la photo (2) du déporté portant ce numéro avec celle envoyée par ses petits enfants en septembre 2012, et correspond à l’ordre alphabétique des noms dans l’une des 4 listes du convoi que j’ai reconstituées.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Marcel Boulanger meurt à Auschwitz le 20 août 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz).
L’arrêté ministériel du 17 septembre 1987 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès (paru au Journal Officiel du 28 octobre 1987), avait repris les dates de l’acte de décès soit « décédé le 30 septembre 1942 à Auschwitz- pologne » (mention marginale de l’extrait de naissance) ».
Si dans les années d’après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d’un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, il est regrettable que le ministère ne prenne pas désormais en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz, documents officiels allemands, établis par les médecins du camp d’Auschwitz, à la mort d’un détenu).

Plaque de rue à Malakoff au 29, rue Raspail © Claude Richard

Le titre de « Déporté politique » a été attribué à Marcel Boulanger.

Plaque Maison des Associations à Malakoff au 29, rue Raspail (© Pierre Cardon)

Son nom figure sur la plaque commémorative de la Maison de la vie associative, en mémoire des habitants de Malakoff morts en déportation et une plaque a été apposée sur son domicile, 29 rue Raspail. Il est également honoré sur les monuments aux morts de Villiers-sur-Seine et Lagny-sur-Marne.

  • Note 1 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres militants venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 2 : 524 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Extrait de naissance, Mairie de Nogent, juin 1993.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juin 1992.
  • Certificat de décès d’Auschwitz de Marcel Boulanger  (Ville de Nogent-sur-Seine).
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. 
  • Liste XLI 42, N° 37. Archives du Centre de documentation juive contemporaine.
  •  Certificat de décès d’Auschwitz de Marcel Boulanger  (DAVCC).   
  • Photo de famille de Marcel Boulanger. Envoi de Madame Maryse Goiran, sa petite fille (12 septembre 2012)
  • Photo de la plaque de rue : Claude Richard. Site « MémorialGenweb » 
  • Monument commémoratif de Malakoff. Relevé © Claude Richard.
  • Photo de plaque commémorative (Maison de la vie associative) : © Pierre Cardon.
  • Registres matricules militaires.
  • Recensement de Villiers-sur- Seine

Notice Biographique rédigée en 2005 (modifiée en 2012, 2017 et 2019) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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