Lettre de Giobbé Pasini
Le 4 juillet 1943, les français du convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45.000 » et les françaises du convoi du 23 janvier 1943 dit des "31.000" reçoivent l'autorisation de  correspondre avec leurs familles

Le tract sur Auschwitz (cf. l’article publié sur ce site intitulé Le tract sur Auschwitz du Front National de lutte pour la libération de la France mai 1943) en est peut-être à l’origine.

Les autorités allemandes étaient très attentives à tout ce qui pouvait transparaître sur le régime des camps de concentration et sur le massacre des Juifs. Il est donc possible que l’autorisation accordée aux « politiques » français d’Auschwitz d’écrire en France, en juillet 1943, ait été destinée à lutter contre les effets « pernicieux » de ce tract.
Il s’agirait de prouver – censure de la Gestapo aidant – qu’il y avait à Auschwitz des déportés français, vivants et en « bonne santé », plusieurs mois après leur départ de France.

A la même période, le 13 juillet 1943, les détenus juifs d’Auschwitz et de Birkenau, à l’exception de ceux originaires de Pologne et de Grèce, recevaient l’ordre d’écrire à leur famille et de leur demander d’envoyer des colis de vivres à l’adresse suivante : Arbeitslager Birkenau, Postamt Neu-Berun.
Ces déportés devaient obligatoirement indiquer qu’ils étaient en bonne santé

Lettre d’André Montagne du 18 juillet 1943

et que tout allait bien pour eux. C’était une opération destinée à jeter le doute sur les informations révélant l’extermination des Juifs, que transmettait la Résistance intérieure du camp au gouvernement polonais en exil à Londres, et que celui-ci communiquait aux Alliés.

Dans le même esprit, il n’est pas impossible que l’ordre du 7 juin 1942, accordant le droit de correspondance à l’ensemble des déportés politiques d’Europe occidentale, ait été inspiré, non seulement par l’objectif d’améliorer à moindre frais la ration alimentaire des détenus, mais encore par le souci d’apaiser les esprits, de combattre les informations qui commençaient à se répandre par différents canaux sur les crimes commis dans les camps nazis.
A l’appui de cette hypothèse, on peut remarquer que la circulaire du 4 août 1942, signée par Hoffmann, prévoyait une exception pour les prisonniers NN : Au cas où les prisonniers relevant du décret Nacht und Nebel auraient eu, par inadvertance, l’occasion d’informer leurs proches, la poursuite de la correspondance avec ceux-ci doit leur être accordée pour des raisons tactiques et dans le cadre des dispositions générales régissant la correspondance des détenus de protection.

On peut donc penser que les démarches des familles de « 31 000 » et surtout la diffusion du tract du Front national par le canal de ce mouvement et par celui d’autres journaux clandestins alertant les Français sur la présence d’otages à Auschwitz et sur les mauvais traitements qu’y subissaient les détenus, aient décidé le RSHA à permettre aux « 45 000 » et aux « 31 000 » d’écrire en France. Est-ce également pour cette raison que les politiques français d’Auschwitz sont placés en quarantaine en août 1943 ? Cette quarantaine qui leur épargnait les conditions d’existence au camp les plus dures eurent allait réduire sensiblement leur mortalité et leur permettre de reprendre des forces.

Les visites de la Croix-Rouge au camp d’Auschwitz.
Il reste à examiner la conclusion, le tract du Front National où ce mouvement de Résistance réclamait l’intervention de la Croix-Rouge et la visite du camp d’Auschwitz par des commissions pour faire respecter la législation internationale sur le traitement des prisonniers de guerre.
Cette demande a-t-elle eu des suites ? On peut en douter Cependant, il est intéressant de signaler, à ce sujet, l’existence de plusieurs témoignages relatifs à la venue, en 1943, d’une délégation étrangère à Birkenau et qui n’en serait pas ressortie.
D’après le Dr Golse, une délégation hollandaise aurait visité Auschwitz et Birkenau en 1943 : En 1943, je pense que c’était au mois de mai, une commission hollandaise, composée de personnalités officielles et de dirigeants de la Croix-Rouge hollandaise, obtient, après de multiples démarches, l’autorisation de visiter les camps d’Auschwitz et de Birkenau. Au cours de la visite, la commission se montre toujours plus curieuse, plus exigeante. Elle est conduite au crématoire, sous prétexte d’inspection et elle est gazée et crématorisée sans autre forme de procès. Henri Peiffer (45000) a rapporté un fait similaire : En juillet ou en août 1942, un grand nombre de Juifs hollandais arriva au camp de Birkenau. La Croix-Rouge hollandaise vint à Birkenau, pour se rendre compte de l’état de ses ressortissants. Deux véhicules de la marque Mercedes les avaient amenés. Ils visitèrent le camp pendant l’absence des kommandos. Ils partirent du côté des chambres à gaz et des crématoires et ils ne revinrent jamais. Les SS se vantaient et disaient : « ils ont voulu voir ! C’est fait ».
Ainsi furent exterminés les membres de la commission hollandaise. Les deux voitures qui les avaient amenées, furent repeintes, les numéros minéralogiques enlevés par des camarades qui travaillaient au garage. Puis ces voitures servirent un certain temps à véhiculer les SS, puis elles disparurent.

Fred Sedel, pour sa part, fait état dans son livre d’une commission de neutres qui aurait fini par passer à la chambre à gaz.

Claudine Cardon-Hamet,  docteur en histoire, auteure de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 (éd.
Autrement, collection Mémoires, Paris, 2005, mis à jour en 2015) édité avec le soutien de la Direction du Patrimoine et de l’Histoire et de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

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