Matricule « 45.821 » à Auschwitz

René Manceau, photo COSOR

 

René Manceau ; né en 1897 à Angers (Maine-et-Loire) ; domicilié à Reims : cheminot ; militant communiste ; arrêté le 26 février 1942 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 8 août 1942.

René Manceau est né le 30 mai 1897 à Angers (3ème arrondissement) au domicile de ses parents 10, rue Jules Lenepveu.

Il est domicilié au 73, rue Coquebert à Reims au moment de son arrestation le 26 février 1942.
René Manceau est le fils de Marie, Anastasie Delestre, 31 ans, couturière, née le 18 septembre 1865 à La Pouëze, (Maine-et-Loire)  

Deux plaques au 73, rue Coquebert rappellent son souvenir et celui d’un autre résistant rémois, Lucien Blondeau qui habitait le même petit immeuble et qui, déporté à Buchenwald le 25 juin 1943, décéda le 26 mars 1945 à Ravensbrück.

et d’Auguste Manceau, 33 ans, fermier, né le 4 mai 1864 à Le Louroux-Béconnais (Maine-et-Loire), son époux.
Ses parents se sont mariés le 25 juillet 1896, Angers, 3ème arrondissement.
Il habite avec ses parents à Paramé (Ille-et-Vilaine), dont le divorce est prononcé par le tribunal civil d’Angers le 30 février 1908.

Son registre matricule militaire nous indique qu’il porte des lunettes pour myopie, et qu’il a les premières phalanges de l’index et du majeur droit sectionnées.
Conscrit de la classe 1917, René Manceau va être mobilisé par anticipation en avril 1916,
comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Incorporé
au 36ème Régiment d’infanterie, engagé dans la Somme et à Verdun, il est nommé caporal. Il passe ensuite au 25ème Régiment d’infanterie, puis au 15ème R.T.A (régiment de marche de tirailleurs algériens) constitué en novembre 1918.
Après sa démobilisation, il habite à Ville-en-Tardenois (Marne) en janvier 1920.
Il est célibataire et il est embauché comme homme d’équipe le 11 décembre 1923, à la Compagnie des chemins de fer de l’Est.
Fin juin 1925, il habite au 104, rue Lesage à Reims.
Militant syndicaliste depuis 1932, il est également à cette date membre du Parti communiste, trésorier de la cellule du quartier Saint Thomas de Reims (4ème canton) « dont le secrétaire était Camille Desprez » (Le Maitron). Camille Desprez sera déporté le 24 janvier 1944 au camp de Buchenwald puis Dora (rescapé).
Cheminot, René Manceau est classé comme « affecté spécial » pour l’armée, ce qui signifie qu’il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit.

« L’Union » 22 mai 1946

Mais après la déclaration de guerre du 3 septembre 1939, si René Manceau est bien mobilisé
comme “affecté spécial” sur son lieu de travail, il est radié de « l’AS », comme la quasi-totalité des « affectés spéciaux » communistes ou syndicalistes, en particulier à la SNCF,  et affecté à une unité militaire le 2 février 1940 pour « menées antinationales ».
En 1940, l’évacuation de Reims est décrétée par les autorités militaires françaises le 19 mai devant l’avancée allemande. Le 11 juin 1940 des éléments de la 45ème  division d’infanterie allemande entrent à Reims.. Le 14 juin, la Wehrmacht défile à Paris, sur les Champs-Élysées. Le 22 juin, l’armistice est signé : la France est coupée en deux par la « ligne de démarcation » qui sépare la zone occupée de celle administrée par Vichy. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».

Dès septembre 1940, le Préfet René Bousquet (1) fait établir par commune, des listes de “communistes notoires” et effectue des enquêtes dans les entreprises. Ainsi, en décembre 1940, 200 militants sont identifiés et photographiés dans une trentaine de communes du département.  « En octobre 1940, après qu’on eut découvert que des tracts signés « Thorez-Duclos » circulaient dans les ateliers SNCF d’Épernay, dix militants furent arrêtés, arrestations suivies de quatre condamnations à Épernay et à Reims » (On lira sur le net les articles consacrés à Bouquet par Jean-Pierre et Jocelyne Husson : « René Bousquet et la politique vichyste d’exclusion et de répression ».

Lire l’article du site : Le rôle de René Bousquet dans la déportation des « 45.000 » de la Marne

Au lendemain de l’invasion de l’Union soviétique, il donne des instructions très précises pour la surveillance des « menées communistes ». En septembre 1941, avec l’institution de la « politique des otages », les autorités allemandes se font remettre les notices individuelles des communistes arrêtés et incarcérés par la police française.
Après sa démobilisation après l’armistice, dès son retour à Reims, René Manceau s’engage dans l’activité clandestine. Il diffuse des tracts, des journaux clandestins et pratique des sabotages de matériel destiné à l’occupant sur son lieu de travail. Il fonde le premier groupe de résistance à la SNCF de la région, avec Maurice RousselRoland Soyeux (eux aussi déportés le 6 juillet 1942), et Gaston Lelaurain (arrêté dès le 24 juin 1941, déporté en 1943 à Sachsenhausen, au Kommando Heinkel. Il meurt le 3 mai  1945 pendant l’évacuation).

Le 26 février 1942, la Feldgendarmerie arrête à Reims 18 militants syndicaux et politiques dont huit seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » : Marcel GauthierJules HuonGuy LecruxRené ManceauFélix ReillonMaurice Roussel,  Henri RoyRoland Soyeux, ainsi que des membres de la communauté juive.

René Manceau est arrêté le 26 février 1942 à son domicile, par la Feldgendarmerie, comme otage. Détenu à la Prison Robespierre à Reims, il est remis aux autorités allemandes à leur demande, et celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), le 5 mars 1942. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, René Manceau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.
Cf Article du site :
Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Aushwitz-Birkenau.

Il est immatriculé le 8 juillet sous le matricule « 45821« .  Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

René Manceau meurt à Auschwitz, le 8 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 771). Dans les années d’après-guerre, l’état civil français, n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, a fixé la date de son décès au 15 novembre 1942 sur la base des déclarations (plus ou moins précises de deux de ses compagnons de déportation.

Sur décision du conseil municipal de Reims (25 août 1945) une plaque est apposée à son ancien domicile par la municipalité de Reims en 1947, où l’on peut lire : « Patriote mort en déportation au camp d’Auschwitz-Birkenau en novembre 1942« .

Plaque à son domicile apposée en 1947

Son nom figure également sur la plaque commémorative en gare de Reims « à la mémoire des agents de la SNCF tués pour faits de guerre 1939-1945 « .

Le journal « l’Union », dirigé par Michel Sicre, résistant communiste devenu maire de Reims, lui rendait hommage le 22 mai 1946 (photo ci-contre).
En mai 1946, Guy Lecrux, le seul rescapé rémois et André Montagne de Caen attestent sur l’honneur de sa disparition.

« L’Union » du 22 mai 1946

Son nom est également gravé sur la stèle installée dans la salle de réunion de la Bourse du Travail, 13 boulevard de la Paix –

 

Bourse du travail de Reims

« A la mémoire de nos camarades tombés dans la lutte pour la liberté victimes de la barbarie nazie« . Le nom de René Manceau est inscrit sur le Monument aux Martyrs de la Résistance et de la Déportation situé sur les Hautes Promenades à Reims.

Sources

  • Article de « l’Union », avec photo (Reims 22 mai 1946). 
  • Recherches de Mme Jocelyne Husson, historienne, professeur à Reims (juin 1990).
  • Jules Huon parle de lui dans une lettre écrite de Compiègne à sa famille le 5 avril 1942.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, tome 35, page 231. Notice dans le Maitron informatique.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains , SHD, Ministère de la Défense, Caen.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste – incomplète – par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains , SHD, Ministère de la Défense, Caen).
  • Photo de René Manceau in bulletin N° 13 d’avril 2013 de l’AFMD Marne (Photo COSOR : Comité des Œuvres Sociales des Organisations de la Résistance).

Notice Biographique réalisée en 2002 (complétée en 2016, 2018 et 2021) à l’occasion de la conférence donnée au CRDP de Reims sous l’égide de l’AFMD de la Marne en décembre 2002, par Claudine Cardon-Hamet en 2002, docteur en Histoire, auteur des ouvrages  : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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