André Bardel © CGT 76
André Bardel à Auschwitz

Matricule « 45.498 à Auschwitz

André Bardel : né en 1903 à Bouville (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ;  domicilié à Maromme  (Seine-Inférieure / Seine-Maritime); ajusteur, chaudronnier mécanicien à la CFM ; militant communiste et syndicaliste CGT, membre du conseil syndical des Métaux de Rouen ; arrêté le 13 janvier 1941 ; ;  écroué à Rouen ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, Gross-Rosen, où il meurt le 31 janvier 1945. 

André Bardel est né le 21 octobre 1903 à Bouville (Seine-Inférieure / Seine-Maritime), il habite au 14, Impasse Delaunay à Maromme (Seine-Maritime) au moment de son arrestation. Il est le fils de Marie, Jeanne Picard et de Julien, Alphonse Bardel son époux. 

André Bardel © CGT 76

En 1921, André Bardel habite au 13 route de Pavilly à Sainte Estreberthe. Il est mécanicien chez Roy, où il est logé avec un autre employé et un domestique.
En 1923, il est ajusteur mécanicien.
André Bardel effectue son service militaire au 5ème groupe d’artillerie à cheval : il est appelé le 15 novembre 1923 et est libéré par anticipation (loi du 24-4-25) le 28 avril 1925 avec le grade de brigadier pointeur. Le signalement de son livret militaire indique qu’il mesure 1m71 et qu’il a les yeux gris.
Il effectue deux « périodes » militaires en mai 1929 et octobre 1934 aux centres de mobilisation.
Le 3 octobre 1927 il habite, 4, rue du colonel Trupel à Yvetot.
Le 3 septembre 1927, à Yvetot, il épouse Léone Leconte, née à Rouen le 20 juin 1904, 23 ans, comptable. Le couple est domicilié au 4, rue du colonel Trupel. Ils ont un garçon, Daniel, André, Marie, né en 1931 à Yvetot.
Le 17 mai 1933 le couple vient habiter Maromme au 14, impasse Delaunay.
Il est ensuite embauché comme chaudronnier-mécanicien à l’usine de Déville-lès-Rouen de la Compagnie française des Métaux (CFM), avec Roger Bonnifet et Ferdinand Thiault qui seront arrêtés les 21 et 22 octobre 1941 et déportés avec lui à Auschwitz.
Il est membre du Parti communiste. Ses camarades l’ont élu délégué syndical à la CFM. Il est membre du Conseil syndical du Syndicat CGT des métaux à Rouen.
Il est mobilisé le 2 septembre 1939 à l’Ecole d’application d’artillerie de Fontainebleau, mais il est maintenu dans son emploi comme « affecté
spécial » à la compagnie des métaux Deville.

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

A partir de l’année 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état
civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

André Bardel est arrêté le 13 janvier 1941 par la police française (le « fameux inspecteur Madeleine », dit son épouse, et un gendarme), pour détention de tracts anti-allemands. Jugé, il est acquitté le 7 février 1941 par le tribunal correctionnel de Rouen, faute de preuves.
Mais il est néanmoins condamné à 1 an de prison et 600 francs d’amende sur appel du Procureur, le 26 mars 1941. Il est emprisonné à la prison Bonne Nouvelle de Rouen durant 13 mois.
A la fin de sa peine d’emprisonnement, il est maintenu en détention suivant un ordre de la Feldkommandantur 517 adressé au préfet de Seine-Inférieure : « Une mise en liberté d’André Bardel – étant donnés ses sentiments et son activité communiste – ne peut pas avoir lieu ».
Lire dans le site «La prison Bonne Nouvelle de Rouen. Témoignage d’André Pican, fusillé au Mont Valérien»
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne le 17 mars 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, André Bardel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. 

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

André Bardel le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Il est enregistré à leur arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 (11 heures du matin) sous le numéro 45198. Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, André Bardel, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille – rédigées en allemand et soumises à la censure – et de recevoir des colis contenant des aliments. Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l’article du blog « les 45000 au block 11. Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos. Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec la majorité des “45000” d’Auschwitz I.

Le 7 septembre 1944, André Bardel est transféré d’Auschwitz pour Gross-Rosen avec 27 autres «45000» où il est enregistré sous le matricule « 40 969 ». Après leur quarantaine, les « 45 000 » sont répartis dans divers kommandos dont une dizaine sont affectés aux usines Siemens. C’est le cas d’André Bardel. Déjà malade, il est soutenu par ses compagnons solidaires, « chacun lui donnant un petit peu de sa part» et même par le Meister (contremaître civil allemand) de l’entreprise où il a été affecté (celui-ci avait été prisonnier en France pendant la première guerre mondiale, selon Roger Abada).

Il entre à l’infirmerie de Gross-Rosen, fin décembre 1944. Il y est déclaré « décédé le 31 janvier 1945 ». D’après René Demerseman, il meurt dans l’incendie de l’infirmerie provoqué par les SS à l’évacuation du camp.

André Bardel est déclaré décédé le 31 janvier 1945.

Une carte commémorative « ils aimaient la France » éditée à Maromme à la Libération honore sa mémoire et celle de 8 autres de ses camarades, fusillés ou déportés : André Bardel 45198, déporté à Auschwitz, H. Brien, Raymond Duflo, Hubler, Arthur Lefebvre, André Pican, A. Poyer, Julien Villette, lui aussi déporté à Auschwitz.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune.

Mémorial du PCF à Rouen, Relevé Thierry Prunier.

Son nom est également honoré sur le monument installé dans la cour de la fédération du PCF de Seine Maritime (33, place Général de Gaulle, Rouen) : avec ce poème de Paul Éluard (Enterrar y callar) qui accompagne les noms de 218 martyrs « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l’ESPOIR et le Désespoir ».

Sources

  • Lettres et témoignage de sa veuve, de février au mois d’août 1972.
  • Clichés FNDIRP n° 5239 et 5240.
  • Listes CGT fournie par Louis Eudier
  • Témoignage de René Demerseman le 23 septembre 1990.
  • Madame Saint Yves, conseillère municipale communiste de Maromme.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Recherches aux archives de Rouen et nombreux courriels de Jean Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron (Dictionnaire
    biographique du mouvement ouvrier français).
  •  Vue du camp de concentration de Gross-Rosen.©Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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