Pierre Bourneix, le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule 45.290 à Auschwitz

Pierre Bourneix : né en 1922 à Paris Paris 8ème  ; domicilié à Puteaux (Seine) ; ajusteur ; ouvrier cordier ; jeune communiste ; arrêté le 11 septembre 1940, relâché ; arrêté le 9 novembre 1940 , interné aux camps d’Aincourt, de Voves et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 19 septembre 1942.

Pierre Bourneix est né le 16 juillet 1922 à Paris Paris 8ème . Il habite dans un HBM au 29, rue Cartault à Puteaux (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. Il est le fils de Maria Guillemenot, née à Epuy en 1899, ouvrière chez Zodiac, mariée à Pierre Bourneix le 2 décembre 1921 à Paris. Son père Pierre, Roger Bourneix, né le 13 mars 1898 à Puteaux, d’abord ouvrier  imprimeur lithographe, est ensuite chauffeur chez Menier (1). Il a un frère cadet, Robert, né le 17 septembre 1924 à Paris 8ème. .

Le 29 rue Cartault

La famille habite en 1921 au 33, rue des Pincevins à Puteaux, avec d’autres Bourneix, dont son grand père Michel, né en 1871, et son oncle, né à Puteaux en 1904. En 1924, la famille est domiciliée au 4, rue Cartault.
En 1931, seule une tante, Marie Bourneix, née en 1892 et son fils Jean, né en 1907 habitent au 29 rue Cartault.
Selon la mairie de Puteaux, il serait marié et père d’un fils  (selon un courrier de Mlle Chabot), mais outre le fait qu’il n’a que 18 ans en 1940, il est vraisemblable qu’il y a eu confusion avec son père, qui porte le même prénom… Et le prénom de la supposée épouse est d’ailleurs le même que celui de sa mère). En 1936, la famille est domiciliée au 29, rue Cartault appartement 573. Deux autres militants communistes qui seront également déportés à Auschwitz, René Maroteaux et Pierre Orsatti habitent également dans cet ensemble HBM.
Pierre Bourneix fils va travailler comme ouvrier cordier.
D’après le témoignage d’Auguste Célérier (résistant et déporté) qui est chargé de réorganiser la JC sur Puteaux après l’interdiction des mouvements communistes,  il est membre des Jeunesses communistes.

Le vendredi 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Un premier  détachement  allemand  occupe  la mairie de Nanterre et l’état-major  s’y  installe. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Avec ses camarades Georges Capliez et René Maroteaux, il forme un groupe de jeunes communistes, qui sont actifs dès juin 1940 : diffusion de tracts aux Halles de Paris après l’appel du général de Gaulle, manifestations anti-allemandes à Rueil, à Nanterre, à la SNECMA, attaque d’un soldat allemand à Neuilly (certificat du lieutenant-colonel Rino Scolari – alias Froger dans la Résistance, officier de l’état major FFI). Il est signalé par la police comme étant devant l’usine Simca de Nanterre.

Arrêté le 7 septembre 1940, selon Rino Scolari, par la police française, Pierre Bourneix est interné à la 3° division de la Santé, dirigée par un capitaine SS. D’après les archives policières, Il est arrêté par la police française le 11 septembre 1940, avec ses deux camarades Georges Capliez et René Maroteaux et trois autres jeunes militants de Suresnes et Puteaux. Ils sont écroués à la Maison d’arrêt de la Santé pour « propagande
communiste clandestine » jusqu’au 23 octobre 1940. Ils sont libérés peu de temps après. Vraisemblablement filé, Pierre Bourneix est arrêté à nouveau pour avoir continué ses activités clandestines.
Le 9 novembre 1940, le Préfet de Paris ordonne l’internement administratif de 66 suspects d’activité communiste. Pierre Roger Bourneix fait partie de ces militants arrêtés par la Police française. Il est transféré au camp de « Séjour surveillé » d’Aincourt, ouvert le 5 octobre 1940 par le gouvernement de Vichy pour y enfermer les communistes du département de la Seine. Lire dans le site Le camp d’Aincourt .

Sur la liste des militants communistes internés administrativement le 9 novembre 1940 reçue des Renseignement généraux par le directeur du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Pierre Roger Bourneix on lit : «18 ans. A été arrêté pour apposition de papillons. Continue son activité ».

Lors de la « révision trimestrielle » de son dossier (elles ont lieu à partir de février 1941, le 9 avril pour Pierre Bourneix), le commissaire Andrey, directeur du camp émet un avis négatif sur une éventuelle libération. Les internés administratifs à Aincourt en 1940 n’ont en effet pas été condamnés : la révision trimestrielle de leurs dossiers est censée pouvoir les remettre en liberté, s’ils se sont amendés… Andrey, dont l’anticommunisme est connu,  a émis très peu d’avis favorables, même s’il reconnait la plupart du temps « l’attitude correcte » de l’interné. Pour Pierre Bourneix il écrit après l’avoir entendu : « Ce jeune interné a toujours eu au Centre une attitude très correcte et n’a jamais été puni. Volontaire pour toutes les corvées, Bourneix a toujours fait preuve du meilleur esprit, mais j’ai pu remarquer qu’il suivait aveuglément les directives des meneurs communistes ; il a participé à diverses manifestations collectives au camp. Je pense, d’autre part, que ses déclarations sont insuffisantes et que, libéré, il pourrait constituer un élément actif de la propagande clandestine. Je donne donc, à l’égard de sa libération, un avis défavorable ».

arrestation de son père le 21 septembre 1941, militant communiste

Son père, Pierre, Roger Bourneix, est arrêté le 21 septembre 1941.
Puis Pierre Bourneix fils, est interné au Centre de séjour surveillé” de Voves (Eure-et-Loir) du 13 avril 1942 au 5 mai 1942. Son numéro de dossier est le « 400.511 ». Il y reçoit le matricule n° 133. Le 5 mai, il est ramené à Aincourt car il avait y été désigné comme « otage fusillable » le 21 avril avec notamment Georges
Guinchan
, André Tollet, René Perrottet, en représailles du sabotage de deux trains militaires (dem SF-Zug 906 und dem Gegenzug SF 806) dans le Calvados. Lire à ce sujet dans le site Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942).

Le 9 mai 1942, à la demande des autorités d’Occupation, Pierre Bourneix est transféré en vue de sa déportation comme otage au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) au sein d’un groupe d’une quinzaine d’internés venant d’Aincourt ou Mantes. Il y reçoit le matricule « 5360 ».Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Pierre Bourneix est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45290 ».

Sa photo d’immatriculation (2) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Pierre Bourneix meurt le 19 septembre 1942, à la suite d’une «sélection» des «inaptes au travail» destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau. Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué en 1954.
Pierre Bourneix est homologué (GR 16 P 83100) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance .
Une plaque commémorative, prévue au 29 rue Cartault à la demande des élus communistes pour honorer la mémoire des 3 jeunes déportés qui y habitaient, n’a jamais été posée selon le témoignage de madame Pairière.
Leur nom figure sur le monument aux Martyrs de la Résistance, érigé en 1970 à Puteaux.

  • Internement de son père, Pierre, Roger Bourneix

    Note 1: dans les archives des Brigades spéciales, figure une note concernant l’internement de Pierre, Roger, Bourneix, né le 13 mars 1898 à Puteaux, domicilié au 29 rue Cartault. Militant communiste, « meneur particulièrement actif », il est arrêté le 26 juin 1941 et interné à Compiègne. Il s’agit du père de Pierre Bourneix. Il décède à Paris 10ème le 13 octobre 1955.

  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des
    membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver
    de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les
    archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André
    Montagne
    , alors vice-président de l’Amicale
    d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Témoignages et attestations :
  • Attestation du Lt-colonel Scolari, Etat-Major FFI Ile de France.
  • Auguste Célerier, résistant et déporté.
  • Emile Bouchacourt, rescapé du convoi.
  • Plaquette mai 1981, « La Résistance à Puteaux, Juin 1940 à Août 1944« . Témoignages vécus et recueillis par Jean Nennig,
  • M. Philippe Buyle, historien (février 1991).
  • Mlle Chabot, archiviste (juin 88 et février 1991).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen, octobre 1993.
  • Registre matricule de Pierre Bourneix, père.
  • Dénombrements 1926, 1931 et 1936 à Puteaux.

Notice biographique rédigée en novembre 2005 (complétée en 2016,  2019 et 2022) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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