Signature de Louis Leroy le jour de son mariage

 

Matricule « 45 786 » à Auschwitz

Louis Leroy : né en 1902 à la Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne) ; domicilié à Puteaux (Seine) ; communiste ; arrêté le 6 février 1941 ;  interné aux camps d’Aincourt et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 7 septembre 1942.

Louis, Emile, Eugène Leroy est né le 28 septembre 1902 à la Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne).
Il habite au 53, rue Eugène Eichenberger à Puteaux (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Charlotte, Eugénie Liebert, 33 ans, sans profession, née à Paris 9è et de Léon, Emile Leroy 32 ans, artisan serrurier, né à Pont-Audemer (Eure), son époux. La famille Leroy habite  au 107, rue de Condé à la Ferté-sous-Jouarre.
Au recensement de 1906, il a 3 frères et 3 sœurs, tous nés à la Ferté-sous-Jouarre : Suzanne, née en 1893, Jacques né en 1894, Georges, né en 1896, Pierre, né le 28 avril 1898 à la Ferté-sous-Jouarre, Jeanne, né en 1901 et Henriette, née en 1904). Au recensement de 1911, la famille n’habite plus au 107, rue de Condé.
Leur oncle Amédée, manouvrier, habite à la même adresse. La famille vient habiter Puteaux au 19, rue du Marché.
A 18 ans, Louis Leroy est embauché comme monteur en chauffage chez Roth et Rousseau, à Boulogne-Billancourt. En 1922, il travaille dans une entreprise de fumisterie au 19, passage Dubail (Paris 10è).
Le 29 octobre 1922, il est arrêté pour outrage et rébellion après une manifestation anarchiste en protestation de la « marche sur Rome » de Mussolini, que le Roi Victor Emmanuel III chargera le même jour de former un gouvernement. Amené au commissariat de police de la Porte-Saint-Martin, il est transféré à la Petite Roquette. Poursuivi pour outrages et rébellion par le tribunal de première instance de la Seine, il est mis en liberté provisoire le 31 octobre.
Les Renseignements généraux établissent alors rapidement qu’il n’est pas anarchiste, mais adhérent du Parti communiste à Puteaux.
Il est alors domicilié avec son frère Pierre au 19, rue du Marché (source listes électorales de 1921).
De la classe 1922, Louis Leroy est appelé au service militaire au 155è Régiment d’artillerie (du 17 novembre 1923 au 5 juin 1924).
Il s’inscrit sur les listes électorales en 1924 : profession indiquée, monteur en chauffage. Il est domicilié au 19, rue du Marché à Puteaux.
Ses parents sont décédés.
Son frère ainé, Pierre, imprimeur, épouse Jeanne Lucienne Mirat le 25 avril 1925 à Puteaux. Elle est âgée de 19 ans, travaille comme fille de salle. Elle  est domiciliée chez son père au 9, rue des Ecoles à Nanterre.

Louis Leroy épouse sa belle-sœur, Andrée
, Francine Mirat à Puteaux, le 24 décembre 1925. Elle a 21 ans, sans profession, née à Puteaux le 10 septembre 1904 et domiciliée au 19, rue du Marché à Puteaux. Il travaille toujours comme serrurier en 1925, puis il sera ajusteur. Le couple est domicilié au 19, rue du Marché à Puteaux. En 1928, il habitent toujours 19, rue du Marché à Puteaux.
Depuis son arrestation du 29 octobre 1922, Louis Leroy est surveillé par les Renseignements généraux, qui par ailleurs infiltrent certaines associations de Réservistes proches du Parti communiste. Ainsi, au lendemain des luttes communistes contre la guerre du Rif, et leurs prolongements anticolonialistes, les RG font connaître au deuxième bureau de l’Etat Major que Louis Leroy aurait le projet de susciter des manifestations antimilitaristes pendant sa « période de Réserve » fin 1928.
En 1931, Louis Leroy a déménagé, car au 19, rue Jacotot (le nouveau nom de la rue du Marché), seuls son frère Pierre, sa femme et leurs deux enfants y sont encore domiciliés, et il n’habite pas encore chez sa sœur..
En 1936, il est domicilié au 33, rue des Plaideurs à Nanterre, chez sa sœur aînée Suzanne, épouse  Béthune (où elle habite avec son mari Marcel, avec ses enfants Jean et Denise). Il est alors mécanicien chez Saurer à Suresnes.

Logo de la SFR, créée en 1910

Louis Leroy a été embauché à la « Société Française Radio Electrique » dite SFR au 55, rue Greffulhe à Levallois-Perret (Seine / Hauts-de-Seine) qui construit en série les premiers postes récepteurs de radio français sous la marque Radiola.
Dans cette entreprise qui avait déjà plus de 200 salariés en 1910, travaillera à partir de 1933, Simonne Truffit, cryptographe, qui sera sous-lieutenant FFI à la Libération, ainsi que ses deux chefs de service, deux patriotes arrêtés par la Gestapo et déportés (M. Vandevire et Pierre Viennot).
Selon les Renseignements généraux, Louis Leroy est adhérent à la CGTU (USTM).

En 1936, il est domicilié chez sa sœur Suzanne, épouse  Béthune ( où elle habite avec son mari Marcel, avec ses enfants Jean et Denise) au 33, rue des Plaideurs à Nanterre
Il est membre du Parti communiste (cellule  n° 139 du 7è rayon de la région parisienne). « il tient souvent les bureaux de vote pour le PC de 1924 à 1939 » avait écrit Auguste Monjauvis, rescapé du convoi.

Société d’histoire de Nanterre

Le vendredi 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Un premier  détachement  allemand  occupe  la mairie de Nanterre et l’état-major  s’y  installe. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Devant la recrudescence de l’activité de propagande clandestine (inscriptions à la craie, collage de papillons gommés et diffusion de tracts), le commissariat de police de Puteaux et les Renseignements généraux intensifient les surveillances, filatures et enquêtes de voisinage. En janvier 1941, une structure communiste clandestine d’une trentaine de membres est découverte. 26 militants, dont André Bisillon, Louis Leroy, Lucien Pairière et Emile Poupleau, vont être arrêtés et inculpés d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste), pour : « recrutement d’éléments susceptibles de participer d’une manière particulièrement active à l’organisation de la propagande communiste clandestine à Puteaux » et « confection, répartition et diffusion du « matériel de propagande (tracts, papillons, placards) ».

Louis Leroy est arrêté le 6 février 1941, par des policiers français, après une distribution de tracts, et en raison de « ses activités communistes« .
Il est incarcéré à la Santé le 9 février 41, puis au dépôt de la Préfecture le 8 avril 41.

Le camp d’Aincourt, blog de Roger Colombier

Il est ensuite interné au camp de « séjour surveillé » d’Aincourt, dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), près de Mantes, ouvert spécialement, le 5 octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy.
Lire dans ce site : Le camp d’Aincourt
Le 11 février 1942 il fait partie d’un groupe de 21 internés qui sont transférés d’Aincourt au camp allemand de Compiègne (la liste est datée du 11 février 1942).
Treize d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Alban Charles (45 160), Arblade Aloyse (45 176), Balayn René (45 193), Batôt Elie (45 205), Bonnel Charles (45 273), Chaussinand Alexis (45 363), Conord Léon (45 371), Deshaies Auguste (45 464), Doucet André, Guillou Alexandre (45 645), Leroy Louis (45 780), Lochin Léon (45 800), Marivet Roger, Petitjean René.

Il est enregistré à son arrivée à Compiègne (le Frontstalag 122) sous le numéro matricule « 3587 ».
Depuis ce camp administré par la  Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles de ce site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Louis Leroy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942.
Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45 157 » et « 46 326 », d’où le nom de « convoi des 45 000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité.
Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Louis Leroy est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45 786 » selon la liste par matricules du convoi
établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection,
paquetage, « visite médicale »
.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Louis Leroy meurt à Auschwitz le 7 septembre 1942 d’après les registres du camp.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.
Louis Leroy est homologué (GR 16 P 366282) au titre de la Résistance intérieure française (RIF).
Son nom est inscrit au monument des Martyrs de la Résistance, érigé à Puteaux (mai 1970).
L’association Nationale des anciens FFi-FTP l’a proposé pour la médaille commémorative, remise le 14 juillet 1949.
Une cellule du PCF a porté son nom en 1950.

Sources

  • Plaquette mai 1981, « La Résistance à Puteaux, Juin 1940 à Août 1944« . Témoignages vécus et recueillis par Jean Nennig,
  • En consultant les archives municipales, M. Philippe Buyle, historien (février 1991), a remarqué plusieurs Louis et Eugène Leroy appartenant au PC, qui figurent sur les listes électorales, entre 1925 et 1946 (c’est le 3° prénom, selon l’Etat-civil (juillet 72).
  • Témoignage de Mme Marie-Louise Pairiere, veuve de Lucien Pairiere, un des « 45000 » de Puteaux.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Etat civil de Seine-et-Marne.
  • Archives de la Préfecture de Police de Paris – Les Lilas. Fichiers occupation allemande.
  • Archives en ligne de Puteaux et Nanterre, 1931 et 1936.

Notice biographique rédigée en novembre 2007 (complétée en 2016,  2019 et 2022) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique.
Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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