Matricule « 45.830 » à Auschwitz

Jean Marétheux : né à Mézières-sur-Couesnon (Ille et Vilaine) ; domicilié à Levallois-Perret (Seine) ; employé de bureau, comptable, taxi ; communiste ; arrêté le 24 juin 1941 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 2 décembre 1942.

Jean Marétheux est né au domicile de ses parents le 13 février 1896 à La Gâterie, commune de Mézières-sur-Couesnon (Ille et Vilaine). Au moment de son arrestation il habite au 112 rue Marius Aufan à Levallois Perret (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine) un immeuble aujourd’hui reconstruit. Il est le fils de Jeanne, Marie, Beaudoin, cultivatrice et de Pierre Marétheux, 41 ans, cultivateur, son époux.
Jean Marétheux est comptable, puis chauffeur de taxi en 1938 (selon son registre matricule militaire et le témoignage de Mme Faurie (1), vraisemblablement après avoir été licencié après la grève de novembre 1938).
Son registre matricule militaire indique qu’il a les cheveux châtain, les yeux noirs, le front vertical et le nez rectiligne et le visage ovale. Il a un niveau
d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).

Croix de guerre étoile d’argent

Conscrit de la classe 1916, il est mobilisé par anticipation en avril 1915, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la
déclaration de guerre. Il est incorporé au 2ème régiment  d’infanterie le 11 avril 1915 et est soldat de 2ème classe à la 31ème
compagnie de dépôt, puis à la 25ème en septembre 1915. Il a été transféré au 47ème régiment d’infanterie (9ème bataillon,
34ème compagnie). Le 5 décembre 1917, il est « aux armées » (sur la zone de front) pour l’offensive de Champagne. Le 11 janvier 1916, il
est affecté à la 4ème compagnie (bataille de l’Argonne). Son régiment est engagé dans la deuxième bataille de Verdun. Le 1er avril 1918, il passe au 8ème régiment du génie (détachement télégraphique du 20ème RI).  
En réparant des lignes téléphoniques dans le secteur des Chambrettes à Verdun, il est blessé au poignet gauche par éclat d’obus le 3 avril 1918.  Il est cité à l’ordre du jour du régiment pour acte de bravoure et reçoit la Croix de guerre avec étoile d’argent. Le 1er janvier 1919, il passe 6ème compagnie, 2ème armée. Envoyé le 5 janvier au dépôt à Angoulême en attente de transfert pour l’armée d’Orient où il part le 31 janvier. Affecté à la compagnie télégraphique CAA en février 1919. Il est rapatrié en France le 10 août 1919 et il est démobilisé le 30 septembre 1919 au 1er régiment du génie à La Garenne Colombes.  Il « se retire » à La Mézières (Ille et Vilaine).

Il vient travailler à Paris comme garçon de magasin et il est alors domicilié au 12, boulevard de la République à La Garenne Colombes.
Le 29 novembre 1919, à Paris 4ème, il épouse Andrée Guilleraud, dactylographe. Agée de 23 ans, elle est née le à Paris 4ème,  le 21 décembre 1895, domiciliée au 40, rue des Blancs manteaux.. Le couple aura une fille, qui naît en 1928.
En septembre 1921, le couple habite au 44, rue de Montmorency à Paris 3ème.  En août 1924, ils déménagent à Levallois au 96, rue des Arts (aujourd’hui rue Bara), Jean Marétheux s’inscrit à cette date sur les listes électorales de la ville. De 1934 à 1939, toujours levalloisiens, ils habitent au 3, rue Vergniaud, un immeuble aujourd’hui disparu.
Jean Marétheux est membre du Parti communiste et trésorier de la section communiste de Levallois.
En 1939, ils viennent habiter au 112, rue Marius Aufan.
Avec l’ordre de mobilisation générale, il est « rappelé à l’activité » le 6 septembre 1939 au dépôt mobilisateur du Génie n° 68 et il est affecté à la 111èmecompagnie Radio. Il est envoyé sur le front le 19 septembre. Le 11 avril 1940, il arrive au dépôt de guerre du Génie n° 33 et il est affecté au bataillon d’instruction.

Le vendredi 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Un premier  détachement  allemand  occupe  la mairie de Nanterre et l’état-major  s’y  installe. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Le 13 juillet 1940, Jean Marétheux est démobilisé dans le canton de Salviac (Lot) et « se retire provisoirement » au 7, rue des Albigeois à Florensac (Hérault), avant de regagner Levallois, son domicile habituel.

Liste des RG, 24 juin 1941, montage avec l’en-tête de la liste

Militant communiste connu comme tel des services de police française, il est arrêté le 24 juin 1941 par la police allemande, dans le cadre de la rafle du 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom « d’Aktion Theodorich ».

Les Allemands arrêtent dans la zone occupée, avec l’aide de la police française, plus de mille communistes. La liste des Renseignements
généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 24 juin 1941, mentionne pour Jean Maretheux : « ex trésorier de la section de Levallois. Propagandiste actif ».
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (Jean Marétheux est conduit à l’Hôtel Matignon), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré par la Wehrmacht et qui ce jour-là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Jean Marétheux est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45830 ».

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Jean Marétheux entre à l’infirmerie de Birkenau le 21 novembre 1942 et meurt le 2 décembre 1942 d’après les registres du camp, dans les jours qui suivent une importante « sélection » des « inaptes au travail » destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau.

Jean Marétheux est homologué (GR 16 P 393355) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance .

Le nom de Jean Marétheux est honoré au Cimetière communal de Levallois-Perret, à gauche du rond-point précédant le monument aux Morts.
« La Chambre syndicale des cochers-chauffeurs du département de la Seine – En hommage à ses camarades
chauffeurs de taxi parisiens tombés dans les luttes pour l’émancipation des travailleurs pour la liberté, pour la démocratie, pour la France et pour la République
« . Cette plaque commémorative installée sur un monument
funéraire, a été fleurie chaque année de sa mandature par Parfait Jans, Député, maire communiste de Levallois de 1965 à 1983. Ancien métallo inscrit sur la liste noire patronale, il était devenu chauffeur de taxi avant d’être élu.

  • Note 1 : il y a six chauffeurs de taxi parmi les « 45000 » de Levallois :  Maxime Collet , Aimé Doisy, Paul
    Faurie
    , Germain Feyssaguet, Jean-Baptiste LoryJean Marétheux. C’est à partir des souvenirs recueillis auprès de son mari, ancien « taxi » de Levallois, que madame Faurie a pu nous le préciser. Après les grèves de 1938, plusieurs de ces militants communistes se font embaucher à la « G7 » comme chauffeurs de taxi, après avoir été licenciés de leurs entreprises où ils étaient ébénistes, comptables ou électriciens…

Sources

  • Archives municipales de Levallois Perret.
  • Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l’infirmerie de Birkenau du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • Fichier national du Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Etat civil et Registres matricules militaires d’Ille et Vilaine.

Notice biographique rédigée en 2007 (complétée en 2016,  2019 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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