Matricule « 45.527 » à Auschwitz

Julien Faradon à Auschwitz

Julien Faradon : né en 1912 à Is-sur-Tille ; domicilié à Dijon (Côte d’Or) ; ajusteur ; communiste ; arrêté comme otage le 11 janvier 1942 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz  où il meurt le 17 septembre 1942.

Julien Faradon est né le 2 avril 1912 rue de Sévigné au domicile de ses parents à Is-sur-Tille.  Il habite au 52, rue Guillaume Tell à Dijon au moment de son arrestation.  Il est le fils de Maria, Félicie Janicaud, 24 ans, sans profession et de Charles Faradon, 27 ans, employé de chemin de fer, son époux.
En juin 1929, encore domicilié à Is-sur-Tille, il gagne 1000 F au tirage hebdomadaire de la « Foncière Capitalisation », soit un peu plus d’une fois le salaire d’un ouvrier (Le Petit Journal 28/06/1929).
Il est recensé pour le service militaire en 1932 avec le n° « 915 ».
Le 28 mai 1932 à Is-sur-Tille, il épouse Simone, Marie Nion, née à Roche-et-Rancourt (Haute-Saône) le 19 mars 1914. Elle est employée auxiliaire à la comptabilité régionale des
Postes. Le couple a une fille, Jeanine, Albertine, qui naît le 17 octobre 1932 à Is-sur-Tille où habite toujours le couple.
En 1936, Julien Faradon est employé comme ajusteur chez J. Lallement.
Il adhère au Parti communiste durant les grèves de 1936 (il l’aurait quitté en 1939 selon son épouse).
Puis il est embauché comme ajusteur-tourneur à l’usine de décolletage Lipton, à Dijon.

Sueddeutsche Zeitung Photo : Dijon 1940

Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 17 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Dijon et s’y installent. Interdictions, réquisitions, couvre-feu, l’armée allemande contrôle la ville. Dijon est durement touchée par la politique antisémite et les arrestations orchestrées par les troupes allemandes et l’administration de Vichy. L’armistice est signé le 22 juin. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Dès le début de l’Occupation allemande, la police de Vichy surveille les anciens élus, candidats ou militants communistes « notoires », procédé à des perquisitions et des arrestations. Vichy entend ainsi faire cesser la propagande communiste clandestine.

Julien Faradon est arrêté comme otage le 11 janvier 1942, après l’attentat de la rue de la Pépinière du 10 janvier 1942 (une bombe est lancée par des résistants communistes contre le Soldatenheim, foyer du soldat). Selon les enquêteurs, la bombe artisanale avait été fabriquée à l’usine Lipton, réquisitionnée par l’armée allemande.  25 autres ouvriers de chez Lipton, dont Eugène
Bonnardin
, Henri Poillot et Jean Renard sont arrêtés en même temps que lui et pour le même motif.

Le 19 janvier, le Préfet de Côte d’Or est informé par le chef de la Police Judiciaire que, sur les 26 ouvriers de l’usine Lipton arrêtés le 11 janvier, 21 ont été remis en liberté. Sur les cinq hommes demeurés en détention, deux détenus ont avoué leur complicité (Pierre Dubost et Serge Guillerme) et trois autres sont gardés en otages en raison de leur affiliation au Parti communiste avant guerre : Julien Faradon, Henri Poillot et André Renard (ils seront tous les trois déportés à Auschwitz). Pierre Dubost est fusillé le 6 juillet 1942 à Dijon.

Ils sont remis aux autorités allemandes à leur demande.
Celles-ci les internent au début février 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122). Le 13 mai 1942, son épouse écrit au Préfet de Région pour solliciter un secours, car elle attend un bébé pour le mois d’août (contrainte de cesser de travailler, elle se retrouverait sans ressources). Le 4 juin, elle écrit au Maréchal Pétain pour solliciter à nouveau une intervention en faveur de son mari. Un mois plus tard, elle écrit à nouveau au Préfet en joignant un certificat du directeur de l’usine Lipton qui n’a eu  que «satisfaction de l’ouvrier Faradon comme mécanicien dans nos ateliers et ne pas avoir remarqué de sa part aucune propagande politique à l’intérieur de notre usine». Une enquête est alors demandée le 22 juin, sans effet.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». 

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Depuis le camp de Compiègne, Julien Faradon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45.527 ».

Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.  Ramené à Auschwitz-I, il est affecté au block 16.

Julien Faradon meurt à Auschwitz le 17 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 275). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 17, 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée dans les Blocks d’infirmerie.
Julien Faradon est homologué comme Résistant, au titre des Forces Françaises Libres (FFI) et comme Déporté Résistant (DIR), appartenant à l’un des cinq mouvements de Résistance (FFC, FFI, RIF, DIR, FFL). Cf. service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 215929. Sa fille Jeanine sera « adoptée par la nation » le 16-01-1950.

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membresde la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Souvenirs écrits et enregistrés sur cassette par Gabriel Lejard.
  • Photo d’immatriculation à Auschwitz authentifiée par Gabriel Lejard à la FNDIRP
  • Archives municipales de Dijon.
  • Lettre de Mme Degroise, conservateur, sept. 1991.
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains
    (DAVCC), ministère de la Défense, Caen.

Notice biographique rédigée en février 1998, complété en 2015, 2016 et 2021 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com .

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