René Levinsky : né en 1922, à Paris 12ème ; à Dives-sur-Mer (Calvados) ; comptable ; arrêté comme otage juif le 1er mai 1942 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 18 octobre 1942.

René Levinsky est né le 2 avril 1922, à Paris 12ème .  Au moment de son arrestation, il habite au 4, rue de Caen à Dives-sur-Mer (Calvados) aujourd’hui route du Général De Gaulle. Il est le fils de Perla Pergricht (1) née le 12 octobre 1895 à Bedzin (Pologne) et de Chaïm Levinsky né le 18 août 1888 à Lodz (Pologne), commerçant, son époux.
Son père est naturalisé le 29 juin 1931. René Levinsky est donc certainement naturalisé par filiation à cette date.

2020 : la mercerie du 3, rue du Général De Gaulle, ancienne Rue de Caen

La famille s’installe à Dives-sur-Mer. Lors du recensement de 1936, René Levinsky et ses parents habitent au 3, rue de Caen. Son père est indiqué « patron mercier ». Par extraordinaire, en 2020, la mercerie existe toujours, au 3, rue du Général De Gaulle. En septembre 1942, le responsable local du Parti collaborationniste, Angélliaume, signale par lettre au président de la Chambre patronale de commerce de nouveauté, qu’il suspecte fortement la vente illicite par un conseiller municipal demeurant à Villers sur Mer d’une partie de la vente du commerce Levinsky).
Célibataire, René Levinsky exerce la profession de comptable au moment de son arrestation.
Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la Basse Normandie est occupée le 19 juin. Les troupes de la Wehrmacht arrivant de Falaise occupent Caen le mardi 20 juin 1940. La Feldkommandantur 723 s’installe à l’hôtel Malherbe, place Foch. En août huit divisions d’infanterie allemande – qu’il faut nourrir et loger – cantonnent dans la région. L’heure allemande remplace l’heure française.

A la suite de la première ordonnance allemande prescrivant le recensement des Juifs en zone occupée, un fichier des Juifs est établi dans chaque préfecture et un premier « Statut des Juifs » est édicté le 3 octobre 1940 par gouvernement de Vichy. Il est beaucoup plus draconien que l’ordonnance allemande (pour les Allemands, le Juif est défini par son appartenance à une religion, pour Vichy par son appartenance à une race). Les Juifs de nationalité française perdent, par ce décret du gouvernement de Vichy, leur statut de citoyens à part entière : à partir du 3 octobre 1940, la police française fait appliquer les ordonnances allemandes concernant l’obligation pour les Juifs de zone occupée d’avoir une carte d’identité portant la mention « Juif » : ils doivent se faire recenser dans les commissariats proches de leur domicile.

Liste des Juifs arrêtés dans la nuit du 1er mai sur l’indication des Autorités allemandes et « remis » le 3 mai 1942. (document CDJC).

Agé de 20 ans, René Levinsky est arrêté le 1er mai 1942 comme otage juif  (lire l’article du blog en cliquant sur ce lien) dans la nuit, vers 1 heure du matin à son domicile par la gendarmerie française en même temps que son père. Le père et le fils figurent en effet sur la liste des « Israëlites à arrêter sur l’indication des autorités allemandes dans la nuit du 1er au deux mai 1942 » (120 otages « communistes et Juifs »). Leurs arrestations ont lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Airan-Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. 24 otages sont fusillés le 30 avril à la caserne du 43ème régiment d’artillerie de Caen occupé par la Werhmarcht. 28 communistes sont fusillés en deux groupes les 9 et 12 mai, au Mont Valérien et à Caen. Le 9 mai trois détenus de la maison centrale et des hommes condamnés le 1er mai pour « propagande gaulliste » sont passés par les armes à la caserne du
43ème RI.  Le 14 mai, 11 nouveaux communistes sont fusillés à Caen.
Lire dans le site : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942) et la note du Préfet de Police de Paris à propos des deux sabotages de Moult-Argences : Collaboration de la Police français (note du Préfet de police, François Bard).

Le 2 mai, René Levinsky est retenu à Pont-Lévèque. A la demande des autorités allemandes, René Levinsky, son père et les autres otages juifs, sont conduits en autocars le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la p lice allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu’ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés. Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne leFrontstalag 122 (témoignage d’André Montagne). René Levinsky et son père y sont internés le lendemain soir en vue de leur déportation comme otage.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». 

Depuis le camp de Compiègne, René Levinsky est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 46297 ? » qui suit celui de son père, figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, dont les déportés Juifs, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

René Levinsky meurt à Auschwitz le 18 octobre 1942 d’après les registres du camp.
Son nom et celui de son père sont honorés sur la plaque commémorative (19 décembre 2008) sur le pignon de l’ex-Petit Lycée de Caen côté avenue Albert Sorel afin de rendre hommage à tous les otages calvadosiens.

Ils sont également honorés sur le monument aux déportés de Dives-sur-Mer

Le mur des noms au Mémorial de la Shoah à Paris

Son nom et celui de son père sont inscrits sur le mur des noms au Mémorial de la Shoah à Paris (Dalle 65, colonne 22, rangée 22)

  • Note 1 : On trouve également comme prénom Pesla (acte de mariage) ou Dasla, et aussi née Perlight (recensement). Toutefois, un acte concernant la liquidation des biens Juifs du
    Calvados (index nominum 619 W 4), mentionne très précisément Perla Lewinsky (le nom propre correspondant à l’acte de naturalisation). Perla Levinsky quitte la région en 1943, peu avant l’évacuation officielle des Juifs de la région de Rouen et de la zone côtière (24 novembre 1943).  En 1954, elle est revenue rue de Gaulle et elle est commerçante en confection.

Sources

  • Liste des Juifs arrêtés dans la nuit du 1er mai au 2 mai 1942
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Fiche FNDIRP remplie par sa mère, Perla Levinsky.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains
    (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.

Notice biographique rédigée en janvier 2001 (complétée en 2014,  2017, 2020 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association « Mémoire Vive ». Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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