
Emile Tunési : né en 1914 à Moineville (Meurthe-et-Moselle) ; domicilié à Batilly-village (Meurthe-et-Moselle) ; mineur à Auboué ; communiste ; arrêté comme otage communiste le 5 février 1942 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt.
Emile Tunési est né le 16 janvier 1914 à Moineville (Meurthe-et-Moselle).
Il habite au n° 49, Batilly-village (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Rosa Gambini, 24 ans, née à Arluno (Italie) et d’Angelo Tunesi, son époux, né le 25 décembre 1879 à Urbino (Italie).
Son père décède le 22 août 1931 à Valleroy (Meurthe-et-Moselle).
En 1936, sa mère s’est remariée avec Victor Danzer (né en 1888 à Ars-sur-Moselle, mineur à la Société Pont-à-Moussons à Auboué).
Au recensement de 1936, Emile Tunési et sa sœur cadette Léonie, née en 1917 à Olgiate (Lombardie-Italie), vivent avec eux à Batilly-village, avec leur deux demi-sœurs, Jeanne (née en 1932 à Metz) et Angèle (née en 1934 à Batilly).
Emile Tunesi est mineur (chargeur) à la mine d’Auboué.

Militant communiste, il est aussi membre du Bureau du Syndicat des mineurs CGT d’Auboué.
Emile Tunesi est licencié le 20 novembre 1938 après la grève du 29 novembre 1938. C’est la vague de répression qui suit l’échec de la grève générale des 29 et 30 novembre 1938 (il y a 76 % de grévistes à Auboué, mais seulement 20, 6 % de grévistes dans les Métaux, 8 % dans la métallurgie, 20, 4% dans les mines de fer).
La répression sera brutale dans le pays : 500 condamnations a des peines de prisons (jusqu’à 18 ans), sanction de fonctionnaires et d’agents de services publics, fermetures d’entreprises par le patronat, avec le « lock-out » pour près de 400 000 salariés).
Conscrit de la classe 1934, Emile Tunési est vraisemblablement mobilisé au moment de la déclaration de guerre.

L’armée allemande occupe Auboué le 17 juin 1940. La Kommandantur est installée dans le logement de la directrice d’école, au dessus de la mairie. Puis elle sera installée à Briey.
Fin juin 1940, toute la Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la « zone réservée » allant des Ardennes à la Franche-Comté, destinée au « peuplement allemand ». À l’est de la « ligne du Führer », tracée depuis la Somme jusqu’à la frontière suisse, les autorités nazies envisagent une germanisation des territoires suivant différentes orientations. C’est un autre sort que celui de la Moselle et de l’Alsace, annexées par le Reich, du Nord et du Pas-de-Calais, mis sous la tutelle du commandement militaire allemand de Bruxelles, qui attend les territoires situés le long de cette ligne dite du Nord-Est. En tout ou partie, ces départements, et parmi eux les francs-comtois, font l’objet d’une « zone réservée » des Allemands (« En direct », Université de Franche-Comté). Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « Révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…). L’Alsace Moselle est occupée. Plus de 20 000 Allemands, soit l’équivalent de deux divisions, sont stationnés en permanence en Meurthe-et-Moselle. Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore sans état d’âme avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174).
Le 11 octobre 1941 à Batilly, Émile Tunesi épouse Marie Gigada, née en 1923 à Hammeville, fille de Raphaël et Lucie Gigada.
La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251).
Dès le 18 septembre 1941, la préfecture relève des actes de sabotages sur la voie ferrée stratégique entre Meissein et Neuves-Maisons, le 18 novembre sabotage de signalisations à Chanteheux sur la ligne Paris-Strasbourg, freins d’un wagon coupés à Homécourt le 22 novembre. A chaque fois les autorités allemandes réagissent en punissant l’ensemble de la population ouvrière (à Homécourt, la
Feldkommandantur annonce que les ouvriers seront exclus de la distribution de chaussures que devait faire la Préfecture ». Le sabotage du transformateur d’Auboué, entraîne une très lourde répression. Lire dans le site : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d’Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations.
Emile Tunesi est arrêté à son domicile le 5 février 1942 (1) par des Feldgendarmen , dans la même répression qui touche Louis Bresolin, Arsène Dautréaux, Maurice Froment, Valère Henry, Charles Mary, Jean Pérot, Primo Pasquini (1), Joseph Schneider, Serge Schneider.
D’abord écroué à la prison de Briey, où il est interrogé par un officier de la Wehrmacht, puis sans doute à la prison Charles III de Nancy, il est remis aux autorités allemandes à leur demande.
Le 20 février 1942, il est interné au camp français d’Ecrouves, dans l’ancienne caserne Marceau (le camp est créé le sous la dénomination administrative de « Centre de séjour surveillé » notamment afin de vider la prison Charles III de Nancy).
A la demande des allemands, il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), en vue de sa déportation comme otage.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Depuis le camp de Compiègne, Emile Tunési est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. A six heures du matin, ce 6 juillet, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé comme eux dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. « Les soldats comptent les hommes par cinquante et les poussent vers les wagons. (…). Les déportés se retrouvent à quarante-cinq, cinquante, soixante ou plus, dans les wagons de marchandises qui, pour avoir servi au transport des troupes, portent encore l’inscription : 40 hommes – 8 chevaux en long. Des wagons sales, au plancher recouvert par deux à trois centimètres de poussière de ciment ou de terre, avec, pour seule ouverture, une petite lucarne grillagée ou bardée de barbelés, près de laquelle les plus souples réussissent à se glisser. Au centre, un gros bidon ayant contenu du carbure dont l’odeur déjà les incommode ». In « Triangles rouges à Auschwitz » prologue, p.11).
Le train s’ébranle à 9 heures trente.
Cf Article du site : Les wagons de la Déportation.

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks, responsables aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le Parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45 157 » et « 46 326 », d’où le nom de « convoi des 45 000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité.
Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.
Le numéro d’immatriculation d’Emile Tunesi à Auschwitz n’est pas connu.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal.
Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz.
Néanmoins le maire de Valleroy, rapporte le témoignage d’Antoine Vanin (rescapé, habitant à Valleroy, lui aussi fils d’immigrés italiens) selon lequel Emile Tunési aurait été abattu à l’arrivée au camp d’Auschwitz, ce qui expliquerait son absence d’immatriculation.
Lucien Vannier, survivant d’Orléans, a également relaté ce fait, mais il ignorait le nom du déporté.
Son nom – quoiqu’orthographié Tunisi – est honoré sur une plaque à Auboué « Hommage aux Francs-tireurs partisans français d’Auboué morts aux camps de déportation nazis d’Auschwitz, Oranienburg ». Plusieurs d’entre eux sont italiens ou polonais…
Lors des cérémonies du 8 mai 2022, madame Marie-Christine Riggi, maire de Batilly, a rendu hommage à Emile Tunési.


- Note 1 : La « 5è liste des Prisonniers et Déportés dont les familles sont sans nouvelles » publiée par l‘Est Républicain le 27 septembre 1945 indique une date d’arrestation (le 22 février 1942) qui ne correspond pas à celle inscrite au DAVCC (le 5 février), ni à celle figurant dans le livre des frères Magrinelli, « du 5 au 7 février ».
Sources
- M. Besnier, Maire de Valleroy (3 octobre 1989)
- Jean-Claude et Yves Magrinelli, Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle, 1920 – 1945, publié en 1985. Pages 122 et 246.
- M. Gereigat, FNDIRP Nancy (15 février 1991).
- M. Corziani (17 mars 1991).
- Photo d’Emile Tunési parue à la page 43 d’un ouvrage paru en 2005, intitulé « Résistance, engagement d’une cité ouvrière. Auboué : 1936-1945 », préparé par les Amis de l’histoire d’Auboué et préfacé par M. Alfred Rossolini, Ed. presses du Tilleul / Florange.


Notice biographique rédigée en 1997 par Claudine Cardon-Hamet (modifiée avec Pierre Cardon en 2001, 2016, 2018, 2021 et 2026), pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997.
Claudine Cardon-Hamet est docteur en Histoire, auteure des ouvrages « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000.
Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

Emile Tunési : né en 1914 à Moineville (Meurthe-et-Moselle) ; domicilié à Batilly-village (Meurthe-et-Moselle) ; mineur à Auboué ; communiste ; arrêté comme otage communiste le 5 février 1942 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt.