Matricule « 45.814 » à Auschwitz

Emile Maillard : né en 1905 à Venizel (Aisne) ; domicilié à Soissons (Aisne) ; ouvrier minotier ; arrêté le 29 septembre 1941 comme otage ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 20 août 1942.

Emile Maillard est né le 25 janvier 1905 à Venizel (Aisne). Il habite au 41, Cité du Bois des Sapins à Soissons (Aisne) au moment de son arrestation. Il est le fils de Marie, Anne, Valentine Jourden, sans profession, née le 1er février 1922 à Vénizel et de Julien, Amédée Maillard, né le 18 novembre 1858 à Trosly-Loire (Aisne), tonnelier.
Ses parents se sont mariés le 1er février 1902 à Vénizel. Il a un frère aîné, Onésime, né à Vénizel le 4 mars 1903 (décédé en 1982 à Soissons) ainsi que de nombreux parents dans le village et à Pont-Saint-Mard.
Il se marie à Soissons, le 26 septembre 1931 avec Andréa Tugant, née le 14 janvier 1914 à Pont-Saint-Mard, dactylo à la Coop Agricole. Le couple a une fille, Yolande, Emilienne qui naît le 19 juin 1932 (1). Ils divorceront le 21 février 1939.
Emile Maillard est ouvrier à la minoterie Debruyère de Soissons. 

Dès le 14 mai 1940, de Montcornet à Hirson, de Crécy-sur-Serre à Wassigny, les chars allemands bousculent tout sur leur chemin, non sans combats héroïques d’unités françaises, avant de toucher le Vermandois, le Chaunois, les confins du Laonnois et du Soissonnais puis le Sud du département jusqu’au 13 juin. Les blindés allemands de Gudérian sont devant Laon le 15 mai 1940. La Nordost Linie ou ligne noire (également appelée ligne du Führer), qui passe au sud de Laon est créée
le 7 juillet 1940 et fonctionne le 20 juillet. Les « zones réservées » ainsi délimitées sont destinés à devenir des zones de peuplement allemand. Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris. L’armistice est signé le 22 juin. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».
Le 20 septembre 1941, le commissaire principal des Renseignements généraux de Laon transmet au Préfet de l’Aisne, une liste des communistes « notoires » de plusieurs villes du secteur « qui semblent continuer leurs agissements anti-nationaux ».  « Un attentat eut lieu le 29 septembre 1941 à Courmelles contre un factionnaire allemand de garde à la porte de la Standortkommandantur »(poste de commandement local), juste avant le lever du jour. (Jean-Pierre Besse, in Le Maitron).

Emile Maillard est arrêté à Soissons le 29 septembre 1941 par la Feldgendarmerie, dans la rafle des 29 et 30 septembre qui concerne 18 communistes ou présumés tels, rafle opérée en représailles de l’agression du soldat allemand à Courmelles.

Dans une lettre datée du 30 septembre 1941, relative à l’arrestation de 18 otages communistes, qu’elle adresse à la Feldkommandantur 602 de Laon, la Feldkommandantur 527 de Soissons indique que les otages Léon Busarello, Charles Del-Nero, Jean-Marie Guier , EmileMaillard et leurs camarades ont été incarcérés à la caserne Charpentier de Soissons (les quatre cité ci-dessus eux seront déportés à Auschwitz, et deux autres sont fusillés : Gaston Pinot et Léon Durville).
De la prison de Soissons, il est transféré lendemain au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
A Compiègne, il reçoit le matricule « 1604 ».
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Emile Maillard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45.318 ».

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi les 522 que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Emile Maillard entre à l’infirmerie d’Auschwitz le 17 août 1942.
Il meurt à Auschwitz le 20 août 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, tome 3, p 760). Son état civil porte toujours la mention « décédé le 6 juillet 1942 » qui est la date du départ de Compiègne.
Il est regrettable que le ministère n’ait pas corrigé cette date, à l’occasion de l’inscription de la mention « mort en déportation » sur son acte de décès (Journal officiel du 6 juillet 1994). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.

Son nom est honoré sur le monument aux morts de Soissons.

  • Note 1. Elle est décédée en 2015. Mariée à Yves Brucelle en 1953, elle fut adoptée par jugement du tribunal de grande instance des Sables d’Olonne en 1976 et portait le nom de Maillard-Dietlin.

Sources

  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en 1991).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Mairie de Soissons, courrier de Madame Brunel (avril 1990).
  • Avis de décès (avril 1992).
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Lettre de la Feldkommandantur 527 à la FK 602, Mémorial de la Shoah, catalogue.
  • Photo d’un  wagon utilisé pour les transports de déportés /  ©  FMD
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Recherches généalogiques, Pierre Cardon  

Notice biographique rédigée en janvier 2011, complétée 2020 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de « Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »« , éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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