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Le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 45.191 » à Auschwitz

Paul Bailly : né en 1920 à Châtellerault (Vienne), où il habite ; peintre en bâtiment ; jeune communiste ; arrêté en juillet 1941, interné aux camps de la Chauvinerie, puis  de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 30 octobre 1942.

Paul Bailly est né le 27 janvier 1920 à Châtellerault (Vienne), où il habite 18, rue Aglophile Fradin au moment de son arrestation.
Selon Emile Lecointre (1) il est élevé par M. et Mme Richard, employés des PTT. Il est célibataire et travaille comme peintre en bâtiment.
Paul Bailly est membre des Jeunesses communistes. Il devient le responsable à la propagande du rayon de Châtellerault.

Le 14 juin 1940, l’armée allemande entre par la Porte de la Villette dans Paris. Le 22 juin 1940, l’armistice est signé. 3000 Allemands occupent Châtellerault le 23 juin 1940. Dans le cadre de la réorganisation administrative opérée par Vichy le 19 avril 1941, Poitiers devient la capitale de la «région de Poitiers», qui comprend les départements de la Vienne, la Vendée, les Deux-Sèvres, la Charente et la Charente Maritime.

Pendant l’Occupation, Paul Bailly fait partie du triangle de direction clandestine des Jeunesses communistes, avec Jacques Moron  et Marcel Pilorget .. Il participe à l’inscription de mots d’ordre sur le pont Henri IV pour le 1er mai 1941.

Il est arrêté le 23 juin 1941 à son domicile par des policiers français, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich». Lire dans le site l’article « L’Aktion Theoderich dans la Vienne », sur l’arrestation des 33 militant-e-s communistes et syndicalistes de la Vienne. Liste et récits des internements à Poitiers et à Compiègne.

Conduit au camp de la Chauvinerie, à Poitiers, Paul Bailly est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 11 juillet 1941, camp où il reçoit le matricule n°1192. Il figure sur la liste de recensement des jeunes communistes du camp de Compiègne aptes à être déportés « à l’Est« , en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC).
Raymond Montégut, dans son livre « Arbeit macht frei », se souvient que Paul Bailly avait décoré les couloirs de la baraque des viennois pour la Noël 1941.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Paul Bailly est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Immatriculation le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45191 ». Le matricule sera tatoué sur les avant-bras gauches des déportés quelques mois plus tard. Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
A Auschwitz-I, Raymond Montégut lui apporte des cigarettes à l’infirmerie (Revier), peu de temps avant « son départ pour la chambre à gaz ».

Paul Bailly meurt à Auschwitz-I le 30 octobre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 40). Sa fiche d’état civil établie en France à la Libération portait «décédé le 1er janvier 1945 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère, à l’occasion de l’inscription de la mention « mort en déportation » sur son acte de décès (J.O. du 11 janvier 2006), n’ait pas corrigé cette date,alors que l’ouvrage qui publie les relevés de l’état civil d’Auschwitz est paru en 1995.Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz

Une rue Paul Bailly a été inaugurée à Châtellerault. Son nom figure dans le hall de la Mairie «Hommage aux victimes de la guerre 1939-1945 de la commune de Châtellerault».

  • Note 1 : Emile Lecointre, militant communiste de Châtellerault, responsable départemental des JC est arrêté en même temps que 15 autres militants communistes ou syndicalistes le 21 juin 1941. A Compiègne, il fait partie de l’organisation illégale du camp. Il est très gravement blessé lors du bombardement du camp au lendemain de l’évasion de 19 militants et responsables communistes le 22 juin 1942 (Lire dans le blog Le
    bombardement du camp de Compiègne dans la nuit du 23 au 24 juin 1942
    ). Hospitalisé à l’hôpital civil de Compiègne, il échappe au convoi du 6 juillet 1942. Il sera déporté à Sachsenhausen par le convoi du 24 janvier 1943. Rescapé.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Fiche de Raymond Jamain (ADIRP de la Vienne, arrêté le 23 juin 1941 à Nantes, déporté à Sachsenhausen) (1973).
  • Témoignage de Maurice Rideau « 46056 », qui a entretenu une volumineuse correspondance avec Roger Arnould entre 1972 et 1973 au début de ses recherches.
  • Notes de Michel Bloch, historien, professeur honoraire à l’université de Poitiers. Ancien chef de cabinet de François Billoux en 1945-1946. A la demande de Roger Arnould (archiviste FNDIRP, ancien déporté), il a effectué des recherches en 1972/1973 auprès des militants communistes survivants.
  • Raymond Montégut (lettre à Roger Arnould du 27 novembre 1972).
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Témoignage de Marcel Couradeau (employé des PTT à Poitiers (bureau tri-gare), il est membre du bureau fédéral du Parti communiste avant guerre).
  • Lettre d’Emile Lecointre (23 février 1989) : souvenirs concernant 15 de ses camarades arrêtés avec lui le 23 juin 1941.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Sitewww.mortsdanslescamps.com
  • © Photo en civil, site VRID

Notice biographique rédigée à l’occasion de l’exposition organisée en octobre 2001 par l’AFMD de la Vienne à Châtellerault, complétée en 2011 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce siteg) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour compléter ou corriger cette notice, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com .Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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