Matricule « 45990 » à Auschwitz

Marcel Pilorget © Paul-Raymond Jamain
Compiègne le 2 mai 1942
Marcel Pilorget : né en1920 à Chasseneuil-du-Poitou (Vienne) ; domicilié à Châtellerault (Vienne) ; tourneur sur métaux (usineur) ; jeune communiste ; arrêté le 23 juillet 1941, interné aux camps allemands de la Chauvinerie, puis de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 11 août 1942.

Marcel Pilorget est né le 5 avril 1920 à Chasseneuil du Poitou (Vienne). Il habite au 30 rue de Pleumartin à Châtellerault au moment de son arrestation.
il est le fils de Marie-Louise Forget et de Georges, Marcelin Pilorget, 23 ans, cultivateur son époux. Ses parents se sont mariés à Coussay-les-Bois le 24 septembre 1906.
Marcel Pilorget est tourneur sur métaux (usineur) à l’usine de construction mécanique Maurice Rocher de Cenon-sur-Vienne, près de Châtellerault.
Il est le secrétaire départemental des Jeunesses communistes.
Célibataire, il est fiancé avec Léone Baugé (1). Avec elle, il colle
des papillons de la JC fabriqués clandestinement à Paris. 

Soldats et véhicules  militaires allemands à Poitiers

Le 14 juin 1940, l’armée allemande entre par la Porte de la Villette dans Paris. Le 22 juin 1940, l’armistice est signé. 3000 Allemands occupent Châtellerault le 23 juin 1940. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…). Dans le cadre de la réorganisation administrative opérée par Vichy le 19 avril 1941, Poitiers devient la capitale de la «région de Poitiers», qui comprend les départements de la Vienne, la Vendée, les Deux-Sèvres, la Charente et la Charente Maritime.

En octobre 1940, il constitue, avec Paul Bailly et Jacques Moron, le triangle de direction de la Jeunesse communiste clandestine, et participe à de nombreuses actions : dépôt d’armes dans un caveau du cimetière Saint Jacques, inscriptions sur le pont Henri IV pour célébrer le 1er mai 1941.

Il est arrêté à son travail le 23 juin 1941 par un feldgendarme et un inspecteur de police français. Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich». Lire dans les ite l’article « L’Aktion Theoderich dans la Vienne », sur l’arrestation des 33 militant-e-s communistes et syndicalistes de la Vienne. Liste et récits des internements à Poitiers et à Compiègne.

Il est incarcéré au camp allemand de Poitiers-la Chauvinerie, et transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) le 11 juillet. A Compiègne, il reçoit le matricule 1194. Il figure sur la liste de recensement des jeunes communistes du camp de Compiègne aptes à être déportés « à l’Est« , en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC).

Popote à Compiègne le 2 mai 1942

A Compiègne, il est interné dans une baraque avec plusieurs Viennois arrêtés comme lui le 23 juin 1941. L’un
d’eux Alfred Quinqueneau (1) a dessiné le 2 mai 1942 quelques uns de ses camarades au moment de la préparation du repas (les détenus font popote commune pour améliorer l’ordinaire). µ
Sur le dessin ci-contre, on reconnaît de gauche à droite : Louis Cerceau, coiffé d’une casquette, cigarette à la bouche, porteur d’une bassine Charles Limousin une cuiller et une casserole en mains, Marcel Pilorget qui lui tend une boite de conserve et René Amand assis, ouvrant une autre boite de conserve.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Marcel Pilorget est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le sous le numéro matricule « 45.990 ».

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Marcel Pilorget meurt à Auschwitz-Birkenau le 11 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1568).

Sa fiche d’état civil établie en France après la Libération (faute de connaissance du fichier L3) porte toujours la mention fictive «décédé le 5 janvier 1943 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n’ait pas corrigé cette date, à l’occasion de l’inscription de la mention « mort en déportation » sur son acte de décès (Journal officiel du 14 décembre 1997). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l’ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995. Lire dans le site Les dates de décès à Auschwitz.

Par un arrêté ministériel de 1949 paru au Journal Officiel du 23 avril 1949, il est homologué comme « Sergent » à titre posthume au titre de la Résistance intérieure française, avec prise de rang au 1er juin 1941.
Le nom de Marcel Pilorget, et celui des 3 autres Chatelraudais du convoi du 6 juillet 1942 morts à Auschwitz, est inscrit sur la plaque apposée dans le hall de la mairie en « Hommage aux victimes de la guerre 1939-1945 de la commune de Châtellerault ».


  • Léone Beaugé-Jamain

    Note 1 : Léone Baugé, née le 21 janvier 1921 à Yzeure-sur-Creuse (Indre-et-Loire), est ouvrière à la Manufacture d’armes de Châtellerault. A 19 ans elle entre dans la Résistance. « Outre son activité à la Manu où elle participa à la grande manifestation du 26 novembre 1942, Léone Baugé était agent de liaison dans les petits villages aux alentours de Châtellerault, notamment à Ingrandes où elle apportait des paquets de tracts au passage à niveau » . Elle sera arrêtée le 17 février 1943, internée à Romainville et déportée à Ravensbruck le 27 avril 1943, dont elle ne revint que grâce à la solidarité de deux doctoresses russe et tchèque (extraits d’un article de Paul-Raymond Jamain, son époux et du Maitron).

  • Note 2 : Alfred Quinqueneau, âgé de 44 ans, sera déporté à Sachsenhausen dans le convoi du 24 janvier 1943 (matricule 59255 à Saxo). Il
    est ensuite transféré dans un camp de Buchenwald (Halberstadt) et libéré à
    Chemnitz le 7 mai 1945.

Sources

  • Recherches de Paul-Raymond Jamain, de l’ADIRP de la Vienne, arrêté le 23 juin 1941 à Nantes, déporté à Sachsenhausen, (1973). On lira sur le site de VRID, deux articles sur Léone Beaugé-Jamain.
  • Témoignages de Maurice Rideau, 46.056 (2 octobre 1971).
  • Recherches de Michel Bloch. Historien, professeur honoraire à l’université de Poitiers.
  • Lettre d’Emile Lecointre (23 février 1989) : souvenirs concernant 15 de ses camarades arrêtés avec lui le 23 juin 1941.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste des décédés à Auschwitz, convoi du 6 juillet 1942, du 18 juillet 1942 au 19 août 1942. Ref ACVG 1/19, liste N°3
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Liste des détenus ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz. ACVG, Ref. 3/5 et 3/T3
  • Photographie de Marcel Pilorget © dossier 5287 de Roger Arnould (copie d’une photo envoyée par © Paul-Raymond Jamain)
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Sitewww.mortsdanslescamps.com
  • Les allemands sur la place d’Armes à Poitiers @ Médiathèque François Mitterrand de Poitiers (don de M. Gérard Simmat).
  • © Photo de Léone Beaugé-Jamain, in site VRID.

Biographierédigée à l’occasion de l’exposition organisée en octobre 2001 par l’AFMD de la Vienne à Châtellerault, et complétée en 2011 et 2017 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com.Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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