Maurice Dadé en 1938  ©  Mireille Istas
Maurice Dadé © DAVCC

Matricule « 45.417 » à Auschwitz

Maurice Dadé : né en 1896 à La Belliole (Yonne) ; domicilié à Villeneuve-la-Guyard (Yonne) ; cultivateur ; communiste ; arrêté le 23 juin 1941 ;  interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 25 août 1942.

Maurice Dadé est né le 9 septembre 1896 à La Belliole (Yonne). Il habite à Villeneuve-la-Guyard (Yonne), au 11 rue Blanche au moment de son arrestation.
Maurice Dadé est le fils d’Amélie, Esther Méry, 30 ans, épicière et d’Arthur, Joseph Dadé, 23 ans, négociant en vins puis cafetier, son époux. Ses parents se sont mariés en 1895 à Bazoches sur le Betz (Loiret).
Son père décède en 1898 à l’âge de 31 ans. Sa mère se remarie en 1900 avec Alphonse Thibault. Maurice Dadé a une demi-soeur, Thérèse, née en 1901 et un demi-frère, Robert, né en 1902.
Au moment du conseil de révision, Maurice Dadé habite Vallery, comme sa mère, son beau-père et ses demi-frère et sœur, et il y travaille comme cultivateur.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 74, a les cheveux châtain foncé, les châtain, le front moyen et le nez rectiligne, le visage ovale.  Il a un niveau d’instruction n°3 pour l’armée (i.e. sait lire , écrire, compter et possède une instruction primaire).
Conscrit de la classe 1916, Maurice Dadé est mobilisé par anticipation le 12 avril 1915, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre, et il est incorporé le jour même au 1er régiment de cuirassiers (campagnes de Picardie et de Champagne).
Il passe dans la réserve active le 10 avril 1918, mais est maintenu au corps en vertu du décret de mobilisation générale. Le 22 juillet 1919, radié du corps, il passe au 11ème régiment de cuirassiers. Le 3 septembre 1919 il est nommé soldat de 1ère classe. Il est mis en congé de démobilisation le 24 septembre 1919 par le 8ème Chasseurs (certificat de bonne conduite accordé, il sera titulaire de la médaille de la victoire) et se retire à Bray-sur-Seine, puis à Villiers-Louis.
Après sa démobilisation en 1919, il rejoint le domicile de ses mère et beau-père rue du Port à Bray-sur-Seine (Seine-et-Marne).
En janvier 1920, il habite Chigy (Yonne) puis revient à Villiers-Louis (Yonne) en juin. Il travaille comme manœuvre dans les fermes de Chigy et de Villiers-Louis.
Maurice Dadé se marie à Villeneuve-la-Guyard le 22 avril 1922 avec Lucienne, Adrienne Percheron (1902-1971). Elle a 20 ans, cultivatrice, née le 12 mai 1902 à Villeneuve-la-Guyard. Il reprend la ferme de son beau-père, décédé en 1918 sous les coups de sabots d’un cheval.
Le couple s’installe désormais au 11, de la rue Blanche (qui deviendra rue Maurice Dadé à la Libération…) à Villeneuve-la-Guyard et aura une fille, Yvette Cécile, née le5 mai 1926 à Villeneuve-la-Guyard.
Le  15 janvier 1938, il est affecté, pour une éventuelle mobilisation, à la 5ème compagnie d’ouvriers à l’atelier de chargement de Saint-Florentin. Il est « rappelé à l’activité » (décret de mobilisation générale du 2 septembre 1939) et affecté au groupe 81 de la 5ème compagnie d’ouvriers à St Florentin.
Il arrive au corps le 5 septembre. Il est classé travailleur militaire le 10 mai 1940 et passe à la compagnie 8-11 du 8ème BOA.
D’après Claude Delasselle, in Yonne Mémoire, il est communiste (1).

Le 14 juin 1940, les premières troupes allemandes venant de Troyes ou de Romilly-sur-Seine, pénètrent dans le département de l’Yonne. A cette même date, la gare de Migennes subit un bombardement. Les attaques aériennes vont se poursuivre jusqu’au 15 juin, faisant de nombreux blessés et causant des dégâts importants dans le département. La 10ème Panzerdivision investit Laroche Migènes. Trois Kreiskommandantur sont installées à Auxerre, Avallon et Sens jusqu’en janvier 1942, date à laquelle elles sont remplacées par des annexes de la Feldkommandantur 745 installée à Auxerre.

Soldats allemands à Sens

Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).
Le Parti communiste se réorganise dans la clandestinité à Auxerre et à Sens. Dès les premières distributions de tracts, les communistes seront réprimés. Le Préfet prend dès le 11 novembre 1940 un arrêté qui conduit deux militants de Sens en prison, tandis que cinq autres font l’objet d’une mesure d’internement administratif. Les perquisitions se multiplient. Des personnes suspectées de sympathies communistes sont convoquées à la préfecture et dans les sous-préfectures et assignées à résidence. Des instituteurs soupçonnés d’être communistes, socialistes ou francs-maçons sont révoqués début décembre. En janvier 1941, le Centre d’internement administratif de Vaudeurs est ouvert. Le sous-préfet de Sens écrit : « Seule la brutalité de la répression permettra de sauver la France du péril communiste » (in AJPN).
Pendant l’Occupation : «dès le mois de janvier 1941, le préfet de l’Yonne, dans un rapport à l’ambassadeur délégué général du gouvernement français des territoires occupés à Paris, affirme qu’une répression impitoyable doit «permettre de lutter efficacement contre la gangrène bolchevique». Le 9 janvier (…), le préfet Bourgeois ouvre le «camp» de Vaudeurs pour y interner des opposants politiques, pas tous communistes ».
Maurice Dadé est démobilisé le 28 août 1940.
Le 22 juin 1941, le jour même de l’opération « Théodorich » les gendarmes de Villeneuve-la-Guyard arrêtent Maurice Dadé chez lui, à la ferme, et le conduisent à la prison départementale d’Auxerre (Yonne). Après la guerre, ces mêmes gendarmes diront à sa femme qu’ils ont agit sur injonction de Joseph Bourgeois, alors Préfet de l’Yonne.
Robert Bailly (2), qui a connu Maurice Dadé, n’avait pu me donner d’indications précises sur les circonstances de son arrestation. Mais comme la plupart des militants icaunais arrêtés en juin 1941 (3), il savait qu’il avait eu des activités politiques ou syndicales qui l’avaient fait connaître des services de renseignement français, lesquelles activités, communiquées par les services du Préfet de l’Yonne Joseph Bourgeois (4) à la demande des Allemands, ont conduit les autorités allemandes à l’arrêter.

Première page de sa traduction en Espéranto de « Un voyage au Kamtchatka » de Sten Bergman.

Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122)  le
12 juillet 1941.

Dans le cadre des activités menées par le « Comité du camp des politiques », il participe aux cours d’Espéranto donnés par Marcel Boubou. Lui même espérantiste, Maurice Dadé  traduira à Compiègne en espéranto le livre de Sten Bergman « Un voyage au Kamtchatka« . Les cahiers manuscrits de 200 pages seront dédicacés et envoyés à sa fille Yvette. Lire dans le site :  Le
« Comité » du camp des politiques à Compiègne
.

Depuis le camp de Compiègne, Trois icaunais seront déportés à Auschwitz : Maurice DadéNorbert Debrie et Georges Varenne (5).

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Maurice Dadé est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Maurice Dadé est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45417 ».

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birk

Dessin de Franz Reisz (1946)

Maurice Dadé meurt à Auschwitz le 25 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 203). Son certificat d’état civil établi en France après la Libération porte toujours la mention «décédé en novembre 1942 à Auschwitz (Pologne». Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d’après guerre sur les états civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l’ouvrage « Death Books from Auschwitz » publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.

La mention «Mort pour la France» est apposée sur son acte de décès. La mention «Mort en déportation» y a été apposée (décret du 24 novembre 1987, paru JO du2 février 1988).

La rue Blanche de Villeneuve-la-Guyard où il habitait est rebaptisée à son nom pour honorer sa mémoire « Rue Maurice Dadé, mort pour la France en déportation 1896-1942». Son nom est honoré sur le monument aux morts de Villeneuve-la-Guyard, ainsi qu’à Auxerre, place Saint Amâtre, sur le Monument aux fusillés et déportés.

  • Note 1: Claude Delasselle : «Deux communistes internés au camp de Vaudeurs, Norbert Debrie et Pierre Leroy, pris comme otages par les Allemands et envoyés avec deux autres communistes icaunais également pris en otages, Maurice Dadé et George Varenne, au camp d’ Auschwitz». « Les déportés non raciaux de l’Yonne » in Bulletin n° 16 «Yonne Mémoire» de l’Association pour la Recherche sur l’Occupation et la Résistance dans l’Yonne.
  • Note 2: Lettre du 19 février 1991 de Robert Bailly, Résistant icaunais, auteur de : « Les feuilles tombèrent en avril » et « Occupation hitlérienne et Résistance dans l’Yonne« .
  • Note 3: Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom de code «Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
  • Note 4 : «Dès le mois de janvier 1941, le préfet de l’Yonne, dans un rapport à l’ambassadeur délégué général du gouvernement français des territoires occupés à Paris, affirme qu’une répression impitoyable doit «permettre de lutter efficacement contre la gangrène bolchevique». Joël Drogland, dossier consacré au commissaire Grégoire (Bulletin n° 15 «Yonne Mémoire» de l’Association pour la Recherche sur l’Occupation et la Résistance dans l’Yonne).
  • Note 5 : Contrairement à ce qu’indique le site, par ailleurs excellent, de l’Arory (n° 16 de l’Yonne Mémoire, mai 2006) dans un dossier intitulé « les déportés non raciaux de l’Yonne » il n’y a que trois icaunais déportés dans le convoi dit des « 45.000 » (Maurice Dadé, Norbert Debrie et Georges
    Varenne
    ). En effet Pierre Leroy, qui est mentionné sur le site comme un habitant de l’Yonne déporté dans le convoi des « 45.000 » est un cheminot niortais, arrêté le 3 juillet 1941, à son domicile de Niort, par des policiers français, en raison de ses activités politiques antérieures. Il est détenu à la prison cellulaire de Niort, puis en septembre 1941, il est interné au petit centre d’internement administratif du château de Vaudeurs, dans l’Yonne. Pierre Leroy y côtoie alors Norbert Debrie, qui sera transféré avec lui à Compiègne et déporté avec lui à Auschwitz.

Sources

  • Mairie de Villeneuve-la-Guyard, 25 février 1991.
  • Archives départementales de l’Yonne en ligne, état civil de La Belliole.
  • «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Paris 1995 (basés essentiellement sur les certificats de décès, datés du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, relatifs aux détenus immatriculés au camp d’Auschwitz. Ces registres sont malheureusement fragmentaires.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Sitewww.mortsdanslescamps.com
  • ©Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Registres matricules militaires de l’Yonne.
  • Photo : Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel).
  • Photo de Maurice Dadé, de sa dédicace à sa fille, recherches et compilation du livre de l’ARORY (Association pour la recherche sur l’occupation et la Résistance dans l’Yonne) « Un département dans la guerre 1939-1945 » éditions Tirésias 2006, par Patrick et Mireille Istas (Maurice Dadé était son grand-père maternel) que je remercie vivement.

Notice biographique rédigée en juillet 2011, complétée en 2018 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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