Son nom figure sur la liste des 31 déportés qui arrivent le 31 août 1944 au camp de Flossenbürg, dont 28 autres « 45.000 »

Matricule « 46.217 » à Auschwitz

Jean Bach : né en 1916 à Savigny-sur-Orge (Essonne), où il habite ; dessinateur industriel, monteur chauffage central ; arrêté comme communiste, condamné à 4 mois de prison ; interné à Aincourt et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, Flossenbürg, où il meurt. 

Jean Bach est né le 21 juillet 1916 à Savigny-sur-Orge (Essonne). Il habite au 40, rue Gounod à Savigny au domicile de ses parents, au moment de son arrestation. Il est le fils d’Agnès Guyard, ménagère, âgée de 43 ans et de Charles Bach, journalier puis chaudronnier, âgé de 47 ans, son époux. Il a cinq sœurs et frères.
Il est célibataire. Il a une formation de dessinateur industriel, puis est monteur en chauffage central.
Selon la Police il serait communiste, mais ce n’était pas le cas selon les déclarations de sa mère.

Le 14 juin 1940, les troupes allemandes défilent à Paris, sur les Champs-Élysées. Le 15 juin la gare de Juvisy est bombardée par la Luftwaffe. Le département de la Seine-et-Oise (une partie constituera l’Essonne le 1er janvier 1968) est occupé  malgré la résistance acharnée du 19e régiment de tirailleurs algériens, qui ne capitulera – faute de munitions – que le 16 juin. Le 14 juin, l’armée allemande est entrée par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France.
Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Pendant l’occupation, il travaille avec son cousin, Albert Bach (1). Après une perquisition au domicile familial, suite à une dénonciation, des tracts et numéros de l’Humanité clandestine sont trouvés.
Jean Bach et son cousin sont arrêtés le 25 septembre 1940 par la Gestapo, selon la mention portée sur sa fiche au DAVCC, pour « distribution et détention de tracts communistes« . Ils sont jugés et condamnés à quatre mois de prison par le tribunal militaire allemand de Versailles, puis écroués à la Maison d’arrêt de Pontoise.
Le 4 février 1941, inculpés cette fois-ci par le procureur de la République (le titre est resté le même quoique l’Etat français ait remplacé la République) d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (interdiction du Parti communiste), ils sont écroués à la Maison d’arrêt de Corbeil.
Le 31 mars 1941, Jean et Albert Bach sont condamnés à quatre mois de prison par le tribunal correctionnel de Corbeil. Ils ne sont pas libérés après avoir purgé leurs quatre mois d’emprisonnement et le 4 mai 1941, ils sont internés au camp de «séjour surveillé» d’Aincourt, dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), près de Mantes, ouvert spécialement, le 5 octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy (Lire dans le site Le camp d’Aincourt).

Depuis Aincourt Jean Bach est transféré au camp de Rouillé qui ouvre le 6 septembre 1941.
Jean Bach est remis aux autorités allemandes à leur demande le 18 mars 1942, avec 13 autres jeunes communistes (Marcel Algret, Maurice Alexis, Henri André, Roger Desjameau, Louis Faure, René Faure, Georges Guinchan, Faustin Jouy, Henri Migdal, Marcel Nouvian,  tous déportés à Auschwitz. André Giraudon, de Bourges, est fusillé à Compiègne le 10 mai 1942). Ils sont internés au camp allemand de Royallieu Compiègne (le Frontstalag 122). Il y reçoit le matricule 3808.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Jean Bach est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46217. Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l’article du blog « les 45000 au block 11. Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos. Il est affecté au Block 5 A.

Le 28 août 1944, Jean Bach et 28 autres « 45 000 » quittent Auschwitz pour Flossenbürg, où ils sont enregistrés le 31 août 1944 : il y reçoit le matricule «19882».
Certains d’entre eux, sont transférés dans d’autres camps : Jean Bach est dirigé sur Legenfeld (Usine Leng, kommando de Flossenbürg) le 11 octobre 1944, avec 6 autres Français du convoi dit des «tatoués» (convoi du 7 avril 1944). On ignore les circonstances et la date réelle de sa mort.
Il est déclaré décédé « le 1er juin 1944 à Auschwitz« , par un jugement du tribunal de grande instance d’Evry-Corbeil du 2 juin 1975.

  • Note 1 Albert Bach, né le 15 décembre 1894 à Paris 13ème, habite au 68, rue Pierre Curie. Charles Bach employé à la SNCF, né le 10 février 1900 à Paris 10ème, habite  à Savigny au 30 rue Victor-Hugo, une rue voisine de la rue Gounod.

Sources

  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1991 et octobre 1993.
  • Archives municipales de Savigny/Orge (novembre 1991).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. «Premier camp d’internement des communistes en zone occupée», Dir. C. Delporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités
  • Archives de la Vienne.
  • © The Central Database of Shoah Victims’ Names.
  • © Archives en ligne, état civil de Paris.
  • Liste Flossenbürg in © site Arolsen

Notice biographique rédigée en 2011 (complétée en 2019 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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