Matricule  « 45.261 » à Auschwitz

Gaston Bocquillon : né en 1892 à Sampigny (Meuse) ; domicilié à Juvisy-sur-Orge (Seine-et-Oise / Essonne) ; mouleur en fonte ; communiste ; arrêté le 13 octobre 1940 ; interné aux camps d’Aincourt et de Compiègne ;déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 4 novembre 1942.

Eugène (dit Gaston), René Bocquillon est né le 29 octobre 1892 à Sampigny (Meuse).  Gaston Bocquillon habite au 5, rue des Rosiers à Juvisy-sur-Orge (Seine-et-Oise / Essonne) au moment de son arrestation. Il est le fils de Marie-Sydonie (sic) Gillet, 23 ans, née le 27 janvier 1869 à Sampigny, couturière et de Paul Bocquillon, 26 ans, né le 9 janvier 1866 à Novy-Chevrières (Ardennes), mécanicien, son époux. Gaston Bocquillon est mouleur en fonte au moment du Conseil de révision.
En 1900 à la naissance de sa sœur Irma, Germaine (le 13 février) leur père exerce le métier de forgeron (il sera par la suite brossier, puis ajusteur en 1911). Deux autres sœurs naissent,  Yvonne en 1904 et Lucienne en 1911.
Gaston Bocquillon commence à travailler à partir de l’âge de 13 ans.
Conscrit de la classe 1912, Gaston Bocquillon est appelé au service militaire et incorporé le 9 octobre 1913 au 13ème bataillon de Chasseurs. Celui-ci entre « en campagne » à partir du 2 août 1914, le jour de la proclamation de la mobilisation générale.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 60, a les cheveux châtain et les yeux gris, le nez petit, le visage ovale. Il a un tatouage en forme de rose des vents en haut de l’épaule droite. Il a un niveau d’instruction n° 2 (possède une instruction primaire).
Il est évacué pour maladie le 15 mai 1918 à l’hôpital C 35 de Dormans. Rétabli, il passe au 4ème groupe cycliste le 20 juin 1918. Il est envoyé au centre démobilisateur de Bar-le-Duc en août 1919 et mis en congé illimité de démobilisation le 25 septembre 1919 (certificat de bonne conduite accordé). « Il se retire à Juvisy ».
En octobre 1919, il habite au 25, avenue Victor Hugo à Choisy-le-Roy.
Le 11 février 1920, à Braux (Ardennes), Gaston Bocquillon épouse Louise Hortense Bobo (1896-1944). Elle est née le 2 octobre 1896 à Braux (Ardennes). Le couple aura deux enfants morts en bas âge, puis deux filles, Huguette, l’aînée née le 24 août 1928 et Georgette le 19 août 1936 (selon la fiche de Gaston Bocquillon au DAVCC il est veuf au moment de son arrestation : mais en fait son épouse est tuée en 1944 lors d’un bombardement).
En mars 1920 le couple habite au 5, rue Barbès à Ivry.
Gaston Bocquillon est successivement mouleur (modelage bois) chez Panhard automobile, (Paris XIII), puis chez Hispano-Suiza à Colombes, et puis chez Gnôme et Rhône (motocyclettes), boulevard Louis Seguin au Petit-Gennevilliers.
En septembre 1921 il reviennent habiter à Choisy-le-Roy au 15 avenue de la République. En mars 1927, ils emménagent au 5, rue des Rosiers, un petit pavillon à Juvisy-sur-Orge, que la famille habitera jusqu’à l’arrestation de Gaston Bocquillon. L’avenue porte désormais son nom.
Il est un militant communiste connu, candidat aux élections municipales. Il est membre de la commission exécutive de la section de Juvisy de l’ARAC (Association républicaine des anciens combattants).
Son affectation dans la Réserve militaire comme personnel de renforcement chez Gnome et Rhône (1927) est transformée en passage d’office au bureau central de recrutement de la Seine, bureau mobilisateur, le 20 janvier 1939 (1).

Le département de la Seine-et-Oise (une partie constituera l’Essonne le 1er  janvier 1968) est occupé malgré la résistance acharnée du 19e régiment de tirailleurs algériens sous les ordres du colonel Chartier, qui ne capitulera – faute de munitions – que le 16 juin. Le 14 juin, l’armée allemande est entr »e par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

A l’automne 1940 des militants communistes diffusent les tracts et journaux du Parti clandestin : les services de police notent une recrudescence de la propagande communiste et perquisitionnent aux domiciles des communistes connus. Selon un rapport de la Sureté nationale, Gaston Bocquillon se livre « d’une façon notoire et habituelle, à la propagande communiste, il a soit dans la rue, soit au marché, de fréquentes et discrètes conversations avec des ex-militants connus ».
Gaston Bocquillon est arrêté le 13 octobre 1940, pour « activités politiques« , à Juvisy, considéré comme « dangereux pour la sécurité publique« .
Cette arrestation a lieu dans le cadre des rafles organisées à partir du 5 octobre 1940 (avec l’accord de l’occupant) par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine et de la Seine-et-Oise (élus, cadres du parti et de la CGT) avec la remise en vigueur du décret du 18 novembre 1939 sur «l’éloignement des suspects et indésirables».
Gaston Bocquillon est interné le jour même au camp d’Aincourt, en Seine-et-Oise, ouvert spécialement le 5 octobre 1940 pour y enfermer les militants arrêtés. (Lire dans le site Le camp d’Aincourt).

Le 27 juin 1941, Gaston Bocquillon est remis aux autorités allemandes à leur demande. 
A Compiègne, il reçoit le matricule 819. C’est par le biais de l’épouse d’Eugène Bocquillon, que Georges Neiman pourra recevoir des colis de sa famille.
Depuis le train qui les emporte vers Auschwitz, il lance un « papier griffonné« . Tu peux écrire à Madame Boquillon que son mari est aussi parti avec le même train que nous ». Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». 

Depuis le camp de Compiègne, Gaston Bocquillon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45261. Sa fille, Mme Huguette Henri a reconnu lors d’une visite du camp d‘Auschwitz-Birkenau avec son mari, dans la baraque d’exposition consacrée aux déportés de France, la photo de son père portant le matricule « 45261 ». Cette photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Gaston Bocquillon meurt à Auschwitz le 4 novembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 109).
Son acte de décès portait la mention « décédé le 10 juillet 1942 » à Compiègne. Après des recherches infructueuses à Arolsen en 1960-1961 ses deux filles ont obtenu un certificat d’Arolsen qui confirme sa date de décès au 4 novembre 1942.
Louise Bocquillon est tuée lors d’un bombardement et ses deux filles sont devenues orphelines. Georgette est hébergée par son oncle Victor Bobo.
Gaston Bocquillon est homologué « Déporté politique« .

La rue des Rosiers à Juvisy où habitait Gaston Bocquillon porte son nom. Celui-ci est également inscrit sur le monument aux morts de la commune, au cimetière rue Petit.

  • Note 1 : La plupart des « Affectés spéciaux » ou « en renforcement » connus comme syndicalistes ou communistes, sont « réintégré » dans leur arme d’origine pour la réserve militaire, et rappelés sous les drapeaux après la mobilisation générale du 2 septembre 1939.

Sources

  • Correspondance avec sa fille aînée, Madame Hughette Henri (1993).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1992.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé principalement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. «Premier camp d’internement des communistes en zone occupée», Dir. C. Delporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb. Relevé Bernard Tisserand.
  • © Sitewww.mortsdanslescamps.com
  • © Site Memorial and Museum Auschwitz-Bikenau www.auschwitz.org.pl
  • © Archives en ligne de la Meuse. Etat civil de Sampigny.
  • Registre matricule militaire de la Meuse, matricule 371 classe 1912.

Notice biographique rédigée en août 2011, complétée en 2018 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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