Auguste Taillade in site Internet «Caractères draveillois – Résistance et création» : http://draveil-resistance.com

Matricule « 46.124 » à Auschwitz

 Pierre Taillade : né en 1905 à Tassin-la-Demi-Lune (Rhône) ; domicilié à Draveil (Seine-et-Oise / Essonne) ; serrurier, cantonnier, sapeur-pompier ; communiste ; arrêté le 30 décembre 1939, écroué à la Santé ; évadé de la colonne de Cépoy en juin 1940 ; interpelé le 27 juillet 1940, arrêté le 6 décembre 1940 ; interné aux camps d’Aincourt et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 23 avril 1943.

Auguste (dit Pierre) Taillade est né le 17 janvier 1905 à Tassin-la-Demi-Lune (Rhône). Il habite au 74, rue Eugène Delacroix à Draveil (Seine-et-Oise / Essonne) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Elizabeth Charlat, 39 ans, sans profession et de Pierre Taillade, 49 ans, terrassier, son époux. Il sont domicilié route de Saint Bel, à Tassin.
Pierre Taillade se marie le 24 mai 1924 à Vitry-sur-Seine avec Philomène dite Fanchon Péjoux. Elle est née le 30 octobre 1902 à Ydres (Cantal), décédée le 20 janvier 1985 à Neuilly (Hauts-de-Seine).
Le couple a deux filles, Renée et Pierrette. La famille habite au 137, rue Faidherbe à Vitry. En 1928, il s’inscrit sur le listes électorales de Vitry, domicilié au 1, rue Rachel. En 1929, la famille a déménagé au 74, rue Eugène Delacroix à Draveil (Essonne).
Pierre Taillade, est métallurgiste de formation (serrurerie, ferronnerie). Il devient cantonnier municipal, puis contremaître sapeur-pompier municipal après son installation à Draveil.
Secrétaire de la cellule « Danton » du Parti communiste de Draveil, il est secrétaire adjoint de la section communiste à la fin des années 1930.

Evacuation de la « prison militaire » de Paris. La « colonne de Cépoy »

Pierre Taillade est arrêté le 30 décembre 1939 «pour reconstitution de ligue dissoute» (en l’occurence le Parti communiste).
II est 
écroué à la Maison d’arrêt de la Santé en attente de comparution devant le tribunal militaire de Paris. Il est suspendu de son emploi municipal.
En juin 1940, 584 détenus « politiques » composent à près de 47 % les effectifs de la « prison militaire de Paris » (les prisons de la Santé et du Cherche-Midi).  La Prison militaire de Paris est évacuée sous escorte armée entre le 10 et le 12 juin 1940, sur ordre de Georges Mandel, ministre de l’Intérieur. Ils sont 1865 au départ de Paris. Le repli  a pour but de transférer les détenus dangereux » de la « prison militaire de Paris » au camp de Gurs (arrondissement d’Oloron) puis à Mauzac. Ils sont évacués par autobus de la TCRP, le 11 juin 1940. A Orléans, les gardiens du convoi apprennent que la maison d’arrêt est bondée ; le convoi repart donc jusqu’au camp des Grouës, proche de la gare des Aubrais, où 825 prisonniers, dont Pierre Taillade, sont débarqués. Prisonniers et gardiens y resteront quatre jours, du 11 au 15 juin harcelés par les bombardements allemands au cours desquels plusieurs détenus s’évadent (…) Le 15 juin, tout le monde repart. Mais cette fois, plus question d’autobus, le transfert se fera à pied et de nuit. Ils rejoignent le lendemain à Jouy-le-Potier des camions qui les conduisent à la base aérienne 127 d’Avord, près de Bourges. Ils y retrouvent un autre groupe d’Ile de France venu du camp de Cépoy, près de Montargis (Loiret). (…). Gardiens et détenus n’y restent que quelques heures, puis repartent en autobus jusqu’à Bordeaux, Mont-de-Marsan, Orthez et Gurs. Ils arrivent au camp en deux groupes, les 21 et 23 juin. Certains y resteront plusieurs mois, jusqu’au début de l’hiver (in © Amicale du camp de Gurs).
C’est pendant les bombardements ou le transfert à pied (11 au 15 juin), que Pierre Taillade s’évade, comme d’autres détenus. (L’histoire du camp de Gurs, in © Amicale du camp de Gurs).

Le département de la Seine-et-Oise (une partie constituera l’Essonne le 1er  janvier 1968) est occupé malgré la résistance acharnée du 19e régiment de tirailleurs algériens sous les ordres du colonel Chartier, qui ne capitulera – faute de munitions – que le 16 juin. Le 14 juin, l’armée allemande est entrée par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Revenu à Draveil, il reprend son métier de serrurier et ses activités clandestines. Le 25 juillet 1940 il est pris en flagrant délit de distribution de L’Humanité clandestine sur la place de la mairie de Draveil. Mais la procédure judiciaire engagée n’aboutit pas faute de preuves (les tracts ont été égarés).

Certificat d’appartenance à la Résistance (collection Pierrette Brunet-Taillade,  in «Caractères draveillois – Résistance et création» :http://draveil-resistance.com

Le 24 novembre 1940, le préfet de Seine-et-Oise, Marc Chevallier, signe un arrêté ordonnant l’assignation à résidence sur le territoire de leur commune de domicile de 1097 « individus dangereux pour la Défense nationale et la sécurité publique », dont Pierre Taillade. Le même jour, le
commissaire de police de Montgeron remplit un nouveau formulaire : « Sera appréhendé et conduit au camp d’Aincourt à la suite de distribution de tracts communistes sur le territoire de la commune de Draveil ».

Pierre Taillade est de nouveau arrêté à Draveil le 6 décembre 1940 par la police française (commissariat de Montgeron). Il est interné par arrêté du Préfet le 8 décembre 1940 au camp d’Aincourt, en Seine-et-Oise, ouvert spécialement, le 5 octobre 1940 pour y enfermer les militants arrêtés (Lire dans le site Le camp d’Aincourt).

«Il est transféré à Compiègne en juin 1941 pour avoir participé aux incidents contre les partisans de Gitton» (Maitron), (note 1) comme Léon Tartasse, de Paray-Vieille-Poste. En effet, il fait partie du groupe de 88 internés d’Aincourt qui est transféré, à la demande des autorités allemandes, 27 juin 1941 au camp allemand de Royallieu de Compiègne (le Frontstallag 122). Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les
wagons de la Déportation
Pierre Taillade est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » (1170 déportés immatriculés à Auschwitz dans la série des
matricules « 45.000 » et « 46.000 », d’où le nom « convoi
des 45000″ que les rescapés se sont donné). Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes dela CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats dela Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit
des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz
6-8 juillet 1942.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 46124 ». Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
A Auschwitz, il est affecté à la «Schlosserei» (Serrurerie). «Taillade travaillait à la serrurerie d’art et avait magistralement forgé un éléphant. Pour ce chef d’œuvre, il eut la protection de l’Oberkapo ; par rapport à nous il mangeait bien, mais interné depuis 1939, ayant traîné dans les cellules et les prisons de la IIIe République, il était atteint de tuberculose (…) le moral fut atteint et la maladie l’emporta » (Raymond Montégut).

Pierre Taillade meurt à Auschwitz le 27 avril 1943, d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page page 1235). Son certificat d’état civil établi en France après la Libération porte toujours la mention «vers le 15 avril 1943 à Auschwitz (Pologne)». Il est dommage que le ministère n’ait pas corrigé cette date imprécise à l’occasion de l’inscription de la mention « mort en déportation » sur son acte de décès (Journal officiel du 28 octobre 1999). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l’ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.

Pierre Taillade a été homologué «Déporté politique» en 1955. Il est homologué à titre posthume comme Sergent dans la Résistance Intérieure Française au titre du Front National (de Lutte pour la Libération et l’Indépendance de la France), ses services dans la Résistance étant reconnus à partir de 1940(homologation : GR 16 P 560795, au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance.

  • Note 1 : Gitton secrétaire à l’organisation rompt avec le Parti communiste à la signature du Pacte germano soviétique. Il crée le POPF, proche de la «Révolution nationale». «Il voulait rassembler les dissidents communistes autour de lui et se fixa comme une priorité absolue la libération d’un maximum d’internés après, s’entend, les avoir récupérés. (…) Quant au directeur du camp d’Aincourt il comprit le parti qu’il pouvait en tirer. En février 1941 il recevait dans son bureau les amis (internés) de «Gitton, Clamamus, Doriot» et entretint des contacts réguliers avec Gitton et Capron. Avant juin 1941, il fut relayé par la presse parisienne visant la clientèle anciennement communiste, ainsi de La France au travail et du Cri du peuple qui lancèrent une campagne pour la libération des internés. Le POPF suscita ainsi, avec le soutien du chef de camp, une véritable dissidence parmi les internés d’Aincourt. Effectivement, les tensions furent très importantes au sein du camp et les nombreux indicateurs permirent de démanteler trois directions communistes clandestines.(…) Le résultat était là : selon un rapport en forme de bilan, le chef d’Aincourt estimait, en février 1942, à quelque 150 le nombre de membres du POPF, soit 13 % des internés passés par le camp. En outre, la moitié des signataires de la première «Lettre ouverte aux ouvriers communistes» du POPF et le cinquième de la seconde étaient des anciens du camp. On mesure l’ampleur de la fracture, même si les déclarations de reniement méritent d’être nuancées à l’aune du marché implicite. En fait, la libération obtenue au prix d’un reniement officiel et du soutien des gittonistes ne déboucha que pour une petite minorité sur un engagement au sein du POPF ». (Denis Peschanski, in La France des camps, p. 515 à 517).

Sources

  • M. Plouger, ADIRP Essonne (octobre 1991).
  • Raymond Montégut, «Arbeit Macht Frei» page 233.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition papier, Tome 42, p. 17 et version électronique.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. «Premier camp d’internement des communistes en zone occupée», Dir. C. Delporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités
  • Echange de courriels avec Martine Garcin (septembre 2005) animatrice du site Caractères draveillois – Résistance et création.
  • Biographie et photo d’Auguste Taillade in site Internet «Caractères draveillois – Résistance et création» :http://draveil-resistance.com
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site  Légifrance
  • © Site Memorial and Museum Auschwitz-Bikenau www.auschwitz.org.pl
  • © Site des archives en ligne de Paris, état civil.

Notice biographique rédigée en août 2011, complétée en 2018 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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