Emile Billoquet © Ville d’Oissel D.r.
fiche d’otage d’Emile Billoquet

Matricule « 46.218 » à Auschwitz

Emile Billoque: né en 1908 à Oissel (Seine-Inférieure /Seine-Maritime), où il est domicilié ; ajusteur, serrurier SNCF ; communiste ; arrêté comme otage le 21 octobre 1941 ;  écroué à Rouen ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 15 septembre 1942.

Emile Billoquet est né le 13 novembre 1908 à Oissel (Seine-Inférieure /Seine-Maritime), il habite au 53, quai d’Elbeuf ou au 5, Grande rue de l’Église à Oissel au moment de son arrestation (la première adresse correspond à la liste de la Feldkommandantur 517, datée du 29 octobre 1941, la seconde à sa fiche d’otage datée du 25 février 1942).
Il est le fils de Louise Lebourg, 30 ans et de Georges Billoquet, 33 ans, frappeur (forgeron associé au riveteur) à la Compagnie des Chemins de fer de l’Ouest, son époux.
Emile Billoquet est déclaré pupille de la Nation (14 mars 1923) : son père, affecté spécial aux chemins de fer pendant la guerre est décédé le 19 mars 1916.
Si l’on se réfère à la photo publiée par le site de la ville d’Oissel, Emile Billoquet est vraisemblablement membre d’une harmonie locale.
Emile Billoquet, d’abord ajusteur « dépôts »  est nommé ajusteur « ateliers » (publication au JO du 6 septembre 1931), et travaille comme serrurier aux ateliers SNCF de Sotteville-Quatre Mares à Sotteville-lès-Rouen.
Le 8 août 1931 à Oissel, il épouse Noëlie, Clémence, Augusta Brémond. Elle est née le 25 décembre 1911 à Trans-en-Provence (Var). Elle est décédée le 9 novembre 2002 à Draguignan (Var). Le couple n’a pas d’enfant (spécifié dans sa fiche d’otage « kinder : ohne« .
Emile Billoquet est «connu depuis longtemps comme communiste actif par la police française et membre des «Amis de l’URSS» mentionne sa fiche d’otage établie le 25 février 1942 par le SD (Sicherheisdienst, Service de Sécurité).

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…). Dès le 31 août 1940 les Allemands arrêtent des otages au Trait et à Duclair à la suite de sabotages de lignes téléphoniques.
A partir de janvier 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes.
Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Emile Billoquet otage « déportable »

Pendant l’Occupation, «des groupes de résistants s’organisent à Oissel et à Saint-Etienne-du-Rouvray (…). La répression est sévère. Elle touche en premier les militants communistes. Les arrestations sont nombreuses (…) Ainsi Emile Billoquet, Maurice Revert, Gérard Marti, cheminots, Henri Pinot, Charles Drouet, Gustave Lecomte, ouvriers aux établissements Commentry, Maurice Leverger, Gustave Fouache, Victor Malo, M. Vadelorge comme René Serian, comme Mme Lebourg qui faisait partie des « amis de l’URSS » et qui fut internée à Drancy » (in site http://www.ville-oissel.fr/pages/histoire_rues.htm).

Emile Billoquet est arrêté à Oissel le 21 octobre 1941 comme « membre du Parti communiste ». Emile Billoquet est «connu depuis longtemps comme communiste actif par la police française et membre des «Amis de l’URSS» mentionne sa fiche d’otage établie le 25 février 1942 par le SD (Sicherheisdienst, Service de Sécurité).

Son arrestation a lieu dans le cadre de la rafle qui touche une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure et qui fait suite au sabotage (le 19 octobre), de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly). Lire dans le site Le « brûlot » de Rouen.

Emile Billoquet otage « fusillable »

Le 9 octobre 1941, la Feldkommandantur 517 de Rouen envoie au Commandant militaire de la région A (Saint Germain-en-Laye) une liste de 26 communistes «fusillables». Le nom d’Emile Billoquet y figure. Onze d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Ecroués à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 19 et le 30 octobre 1941. Le 29 octobre 1941, la Feldkommandantur 517envoie au commandement militaire de la région A (Saint
Germain-en-Laye) une liste de 26 otages (pouvant être fusillés), spécifiant
qu’il convient de séparer communistes et gaullistes. Le nom d’Emile Billoquet y figure (CDJC XLIII-66, document ci-dessus). Onze d’entre eux seront déportés
à Auschwitz.

Le 8 décembre 1941, en réponse aux demandes du Haut commandement militaire dans le but de former un convoi de 500 personnes vers l’Est,la Feldkommandantur517 de Rouen établit une liste de 28 communistes : «actuellement au camp de Compiègne et pour lesquels est proposé un convoi vers l’Est.Cette liste a été complétée de quelques personnes arrêtées à la suite de l’attentat du Havre du 7 décembre 1941».

A Compiègne, Emile Billoquet est affecté au bâtiment A2, chambre 8. Plusieurs internés de cette chambrée seront déportés à Auschwitz avec
lui.

Menu de Noël 1941 d’Emile Billoquet à Compiègne

Sur le « menu » de Noël 1941 conservé par la famille d’Albert Vallet, menu d’un repas fraternel
organisé avec les pauvres colis reçus, on reconnait les noms ou signatures d’Emile Billoquet (à la commission d’organisation), Jean Binard, Emile Bouchacourt, Marcel Le Dret, tous déportés dans le convoi du 6 juillet 1942. Ursin Scheid est fusillé le 10 mai 1942 à Compiègne.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Lire également dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Le 6 juillet 1942, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Emile Billoquet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. 

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 46218 » selon la liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi les 524 que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Emile Billoquet meurt à Auschwitz le 15 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 92).
Il est déclaré « Mort pour la France » le 18 juillet 1947.
Par un arrêté paru au Journal Officiel du 12 mai  1948, Emile Billoquet est homologué « sous-lieutenant » au titre du Réseau Résistance Fer », avec prise de rang au 1er novembre 1942.

France URSS 1947 in l’Avenir Normand

Le 2 avril 1947, l’association France-URSS d’Oissel commémore sa mémoire au cours de son assemblée générale annuelle (L’avenir Normand du 2 avril 1947).

L’Avenir Normand du 7 décembre 1947

Le 9 décembre 1947, à l’occasion de la cérémonie du retour et de l’inhumation du corps de Gustave Lecomte, fusillé par les allemands le 9 mai 1942 à Compiègne, un hommage solennel a été rendu aux patriotes d’Oissel morts dans les bagnes nazis. Parmi les six noms cités, deux « 45.000 » : Emile Billoquet et Gérard Marti. Et ecux de Maurice Revert, Philippe-Charles Drouet, Gustave Fouache, Victor Malo.

Une rue d’Oissel porte son nom

Une petite rue d’Oissel, derrière l’église, porte son nom, qui est inscrit sur la plaque commémorative dans le hall de la gare de Rouen «A la mémoire des cheminots du centre de Rouen morts par faits de guerre, fusillés ou morts en déportation – 1939-1945».

Mémorial PCF Rouen ©Thierry Prunier / Mémorial Genweb

Son nom est également honoré sur le monument installé dans la cour de la fédération du PCF de Seine Maritime (33, place Général de Gaulle, Rouen) : avec ce poème de Paul Éluard (Enterrar y callar) qui accompagne les noms de 218 martyrs « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l’ESPOIR et le Désespoir ».

Sources

  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Archives municipales d’Oissel, 1er juin 1992.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Liste d’otages, traduction de Mme Lucienne Netter, professeur au lycée Jules Ferry, Paris (1988).
  • Fiche d’otage et listes allemandes : XLV-48, XLIV- 198, CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine).
  • © Photo d’Emile Billoquet in site de la ville d’Oissel.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb. Relevé de la plaque commémorative de la gare de Rouen, Daniel Robbe.
  • © SiteInternet «Rail et mémoire».
  • ©
    Menu d’Albert Vallet : courriel de son arrière petit-fils, Didier Rivière
    (19/12/2012).

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000
pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire vive » sur
les “45000”
et les “31000”
de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2011, 2017 et 2018. Docteur en Histoire,
auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 »,
Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille
otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000
 »,
éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références
(auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation
totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous
pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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