Matricule « 45.457 » à Auschwitz

Fernand Deperrois : né en 1896 à Bolbec (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; domicilié à Caudebec-lès-Elbeuf ; manœuvre, maréchal-ferrant, forgeron, bucheron ; arrêté le 21 janvier 1942 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 19 octobre 1942.

Fernand (1) Deperrois est né le 13 mars 1896 à Bolbec (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). Il habite au, 6 rue Léon Gambetta à Caudebec-lès-Elbeuf au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Pauline, Léocadie Fouache, 26 ans, bobineuse et d’Achille, Constant, Adrien Déperrois, 35 ans, ouvrier de fabrique, son époux. Ses parents habitent au 10 rue de Tous-vents à Bolbec.
Selon sa fiche matricule militaire, Fernand Deperrois mesure 1m 63, a les cheveux châtain foncé, les yeux roux foncé, le front large, le nez rectiligne et le visage large. Il a un niveau d’instruction « n° 2 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter). Au moment du conseil de révision, il travaille comme maréchal-ferrant, puis comme bûcheron, puis comme forgeron à Ecaquelon (Eure) à 32 km de Rouen.
Fernand Deperrois est le « fils aîné d’une veuve cultivatrice » (registre matricule).
Conscrit de la classe 1916, il est mobilisé au début 1915 par anticipation, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est  incorporé au 7ème Régiment de chasseurs le 11 avril 1915. Il « passe » au 43ème Régiment d’artillerie le 12 août 1916 et le 22 août au 55ème Régiment d’artillerie de campagne. Le 12 juin 1917, il est « évacué blessé ». Soigné, il rentre au dépôt le 1er septembre 1917.

Croix de guerre

Fernand Deperrois est cité à l’ordre du régiment (O/J n° 28 de juillet 1917) : « Bon canonnier, courageux. A été, le 12 juin 1917, légèrement commotionné par l’explosion d’un obus pendant un tir d’artillerie de tranchée (3), appuyant un coup de main » Il est décoré
de la Croix de guerre.
Fernand Deperrois est affecté à l’armée d’Orient le 11 décembre 1917 avec le 1er Régiment d’infanterie coloniale. Il « passe » au 14ème Régiment d’artillerie en janvier 1918, et rentre en France le 15 décembre 1918.
Il est démobilisé le 4 septembre 1919 à Rouen et « se retire » à Ecaquelon. Il sera affecté pour la Réserve de l’armée dans des groupes de repérage et compagnie d’artillerie.
En 1927, il est encore domicilié à Ecaquelon, au hameau « La Bocherie ».
En mars 1928, il a déménagé au 2 rue Léveillé à Elbeuf. A plusieurs reprises (1930, 1932, 1933), il est condamné à de courtes peines d’emprisonnement et amendes pour « chasse sans permis »…
En juillet 1934, il habite à Pont-de-l’Arche (Eure). Ils ont déménagé en 1936. Il est marié avec Léonie Benner, le couple a quatre enfants (2).
En 1938, il vient habiter Caudebec-les-Elbeuf, au 6 rue Léon Gambetta. Il y est maréchal-ferrant.
En 1939, il est manœuvre.
Après la déclaration de guerre (décret de mobilisation générale du 2 septembre 1939), il est « rappelé à l’activité » militaire avec sa classe (la 1916) le 2 mars 1940. Mais, père de 4 enfants, il est replacé dans la dernière classe de mobilisation (la 1908), et il est « renvoyé dans ses foyers » muni d’un « fascicule Z » (homme dont l’utilisation n’est pas prévue), le 19 mai 1940.

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).
A partir de l’année 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état
civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Fernand Déperrois est arrêté le 21 janvier 1942 à Elbeuf. Cette arrestation fait suite à l’attentat du 21 janvier 1942 à Elbeuf (près de Rouen) : un caporal de la Wehrmacht est tué par balles.
En représailles, le chef de la région militaire A ordonne l’exécution d’otages (avis ci-contre). 9 otages sont exécutés (10 ont été annoncés) et des militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont raflés comme otages les 21 et 22 janvier. Nous n’avons aucune indication concernant les motifs de l’arrestation de Fernand Deperrois et s’il est présumé communiste par la police (toutefois, son nom ne figure pas sur le mémorial installé dans la cour de la fédération du PCF de Seine Maritime (33, place Général de Gaulle, Rouen).

Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne,  Fernand Deperrois est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Fernand Déperrois est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45457» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi les 524 que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Il meurt à Auschwitz le 19 octobre 1942 d’après le registre d’état civil du camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 221). Il n’y a pas eu de demande d’homologation au titre de «Déporté politique» d’après le DAVCC.

  • Note 1 : C’est par erreur qu’il est prénommé Ferdinand sur le site de la Fondation pour la mémoire de la Déportation. Son prénom est bien Fernand, Henri. © Etat civil en ligne de Bolbec. 1896, cote 4E 12941, vue 22/115.
  • Note 2 : Son acte d’état civil à Bolbec ne fait pas mention d’un mariage. Toutefois, il est possible qu’il se soit marié dans l’Eure (où il est domicilié jusqu’en 1928) et que la mairie n’ait pas transmis l’information à la commune de son lieu de naissance.
  • Note 2 : « L’Artillerie de tranchée », est la réponse du commandement militaire pour effectuer des tirs de destruction des abris contre lesquels le canon de 75 à trajectoire tendue est inadapté depuis la stabilisation du front. Elle utilise des mortiers, des « crapouillots » positionnés dans les tranchées (forum 14/18).

Sources

  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil du camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en janvier 1992.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Division des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Archives en ligne de Seine-Maritime. Etat civil.
  • Registres matricules militaires.

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.