Marcel Gohé © Jaky Gohé DR
Marcel Gohé le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 45615 » à Auschwitz

Marcel Gohé : né en 1892 à Condé-sur-Noireau (Calvados) ; domicilié à Darnétal (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; manutentionnaire ; présumé communiste ; arrêté le 22 octobre 1941 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 22 octobre 1942.

Marcel Gohé est né le 11 février 1892 à Condé-sur-Noireau (Calvados). Il est domicilié à Darnétal (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au 16, rue de Préaux au moment de son arrestation.
Marcel Gohé est le fils de Céline Poix, 35 ans, femme de ménage, et de Ferdinand Gohé, 35 ans teinturier, son époux. Il a trois frères aînés, Julien Léon, né le 16 juin 1875, Georges, né en 1880 et Robert, né le 1er  avril 1889.
Le 19 décembre 1897, leur père, contremaître en teinturerie, décède à Bernay (Eure) au 13, rue de la Poissonnerie, où est logée la famille.
Conscrit de la classe 1912, Marcel Gohé est exempté de service militaire en 1913 pour «défaut de taille» (il mesure 1 m 49). Il ne sera pas mobilisé lors de la mobilisation générale de 1914, et le 3 avril 1917, la commission de réforme de la Seine-Inférieure le maintien exempté pour « faiblesse générale ». Marcel Gohé habite à Saint-Léger-du-Bourg-Denis (Seine-Inférieure / Seine-Maritime).

Marcel et Henriette Gohé

Le 8 mars 1913 il épouse Henriette Plaisant à la mairie de Saint-Léger du Bourg-Denis. Elle y née le 24 septembre 1891. Le couple a deux filles et deux fils : Henriette, née en 1914, Marcel  né en 1917, et Raymonde, née en 1919, Rémy né en 1924.
Le même 8 mars 1913, à la même mairie de Saint-Léger du Bourg-Denis, son frère Robert épouse Germaine Henriette Plaisant, née le 17 janvier 1890, la sœur aînée d’Henriette.

En 1921, les Gohé habitent au 42, rue du Vert Buisson à Saint-Léger-du-Bourg-Denis : Marcel, son épouse Henriette et leurs 3 enfants Henriette, Marcel et Raymond. Marcel Gohé est indiqué sur le registre du recensement comme métallurgiste à la Chaudronnerie du Nord. Au numéro 40 de la même rue du Vert Buisson, habite son frère Robert, ouvrier teinturier chez Blondel, son épouse, tisseuse chez Aubin et leurs deux enfants, Germaine et Robert. En 1926 Marcel Gohé vient habiter avec sa femme et leurs 4 enfants au n° 1907 devenu n° 16, rue de Préaux à Darnétal (Seine-inférieure / Seine-Maritime). Il est devenu teinturier chez Blondel, où travaille son frère et Henriette son épouse est devenue tisseuse dans l’usine de tissage mécanique Aubin, où travaille sa belle-sœur. Le registre de 1931 est manquant.
En 1936, Marcel Gohé et son fils Marcel travaillent comme manutentionnaires d’entretien à la Réglisserie Risser, Gundill et Lévy. Ses filles Henriette et Raymonde sont tisseuses chez Aubin. Selon un de ses fils, Rémy né en 1924, il n’est pas communiste, mais est un résistant.

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).
A partir de l’année 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Marcel Gohé est arrêté le 20 octobre (selon Paul Le Goupil) ou le 22 octobre 1941 (fiche au DAVCC), « comme communiste». Marcel Genvrin, habitant lui aussi Darnétal et qui sera déporté avec lui, est arrêté le 21 octobre. Ces arrestations sont ordonnées par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly)
Lire dans le siye Le « brûlot » de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et le 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. Trente neuf d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Marcel Gohé est interné à Compiègne le 25 octobre 1941. A Compiègne, il reçoit le numéro matricule 2008.
Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne,  Marcel Gohé est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Il est immatriculé à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule «45615 ».
Son petit fils a reconnu son visage dans la photo d’immatriculation du déporté « 45.615 » que nous avons donc validée.

Sa photo d’immatriculation (2) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Lire dans le site, La journée-type d’un déporté d’Auschwitz

Marcel Gohé meurt à Birkenau, le 22 octobre 1942 d’après le registre d’état civil du camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 358).
Il a été déclaré «Mort pour la France» et le titre de «Déporté politique» lui a été attribué.

Par un arrêté de 1950 paru au Journal Officiel du 24 mai 1950, il est homologué « sous-lieutenant » à titre posthume, au titre de la Résistance intérieure française, avec prise de rang au 19 octobre 1941.

La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 8 décembre 1993.
Son nom figure sur la plaque commémorative inaugurée pour le 40ème anniversaire de la Libération des Camps, qui a été apposée sur le mur de la mairie de Darnétal.
Son nom est également inscrit sur la stèle commémorative dans le cimetière communal de la ville.

Son beau-frère, Charles Plaisant, déporté à Sachsenhausen dans le convoi du 24 janvier 1943, est mort pendant les évacuations en 1945.

  • Note 1 : 524 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Courrier du maire de Darnétal, J.C. Pezler, le 5 mai 1992.
  • Entretien téléphonique avec Rémy Gohé, ancien résistant, ancien combattant 1939-1945, ancien du 7ème bataillon de marche de Normandie (le 12 juin 1992). Il est décédé le 22 décembre 2009.
  • Remerciements à son petit fils, Jacky Gohé, fils de Rémy Gohé, qui a reconnu le visage de son grand père dans la photo d’immatriculation à Auschwitz (juillet 2012) et qui m’a envoyé la photo de ses grands parents.
  • Courrier de Paul Le Goupil, instituteur à Valcanville (Manche). Résistant, il est arrêté le 13 avril 1943. Il sera déporté à Auschwitz. Auteur de « La route des crématoires » aux éditions « L’Amitié par le Livre« .
  • Témoignages de Lucien Penner, Henri Peiffer, Eugène Garnier.
  • © Archives en ligne du Calvados, Condé-sur-Noireau.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en janvier 1992.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb (relevé Jean Mamez).
  • Archives en ligne de Seine-Maritime, recensements de 1921, 1926 et 1936.

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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