© Charles Pieters,
Robert Le Franc : né en 1898 à Rouen (Seine-Inférieure / Seine-Maritime; domicilié à Dieppe (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; ouvrier horloger, ajusteur ; syndicaliste CGTU, puis CGT ; militant communiste ; conseiller municipal ; Arrêté une première fois, fin septembre 1940 ; arrêté le juillet 1941 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 9 octobre 1942.

Robert Le Franc est né le 27 juin 1898 à Rouen (Seine-Maritime), il habite au 84, rue d’Ecosse à Dieppe (Seine-Inférieure / Seine Maritime) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Clémence Cavoret, 25 ans, employée des PTT et de Vincent, Paterne Le Franc, 29 ans, employé au tramway, son époux. Ses parents habitent au 104, rue Lafayette à Rouen.

Son frère Jacques Le Franc © Alain Le Franc

Il a un frère cadet, Jacques, né le 14 novembre 1900 à Rouen , qui sera instituteur (il est décédé en 1953).
Robert Le Franc est d’abord embauché comme matelot pour l’armateur Blanmagesais, 43, rue Fontanelle à Rouen.
Conscrit de la classe 1918,  Robert Le Franc est mobilisé pendant la guerre par anticipation en 1917, comme tous les conscrits de sa classe. Il est incorporé le 17 avril 1917. Il arrive au 1er dépôt des équipages de la flotte le 20 comme matelot de  3ème classe. Il est apprenti marin sans spécialité (16 avril 1917).
Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m74, qu’il a les yeux gris et les cheveux châtain et qu’il possède un niveau d’instruction classé 3 (possède une instruction primaire développée). Après trois années de service, il est renvoyé dans ses foyers le 16 avril 1920. Classé dans la Réserve au titre des équipages de la flotte, il est versé dans la réserve de l’armée de terre en 1931.
Il « se retire » au Bout d’Amont à Saint-Nicolas d’Aliermont.

Le 20 septembre 1920, à Saint-Nicolas-d’Aliermont, il épouse Denise, Marthe, Lucienne Decaux, horlogère à l’usine de la Société Duverdrey et Bloquel, et militante communiste. Le couple a un fils, Gabriel né en 1922.

Robert Le Franc est lui aussi dans l’horlogerie comme le père de son épouse. Il travaille comme ajusteur dans une usine d’horlogerie à Saint-Nicolas-d’Aliermont à 12 km de Dieppe, à l’usine Couaillet frères, haut lieu du savoir-faire horloger de précision du début du 18ème siècle à nos jours. Du printemps 1926 et jusqu’en mars 1938, ils habitent le quartier du Bout-d’Amont à Saint-Nicolas.
« Robert Le Franc adhéra au parti communiste en 1922, et fut licencié des usines de Saint-Nicolas-d’Aliermont à la suite des grandes grèves de 1926. Tout en continuant d’y habiter, il trouva du travail comme ajusteur aux Chantiers de la Manche à Dieppe, où il se rendait tous les matins en prenant le train à la gare de Saint-Aubin-le-Cauf. Syndiqué au syndicat unitaire des métaux de Dieppe, qui devint le syndicat CGT en janvier 1936, il devint secrétaire adjoint du syndicat, dont Robert Hertel était le secrétaire. Il participa en première ligne aux grèves de juin, qui démarra dans son entreprise le 9 juin. Il participa à la délégation qui négocia et signa l’accord collectif, et le travail reprit le 15 juin. Dans sa profession de foi électorale de 1937 il déclara « avoir subit la répression patronale pour avoir animé les grèves de juin 1936 et février 1937. » ‘Le Maitron).

1936. l’UL CGT de Dieppe manifeste

Il est secrétaire du syndicat CGT des métaux de Dieppe.

Robert Le Franc  membre du Parti communiste, depuis 1922, est élu conseiller municipal de Saint-Nicolas-d’Aliermont, en mai 1935.

« En 1935, conduisit une liste intitulée pour la défense des libertés et intérêts ouvriers » aux élections municipale de Saint-Nicolas-d’Aliermont et fut élu conseiller municipal. En 1937, il fut candidat du parti communiste aux élections cantonales, dans le canton d’Envermeu (Seine-Inférieure).  Licencié des chantier de construction navale Corue, et placé sur la liste noire dans la région dieppoise, il travailla pendant un dizaine de mois avant la guerre aux Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime, chantier naval installé au Trait (Seine-Inférieure Seine-Maritime. Il logea alors à Duclair, peut-être chez sa mère, alors veuve, domiciliée Route de Rouen, et rentrait chaque fin de semaine à son domicile de Dieppe. La police de Duclair ne constate aucune activité politique de sa part« .  (Le Maitron).

L’Avenir Normand du 1er octobre 1937

En  octobre 1937, il est le candidat du Parti communiste aux élections cantonales pour le canton d’Envermeu, « seul candidat qui se réclame du Front populaire antifasciste » (Avenir Normand du 1er octobre 1937).
« Il obtint 524 voix et 21,39% des exprimés, devant le candidat SFIO qui obtint 7,39%, le candidat réactionnaire étant élu dès le premier tour avec 70% des voix » (Le Maitron).

Il a été classé par l’armée au titre de la Réserve comme « Affecté spécial » en 1938. Au moment de la mobilisation générale, il reste donc à son poste de travail aux Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime.
Il vient habiter Dieppe au 84, rue d’Ecosse le 20 juin 1939.
Mais il est rayé de l’Affectation spéciale par mesure disciplinaire (Décret ministériel 6661/2 du 8 mars 1940) et dirigé sur le dépôt d’infanterie n°33 de Cherbourg. Il y arrive le 15 mars 1940.
« Le 4 mai 1940, il fut déchu de son mandant de conseiller municipal de Saint-Nicolas-d’Aliermont par un arrêté du Conseil interdépartemental de préfecture, siégeant à Rouen, en même temps qu’Adrien Lemercier qui avait été élu sur la même liste que lui« . Le Maitron.

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).
A partir de l’année 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Pendant l’Occupation,  il est arrêté en raison de ses activités politiques passées. « Arrêté une première fois, vers la fin septembre 1940, avec Charles Delaby, secrétaire du syndicat des marins, Jules Mettay, secrétaire du syndicat des produits chimique, de Robert Arpajou, secrétaire du syndicat des cheminots, Joseph Hertel, secrétaire de l’Union locale des métaux, de Marcel Dufriche, secrétaire de l’union locale CGT, secrétaire des dockers » (Le Maitron).
Il est arrêté à nouveau le 17 juillet 1941, dans la même période que Jacques Delestre , Gilbert Deloison, docker de Dieppe, Abélard Ducrocq, employé SNCF et avant-guerre secrétaire de l’Union locale CGT d’Eu-Le-Tréport.
Après avoir été écroué dans les cachots du Palais de justice de Rouen, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). En comparant son numéro d’immatriculation à Compiègne (matricule 1402) avec celui des militants communistes de Dieppe et d’Eu portant des numéros voisins (Arpajou (1) matricule 1439, Delestre matricule 1440 et Ducroc matricule 1404), on peut considérer qu’il a probablement été arrêté entre le 26 juin et le 17 juillet 1941.
A Compiègne, il est affecté au bâtiment 8, chambre 10. Selon René Maquenhen, il fait popotte commune (partage de la nourriture et des colis) avec lui, René Doury, de Petit-Quevilly, et Gillot, de basse Charente.
Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne,  Robert Le Franc est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Les barbelés d’Auschwitz © Claudine Cardon-Hamet

On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «45765 ?» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».

Robert Le Franc meurt à Auschwitz, le 29 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 302 à « Franc Le, Robert »). L’acte de décès transmis le 7 mai 1947 par le ministère des anciens combattants à l’état civil de Dieppe porte la date du 9 octobre 1942. Lire dans le site l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans le «Death books» (qui correspond au registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz) et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz

A la Libération, la première réunion de l’Union locale des syndicats de Dieppe (le 16 octobre 1944) est placée sous la présidence d’honneur de Robert Arpajou, ancien secrétaire de l’UL, déporté et mort à Sachsenhausen. Joseph Hertel, lui-même interné pendant 38 mois (il est élu député en octobre 1945) rend hommage à Charles Delaby (des Marins), Jacques Delestre (des Dockers),  Robert Lefranc (des Métaux), Jules Mettay (des Produits chimiques).

Il a été déclaré «Mort pour la France» le 5 juin 1957. Son nom figure sur le monument aux morts (déportés, fusillés) de Dieppe. Une rue de Saint-Nicolas-d’Aliermont honore sa mémoire.

Mémorial du PCF à Rouen, Relevé Thierry Prunier.

Son nom est honoré sur le monument installé dans la cour de la fédération du PCF de Seine Maritime (33, place Général de Gaulle, Rouen) : avec ce poème de Paul Éluard (Enterrar y callar) « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l’ESPOIR et le Désespoir ».

  • Note 1 : Robert Arpajou, né le 29 juin 1886 à Maureillas (66). Secrétaire du syndicat CGT des cheminots de Dieppe. Il est arrêté le 26 juin à Dieppe. Il reçoit au camp de Compiègne le numéro 1439. Il est déporté à Sachsenhausen dans le convoi du 24 janvier 1943. Il y meurt le 6 avril de la même année.

Sources

  • Courrier et document photocopiés de © Charles Pieters, adjoint au maire de Dieppe, président de la FNDIRP envoyés à Roger Arnould (10 août 1979).
  • M. Henri Ayache, maire de Saint-Nicolas-d’Aliermont, lettre du 17 juin 1992 (acte de naissance et acte de décès).
  • Listes de déportés de Seine-Maritime établies à leur retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (page 125 et annexes).
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime (page 6).
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne», collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site internet «Le Fil rouge», Institut CGT d’Histoire sociale de Seine Maritime.
  • © Archives en ligne de Seine-Maritime. Etat civil et Registre matricule militaire.
  • Usines Couaillet ©Musée de l’Horlogerie de Saint-Nicolas d’Aliermont
  • Le Maitron en ligne, notice de Gilles Pichavant 2021.
  • Photo de Jacques Le Franc in Arbre généalogique de Alain Le Franc.

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

2 Commentaires

  1. Bonjour,
    Il est indiqué «  domicilié à Darnétal » je pense qu’il s’agit d’une erreur , Dieppe est plus vraisemblable.
    Merci beaucoup pour votre travail . Robert Le-Franc était mon arrière grand père . J’ai connu sa femme – mon arrière-grand-mère décédée en 1987 . Mon grand père Gabriel est décédé également.
    Je vais regarder si je trouve des éléments dans des courriers .
    Bien cordialement
    MD

    1. Oui bien sur, merci de votre courrier. C’est effectivement une erreur dans le résumé condensé. L’adresse à Dieppe étant correctement indiquée dans la notice. Cordialement. CCH .

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