Gaston Mallard
Gaston Maillard

Matricule « 45.820 » à Auschwitz

Gaston Mallard : né en 1909 à Bolbec (Seine Inférieure / Seine-Maritime) où il habite ; tréfileur ; délégué CGT, communiste ; arrêté le 12 juillet 1941 ; emprisonné à la prison Bonne Nouvelle de Rouen ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 10 août 1942.

Gaston Mallard est né le 5 janvier 1909 à Bolbec (Seine Inférieure / Seine-Maritime) où il habite au 174, rue Pierre Fouquet Lemaître au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie Ernestine Vatinet, et de Paul Alexandre Mallard, mouleur, son époux. Tous deux sont journaliers à sa naissance. Il a un frère cadet, Lucien, né en 1911 (1).
Il a reçu une instruction primaire.

L’usine TLH en 1938 © Le fil Rouge 76

Il est ouvrier métallurgiste à l’usine des Tréfileries et Laminoirs du Havre (T.L.H.) couramment appelée « les Tréfils« . Il en est délégué syndical CGT.

Gaston et Marguerite Mallard et leurs 4 enfants

En 1929, il a 20 ans et habite avec ses parents au 13, rue du Calvaire à Bolbec.
Gaston Mallard épouse Marguerite, Jeanne Belhache le 13 septembre 1929 à Bolbec.
Elle est née le 16 avril 1910 à Sausseuzemare-en-Caux  (Seine-Inférieure). Domiciliée au 11 rue de Boucherolles, elle travaille comme bambrocheuse (ouvrière en tissage chargée d’alimenter les bobines des métiers à tisser). Le couple a quatre enfants (photo ci-contre), deux garçons et deux filles âgé·es de 11 ans et demis, 10 ans, 8 et 6 ans au moment de l’arrestation de leur père.
Gaston Mallard effectue son service militaire (matricule 696) comme deuxième classe.
Il est membre du Parti communiste depuis 1928, « un pilier de la section de Bolbec« , il est gérant de la «Voix bolbécaise», et dirigeant CGT du syndicat des Métaux du Havre (l’Avenir Normand 1/08/1945).
«
Militant communiste et CGTU de Bolbec (Seine-Inférieure), avec son frère Lucien Mallard (1), il fit adhérer au Parti communiste Paul Belhache en 1933» (2) (Le Maitron).

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).
A partir de l’année 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état
civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Pendant l’Occupation, Gaston Mallard « assure la liaison de la section de Bolbec avec les responsables régionaux du Parti communiste clandestin. Toutes les nuits, il est dehors, risquant à chaque instant d’être arrêté«  © L’Avenir Normand (1/08/1945.

Le 12 juillet 1941, il est arrêté. Sa fille aînée, qui a assisté à l’arrestation, en a fait le récit aux élèves du collège de Bolbec réalisant un travail collectif (PAE).
Marie-Jeanne Piednoël, fille de Louis Daëns, déporté à Auschwitz, en a rapporté la teneur. «Gaston Mallard a été arrêté quelques jours avant mon père. Les gendarmes sont venus le chercher à son domicile. Il est allé prendre ses affaires qui se trouvaient à l’étage. Et là, il y avait une fenêtre qui donnait sur les bois, et par laquelle il aurait pu se sauver. C’était sans compter sur les gendarmes qui l’attendaient dans la cuisine et qui connaissaient bien ce chemin. Ils lui ont crié «ne fais pas le c.., pense à tes enfants». Alors Gaston a demandé à sa fille aînée de monter le voir. Il l’a embrassée et lui a dit tout bas « file chez M. Daëns, ils vont l’arrêter ». Elle est donc venue chez nous, mais ne trouvant personne et après avoir attendu un quart d’heure, elle est repartie. En arrivant place de la mairie, elle a vu son père entre deux gendarmes, les menottes aux poignets. Elle a écrit « C’est la dernière vision que j’ai de mon père, emmené comme un vulgaire bandit ».
D’autres responsables du syndicat CGT des Métaux, dont Louis Eudier, Eugène Thépot et Louis Richard, sont arrêtés le même jour que  lui.

Gaston Mallard est emprisonné à la prison Bonne Nouvelle de Rouen. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 24 octobre 1941 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Sa fiche au DAVCC mentionne «sur le point d’être fusillé en 1942».

A Compiègne, Gaston Mallard fait partie du nouveau petit groupe des « cuisiniers », avec Louis Eudier, Legal, Georges Terrier, Louis Morel, Louis Richard, Jean Tarnus, Louis Richard),groupe de militants de Seine-Inférieure désigné par Georges Cogniot (le «doyen» du camp pour les allemands, mais qui est également responsable de l’organisation communiste clandestine). Il s’agit d’avoir des hommes de confiance aux cuisines qui se trouvent à proximité du creusement du tunnel d’évasion, et qui ne risqueront pas d’en parler : lire dans le blog 22 juin 1942 : évasion de 19 internés .
Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne,  Gaston Mallard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45820 » selon la liste par matricule du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Gaston Mallard meurt à Auschwitz le 10 août 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 770, et liste officielle ACVG).

In l’Avenir Normand du 1er août 1945

La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 29 septembre 1994.

L’Avenir Normand lui rend hommage le premier août 1945.
Son nom est gravé sur le monument « Souviens-toi« , rue des Martyrs de la Résistance à Bolbec.

©Thierry Prunier / Mémorial Genweb

Son nom est désormais honoré depuis 2016 sur le Monument commémoratif de la Résistance et de la Déportation, dans les jardins de l’Hôtel de ville du Havre : « Le 29 avril 1990, l’urne contenant des cendres de nos héros et de nos martyrs morts en déportation a été transférée dans ce monument » : en effet, lors de la préparation de l’exposition « Les visages des martyrs » réalisée en 2015 par l’Union des Syndicats CGT Le Havre, les recherches ont mis à jour un ensemble de dossiers de déportés, fusillés et massacrés non inscrits au monument « Résistance-Déportation-Souviens-toi» du Havre.
Edouard Philippe, Maire du Havre et Député de Seine-Maritime, a souhaité que leurs noms soient inscrits au monument et honorés lors de la cérémonie organisée dans le cadre de la Journée Nationale d’Hommage aux Héros et Victimes de la Déportation, le 24 avril 2016. Parmi eux, neuf « 45.000 ».

Monument commémoratif PCF

Son nom est honoré sur le monument installé dans la cour de la fédération du PCF de Seine Maritime (33, place Général de Gaulle, Rouen) : « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l’ESPOIR et le Désespoir ». Relevé Thierry Prunier.

  • Note 1 : Lucien Mallard : Son frère cadet de deux ans. « Secrétaire de l’union locale CGTU puis CGT de Bolbec jusqu’en en 1936. Il mourut en 1939 d’un accident de moto » (Maitron). Il est également membre du bureau de la cellule du Parti communiste de Bolbec, qui compte une trentaine d’adhérents (fiche n° 211 de la Sûreté du Havre au sous-préfet. 25 janvier 1938).
  • Note 2 : Paul Belhache : Ouvrier du textile. Secrétaire de l’union locale CGTU puis CGT de Bolbec en 1936, puis de la Libération à 1977. Conseiller municipal de Bolbec de 1947 à 1959,  puis à partir de 1971, conseiller général communiste de 1976 à 1982, il conquit la municipalité de Bolbec en 1977 à la tête d’une liste d’union de la gauche et fut réélu maire en 1983. Il fit réaliser, en 1980, le monument des martyrs de la Résistance de Bolbec(Le Maitron). Cadet d’une famille de 5 enfants, Gaston Mallard, marié à Marguerite Belhache, sœur de Paul Belhache était son beau-frère (mél de Dominique Belhache son petit-fils, mai 2014).
  • Note 3 : René Bouffet, ancien préfet de Constantine, puis de la Manche est nommé préfet de Seine-inférieure le 4 septembre 1940 et préfet régional jusqu’en août 1942 avant d’être nommé préfet de la Seine jusqu’en août 1944.

Sources

  • « 30 ans de luttes« , brochure éditée par la Fédération de Seine-Maritime du PCF, en 1964, page 59.
  • Témoignage de Madame Marie-Jeanne Piednöel, fille de Louis Daens (8 février 1992).
  • Listes CGT et Louis Eudier page 125.
  • « L’Avenir du Havre » (article «Nos martyrs»
  • Photos de famille (mail de Dominique Belhache son petit-fils).
  • ACVG juin 1992. Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juin 1992.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Sitewww.mortsdanslescamps.com
  • Recherches et courriels de Jean Paul Nicolas,
    syndicaliste, collaborateur du Maitron (Dictionnaire biographique du
    mouvement ouvrier français) :fiche de renseignement de la Sûreté du Havre au sous-préfet. 25 janvier 1938.
  • ©Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés
    tatoués du convoi du 27 avril 1944.
  • © Musée d’Auschwitz Birkenau. L’entrée du camp d’Auschwitz 1.

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en
2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire
vive » sur les “45000”
et les “31000”
de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2017 et 2018. Docteur en Histoire,
auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 »,
Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille
otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000
 »,
éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références
(auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation
totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous
pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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