Ferdinand Thiault
Ferdinand Thiault à Auschwitz, le 8 juillet 1942

Matricule « 46.138 » à Auschwitz

Ferdinand Thiault : né en 1888 à Rueil-Malmaison (Seine / Hauts-de-Seine) ; domicilié à Déville-lès-Rouen (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; cuisinier pâtissier, wattman, bûcheron ; dirigeant du syndicat CGT des Métaux de Rouen, sympathisant communiste ; arrêté le 22 octobre 1941; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 17 septembre 1942. 

Ferdinand Thiault est né le 12 janvier 1888 à Rueil-Malmaison (Seine / Hauts-de-Seine). Il habite au 5, avenue Fauquet (un industriel du textile de Déville) à Déville-lès-Rouen (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Alexandrine Tisay, 31 ans, cuisinière et d’Urbain Thiault, 23 ans, jardinier, son époux. Ses parents habitent au 5 boulevard des Ormes à Rueil.
Selon sa fiche matricule militaire Ferdinand Thiault mesure 1m 70, a les cheveux et sourcils châtains, les yeux noirs, le front haut, nez droit et bouche petite, menton rond et visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire élevée).
Au moment du conseil de révision, il travaille comme cuisinier pâtissier à Sartrouville où il habite alors. Il sera wattman par la suite (conducteur de motrice électrique).
Conscrit de la classe 1908, Ferdinand Thiault devance l’appel et signe un engagement volontaire de 5 ans au titre des Equipages de la Flotte
le 28 février 1906 à la Mairie de Rochefort-sur-Mer. Il est incorporé au 4ème Dépôt des Equipage de la Flotte de Rochefort le même jour, comme apprenti marin. Le 14 avril 1907, il est nommé matelot de 3ème classe. Le 13 décembre il est transféré au 11ème régiment d’Infanterie coloniale à Saïgon. A partir de ce changement d’affectation en Indochine, il passera à plusieurs reprises devant le conseil de guerre pour des faits de rébellion, outrages envers supérieurs, qui lui vaudront plusieurs très lourdes condamnations (qui seront graciées ou amnistiées) et des affectations à des sections disciplinaires (au 123ème RI à la 6ème section spéciale de répression de l’Ile madame (section disciplinaire de Rochefort), au 173ème RI  (Sections spéciales de Calvi et Saint Florent, au 6ème RI (Section spéciale d’Alger).

Son registre matricule militaire mentionne qu’il est « en campagne militaire dans les théâtres extérieurs » du 4 juillet  au 17 septembre 1915 et du 18  mars 1916 au 2 juin 1921. Le 2 juin 1921, il est mis en congé illimité de démobilisation et « se retire » au 4, rue des Grandes Bordes, à Corbeil (Seine-et-Oise / Essonne).

Le 22 juillet 1922, Ferdinand Thiault épouse Laure Tassu à Sotteville-les-Rouen (Seine-Inférieure). Elle est née le 11 février 1901 à Ry (Seine-Inférieure / Seine Maritime). Le couple habite le 25 juillet au 7, rue des Fossés Louis VIII, chez M. Moutier. Ils auront cinq enfants dont Jean, né à Rouen en 1923, Jacques en 1926 à Catenay, Jacqueline à Déville en 1929.
Le 14 janvier 1924, la famille habite à Rouen-Saint-Sever au 117, rue Lafayette.
Fin juillet 1925, ils déménagent au 646, rue de Dieppe, à Déville-les-Rouen. Au numéro 658 habitera son camarade Roger Bonnifet, qui travaillait dans la même entreprise, militant communiste et syndicaliste.

La CFM

Ferdinand Thiault est embauché comme wattman (il s’agit d’un emploi « réservé » aux militaires de
carrière) le 1er septembre 1925 à la Compagnie Française des Métaux à Déville-lès-Rouen (Roger Bonnifet de Déville et André Bardel de Maromme qui seront déportés en même temps que lui à Auschwitz y travaillent également).
Pour l’armée, cet emploi le fait alors « passer » – administrativement – dans la réserve de l’armée active, en tant qu’« affecté spécial » (il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit) au titre de la
Compagnie Française des Métaux, 12 rue de la gare à St Denis, Seine, comme wattman..

Les cités de la CFM, le 5, rue Fauquet

Fin janvier 1928, les Thiault habitent les cités de la CFM, au 5, avenue Fauquet à Déville et y seront domiciliés jusqu’à l’arrestation de Ferdinand Thiault.
Sa fiche au DAVCC indique que Ferdinand Thiault est «chauffeur» au moment de son arrestation.

Il est sympathisant communiste selon sa veuve. Ferdinand Thiault dirige le syndicat CGT des Métaux de Rouen (in Le Maitron).
Selon la mémoire familiale, il parle sept langues et en écrit cinq.

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

A partir de l’année 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.
Ferdinand Thiault y est inscrit comme bûcheron (comme Roger Bonnifet).

Le 21 octobre 1941 des gendarmes français et allemands l’arrêtent à son domicile, à 5 heures du matin « Sur ordre des Allemands« . Roger Bonnifet, également de Déville, est arrêté le lendemain. Il sera comme lui déporté à Auschwitz. Ferdinand Thiault est signalé comme communiste aux gendarmes qui doivent l’arrêter. Il est conduit à la tour Jeanne-d’Arc de Rouen où la Gestapo a installé bureaux et cellules.

Ces arrestations ont été ordonnées par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly)Lire dans le site Le « brûlot » de Rouen.
Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre les 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen (Ferdinand Thiault y passe huit jours), tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. Trente neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz.

Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, Ferdinand Thiault va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Ferdinand Thiault est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Immatriculation à Auschwitz le 8 juillet 1942

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 46138 ». Ce numéro d’abord présumé lors de la reconstitution de la liste de départ du convoi a pu être validé par comparaison entre la photo d’immatriculation (1) correspondant à ce numéro et la plus récente de ses photos d’avant-guerre.

Ferdinand Thiault meurt à Auschwitz le 17 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1245). Cependant l’arrêté ministériel portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur son acte de décès (Journal Officiel du 2 septembre 2000), porte encore la mention «décédé le 29 juillet 1942, à Auschwitz (Pologne)». Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte les dates des archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz, documents allemands signés officiellement par les médecins du camp d’Auschwitz, à la mort d’un détenu).

Ferdinand Thiault a été déclaré « Mort pour la France». Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué (n° 1176.0527).

Nouvelle plaque
Plaque 1947, photocopie

Son nom a été donné à une rue de Déville-lès-Rouen le 2 avril 1947 lors d’une délibération du Conseil municipal, qui baptisait le même jour 13 autres rues de la commune du nom de résistants dévillois.

Son nom est inscrit sur la plaque commémorative «1939-45» située dans le cimetière ancien de Rueil-Malmaison.

Sa veuve est décédée le 13 octobre 1973 à Déville-les-Rouen.

Il est également honoré sur le monument commémoratif du PCF, dans la cour de la fédération du P.C.F. au 33 place Général de Gaulle à Rouen, : avec ce poème de Paul Éluard (Enterrar y callar) –Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l’ ESPOIR et le Désespoir.

  • Note 1 : 524 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Courrier de M. Philippe Ruc auteur de «Les déportés politiques, les résistants, les prisonniers et les requis» 1999. 94 pages. Edité par l’Association Déville d’Hier-Déville d’Aujourd’hui. Sa lettre du 23 avril 1992 contient des informations biographiques.
  • Documents fournis par sa petite fille, Catherine Thiaud-Kruger (2006).
  • Photo de Ferdinand Thiault association Déville d’Hier et d’Aujourd’hui.
  • Listes CGT (p 10) et Louis Eudier.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1992.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Maitron : Tome 42, page 131, notice : Marcel Boivin.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb. Relevé Laetitia Filippi.
  • © Sitewww.mortsdanslescamps.com
  • Photo CFM www.culture.gouv.fr/public/
  • Registres matricules militaires.

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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