Charles Bachelet
Charles Bachelet le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 45.188 » à Auschwitz

Charles Bachelet : né en 1895 au Grand Quevilly (Seine-Inférieure / Seine-Maritime), où il est domicilié ; militant CGT et communiste ; arrêté le 22 octobre 1941 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 19 septembre 1942.

Charles Bachelet est né le 23 septembre 1895 au Grand Quevilly (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). Il habite au 125, rue Sadi Carnot au Grand-Quevilly au moment de son arrestation.
Charles Bachelet est le fils de Louise Françoise Montlaur, 28 ans, tisseuse et de Léon, Alphonse Bachelet, 28 ans, maçon, son époux.
Il est journalier en 1914 (1). Il sera après guerre Boiseur-cimentier, puis charpentier en bois en 1937.
Conscrit de la classe 1915, il est mobilisé le 19 décembre 1914 au 76ème Régiment d’Infanterie.  Il « passera » au 19ème RI. Il est plusieurs fois évacué pour maladie (1916, 1917, 1918) mis revient au front à chaque fois. Il est cité à l’ordre du régiment en janvier 1918, et le 30 novembre 1918. Il est décoré de la croix de guerre.

Charles Bachelet se marie au Petit-Quevilly le 26 juin 1924 avec Alphonsine, Hortense, Blanche Fleury, tisseuse. Le couple a deux enfants dont Irène qui naît en 1922. Ils habitent alors au 10, rue de la Nouvelle Eglise au Petit-Quevilly.
En 1927, la famille habite au 187, rue St Julien à Rouen. Ils déménagent et habitent le 14 mai 1928 au 15, rue Sadi Carnot au Grand-Quevilly.
Il est un membre actif du Parti communiste et de la CGT.
Rattaché classe 1911 (père de deux enfants), il est mobilisé le 1er septembre 1939 et affecté au Dépôt d’infanterie du 31è RI.

Autochenille allemande à Roue

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. A partir de 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état
civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Militant communiste connu des renseignements généraux, Charles Bachelet est arrêté le 22 octobre 1941. Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le « brûlot » de Rouen.
Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. Trente-neuf d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Charles Bachelet est interné à Compiègne le 28 octobre 1941.
A Compiègne, il reçoit le numéro matricule « 2038 ». Son épouse effectue des démarches auprès de la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés afin d’obtenir des nouvelles de son mari (mention au DAVCC, « dossier Brinon » : Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation).

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Charles Bachelet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.

Il est immatriculé le 8 juillet 1942

Charles Bachelet est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45188». En l’absence de références aux registres du camp, j’avais reconstitué ce numéro, compte tenu de l’ordre des listes alphabétiques. Il me semble pouvoir être validé en comparant la photo d’immatriculation du camp d’Auschwitz correspondant à ce numéro, avec sa photo d’avant-guerre. La photo d’immatriculation à Auschwitz correspondant à ce numéro matricule a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.

Charles Bachelet meurt à Auschwitz le 6 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 38). Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué. L’acte de décès du ministère des Anciens Combattants en date du 9 juillet 1946 indique la date «15 octobre 1942». Lire dans le site l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans le «Death books» (qui correspond au registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz) et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compteles dates des archives du camp d’Auschwitz emportées par les soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz, documents officiels allemands, établis par les médecins du camp d’Auschwitz, à la mort d’un détenu). Charles Bachelet a été homologué «Déporté politique» le 4 juin 1955 (n°11760465), carte délivrée à sa fille, Irène Launay née Bachelet.

La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 7 juin 1987.

Son nom est inscrit sur la plaque de la Rue des Martyrs de la
Résistance au Grand-Quevilly. Y figurent également ceux de ses camarades
déportés dans le même convoi que lui : Louis Briand, Michel Bouchard, Maurice
Guillot
, Marcel Le Dret, Robert Mouchart, Jean Valentin, et Maurice Voranget.
Quatre autres déportés sont honorés : René Blantron déporté le 27 avril 1944, décédé à Flossenbürg cette même année, Albert Chevalier déporté le 23 janvier 1943, décédé à Sachsenhausen fin avril 1944, Maurice Nail, déporté le 28 avril 1943, décédé à
Sacchenhausen.

Charles Bachelet est homologué « Déporté politique ». La carte est attribuée à sa fille Irène, épouse Launay.

Sources

  • Listes de déportés de Seine-Maritime établies à leur retour de déportation par Louis Jouvin, et par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère dela Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juin 1992.
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne» (matricules 283 à 3800), collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (BAVCC).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet «Rail et mémoire».
  • © Sitewww.mortsdanslescamps.com
  • Archives en ligne de Seine Maritime : état civil et registre matricule militaire.

Notice biographique rédigée en novembre 2011 (complétée en 2015, 2018 et 2022) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

4 Commentaires

  1. Je vous remercie pour ce travail de mémoire. Charles Bachelet est mon arrière-grand-père maternel. Bien à vous.

    1. j'espère que ce mot vous parviendra je vous laisse mon téléphone 07 77 81 98 74 en espérant un jour vous joindre à bientôt j'espère Monsieur Svabeksvabek dit :

      Svp si toutefois vous recevez ce message sachez que j’ai des documents concernant votre arrière-grand-père Monsieur Charles Bachelet et j’aurais tant aimé pouvoir vous les faire parvenir je suis de Grand Quevilly ancien légionnaire de carrière je m’occupe de la restauration des soldats morts pour la France j’ai restauré la plaque de votre grand-père que j’ai fait à poser sur le monument aux morts de la ville j’espère que ce mot vous parviendra je vous laisse mon téléphone 07 77 81 98 74 en espérant un jour vous joindre à bientôt j’espère Monsieur Svabek

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