Louis Daens © Marie-Jeanne Piednoël

Matricule « 45.418 » à Auschwitz


Louis Daens : né en 1892 à Lens (Pas-de-Calais) ; domicilié à Bolbec (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; mineur de fond, tréfileur, opérateur, terrassier ; syndicaliste CGT et communiste ; arrêté le 21 juillet 1941 ; condamné à deux ans de prison ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt à Birkenau le 9 février 1943.

Les citations en italique marron sont de sa fille cadette, Madame Marie-Jeanne Piednoël.

Louis Daens est né le 25 février 1892 à Lens (Pas-de-Calais), « route d’Arras, près le rivage du canal« . Il est domicilié au 60 rue de la République à Bolbec (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Blanche Laurent, 17 ans 1/2 et de Louis, Philippe
Daens, ouvrier mineur (houilleur), 27 ans.
Il a deux sœurs, Julia née en 1894 et Yvonne (Philogone) née en 1899, et un frère, Henry.
Il est mineur de fond en 1913.

Louis Daens soldat © Marie-Jeanne Piednoël

Le conseil de révision l’indique « soutien de famille » le 27 novembre 1913. Extrait de son livret militaire « 1m 61, cheveux blonds, yeux bleus, visage large, tatouages aux mains ».

Croix de guerre étoile de bronze
Médaille de Verdun

A la déclaration de guerre, il est mobilisé et incorporé au 33ème Régiment d’Infanterie, puis au 68ème et au 73èmed’infanterie à Béthune. Il est blessé à trois reprises. Le 9 janvier 1915, il est soigné à l’hôpital de campagne de Troyes, puis à Niort jusqu’au 10 mai 1915. Il rejoint son régiment. Blessé à nouveau le 2 mars 1916 il est évacué au dépôt. Affecté au 1erbataillon, 3èmecompagnie, il est atteint par un obus le 17 mai 1916, blessé aux jambes et aux
hanches. Il est dirigé sur les mines et le 4 août 1917, il est classé « affecté spécial au mines », « en sursis aux mines de Blanzy » en août 1917. Pensionné, il reçoit la Médaille militaire, la Croix de Guerre avec étoile de bronze, la Médaille de Verdun.

Louis Daens travaille pendant vingt ans comme mineur de charbon en France (à Dourges, Bruay-en-Artois, Creusot-Montceau-les-Mines), puis au Canada à Port Morien en Nouvelle Ecosse.

Il épouse Marie, Régina Lampin le 27 juin 1918 à Montigny-en-Gohelle. Il a « 21 ans quatre mois ». Agée de « 19 ans deux mois », ménagère, elle est née le 15 avril 1894 à Montigny-en-Gohelle (Pas-de-Calais). Au moment du mariage, la mère de Louis Daens a divorcé et il ignore son adresse.
Le couple habite alors à Montigny-en-Gohèle (Pas-de-Calais). Ils ont eu six enfants en 1942 (trois garçons, Louis, Benoit et Pierre-Jean, et deux filles, Lucienne l‘aînée et Marie-Jeanne qui a 9 ans et demi au moment de l’arrestation de son père). Un autre garçon est décédé accidentellement au Canada à l’âge de 7 ans.
A son retour en France, «ne voulant pas que ses fils deviennent mineurs de fond», il s’installera en Normandie avec sa femme et ses enfants, où plusieurs membres de la famille se trouvent déjà. Membre du Parti communiste depuis 1928, Louis Daens est à la tête du syndicat CGT des Produits chimiques de Port-Jérôme (raffineries de Port-Jérôme-Gravenchon) de 1936 à 1939 avec Henri Messager (1).
Louis Daens pris part, en 1934, à la fondation avec Henri Messager du Syndicat CGT des Produits Chimiques de Port-Jérôme (Raffineries Vacuum et Standard de Port-Jérôme-Gravenchon). Les deux hommes, originaires de la même région avaient vécu les affres de la guerre 14-18, l’un comme enfant du front dans la région de Douai occupée et l’autre comme soldat exposé au feu. Ils étaient donc inséparables, s’exprimant souvent entre eux en patois nordique. (Le Maitron, notice Jean-Paul Nicolas).

« Puis ce fut le grand mouvement social de juin 1936, avec dans les deux usines une grève (avec occupation) de 15 jours, couronnée de succès, à la satisfaction des travailleurs des raffineries.
Dans cette période faste, la CGT et le PCF se réunissaient à Notre-Dame-de-Gravenchon dans le café de Félix Krykwinski à Saint-Georges. On y retrouvait Henri Messager, Louis Daëns, Maurice Bonvin, Raymond Baudry, Félix Guégan, Maurice Basille et André Burgunder de la raffinerie SFAR (Esso Standard) ainsi qu’André AugerayEmile Robinet, Louis François, Fernand Quesnel de la raffinerie Vacuum-Oil (Mobil).
Le mouvement de grève du 30 novembre 1938 contre Munich et les décrets-lois antisociaux de Daladier se solda par une puissante répression. Cette répression se traduisit par six licenciements de militants à la raffinerie Standard. On connait avec certitude trois des six licenciés du 1er décembre 1938 : Henri Messager, Maurice Bonvin et Félix Guégan.  » Le Maitron id.). Ce jour-là, Louis Daëns fut provisoirement épargné par le licenciement, et lorsque Henri Messager, expulsé, dut quitter la cité Standard, une manifestation de sympathie fut organisée pour accompagner Henri et sa famille de deux très jeunes enfants dans un logement provisoire fourni par la commune : la scène de la salle des fêtes du Vieux-Gravenchon. Dans la rue Clément Quervel, par une fenêtre grande ouverte, un électrophone diffusait l’Internationale et Louis Daëns y était sûrement pour quelque chose. Quelques semaines après le 30 novembre 1938, Louis Daëns, surveillé par des mouchards dans la raffinerie fut à son tour licencié de la SFAR pour une peccadille. Expulsé de son logement de ND de Gravenchon, il retrouva du travail aux Tréfileries du Havre jusqu’au mois de Juin 1940 (Le Maitron id.).

Comme il était logé par l’entreprise, il est expulsé de son logement. Il retrouve du travail aux Tréfileries du Havre d’octobre 1939 à juin 1940. Il loge à l’hôtel. Puis ayant trouvé une maison à Bolbec par l’intermédiaire de son beau-père qui habite cette ville, il travaille ensuite comme terrassier aux Ponts et Chaussées de Bolbec, qui commencent le tracé du Pont de Tancarville (les travaux débutent le 1er décembre 1940).

Louis Daens in « L’avenir du Havre » édition du 29 juin 1945

Louis Daens «est employé d’abord au chantier naval du Trait, puis à Esso Standard (raffinerie de Notre Dame de Gravenchon), comme opérateur entre 1935 et 1939. Il est licencié à cause de ses idées syndicales et politiques, ayant participé aux grandes grèves à cette époque (notamment la grève du 30 novembre 1938)».

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

A partir de l’année 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Pendant l’Occupation, militant du Parti communiste clandestin, Louis Daëns confectionne et distribue des tracts sur la voie publique «qu’il répartissait aux camarades de Bolbec, Lillebonne, Gravenchon. Je sais qu’il y avait un petit réseau». Les réunions ont lieu dans une salle derrière le café Félix ou en rase campagne.
Il y retrouve Georges Omont, Victor David, Fernand Quesnel, Louis François, André Augeray, Henri Messager.
Selon sa fille et «l’Avenir du Havre» (document ci-après), c’est à la suite d’une dénonciation par un commerçant de la rue de la République (Mr L…), qu’un brigadier de gendarmerie (B…) , plusieurs gendarmes français et deux gendarmes allemands viennent perquisitionner à son domicile le 31 juillet 1941 vers 16 h 30 (pour son frère Benoit, lui aussi très jeune, il y avait quatre gendarmes allemands et deux gendarmes français). Une voisine qui a vu arriver les Allemands a heureusement le temps de dissimuler les tracts recherchés. Cependant un gendarme français trouve dans le tiroir de l’armoire un exemplaire de l’Humanité datant de plusieurs mois.

L’Avenir du Havre 29 juin 1945

Lorsque les gendarmes français et ceux de la Felgendarmerie repartent, Lucienne la fille aînée de Louis Daens va au devant de son père avec son vélo de femme de couleur bleue. Elle dit à son père d’enlever son béret, ses lunettes et fait l’échange des vélos.

Les gendarmes français avaient décrit entre eux Louis Daens comme «un petit gros, avec un béret, des lunettes et un vélo d’homme de couleur rouge». Elle prend les tracts qu’il portait dans sa musette et les détruit dans un fossé. «Hélas, le brigadier de gendarmerie B. envoie le gendarme R. prévenir mon père à 19 h 30 qu’il doit se présenter à la gendarmerie. Celui-ci, confiant, malgré les recommandations de ma mère de partir, mangeait tranquillement sa soupe».
Louis
Daens passe quelques jours à la prison de la gendarmerie de Bolbec. « Notre mère tente une démarche pour le faire libérer auprès de la Kommandantur. Il lui est répondu que faute de preuve un non-lieu avait été prononcé et que l’incarcération de son mari résultait de la volonté de la gendarmerie française ». 

Il est incarcéré au Havre le 5 août 1941 jusqu’au 28 août, puis transféré à Rouen le 29 août. Louis Daens passe en jugement en septembre 1941. Il est condamné à deux ans de prison, mais il est remis aux autorités allemandes à leur demande le 22 octobre 1941.

Celles-ci l’internent le 24 ou le 25 octobre 1941 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) où il reçoit le numéro matricule « 1924 ». Il est affecté au bâtiment A2, chambre 14.

Le 4 juillet 1942, il envoie une lettre à sa femme, où il lui annonce leur départ «pour une destination inconnue». Il écrit qu’il est toujours avec «les copains du Trait, sauf Fezandelle (3) qui a été fusillé».
Il lui demande de prévenir madame Lucien Bellet de Notre-Dame de Bondeville du départ de «Maurice et Lulu» avec lui.

Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne,  Louis Daens est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45418 » selon la liste par matricule du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Louis Daens entre à l’infirmerie de Birkenau le 5 janvier 1943.  Il meurt à Birkenau le 9 février 1943, d’après le certificat de décès établi au camp pour l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 203). La date inscrite sur le registre d’état civil de Bolbec en 1946 est le 15 octobre 1942 (dans les années d’après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d’un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette date correspondait au témoignage de Robert Gaillard qui pensait qu’il était mort «dans les premiers mois»).

Depuis le départ de Compiègne de son époux, Marie Daens avait entrepris plusieurs démarches auprès de la sous-préfecture du Havre et de la Croix Rouge. Une lettre de celle-ci en date du 23 juillet 1943 l’avait informée qu’un certain nombre de déportés du convoi du 6 juillet se trouvaient à Auschwitz. Elle avait écrit en vain au commandant du camp (document ci-contre).

Carte de Déporté politique
Carte de DP attribuée à sa veuve
Lettre de Benoit Daens au Ministre des anciens combattants

Louis Daens est reconnu «Mort pour la France» le 27 août 1947.
Il est homologué comme «Déporté politique» le 10 avril 1963.
Mais le titre de «Déporté résistant» lui est refusé en 1969, ce qui a profondément choqué ses enfants : Benoit Daens a écrit une lettre pleine de dignité au ministre des anciens combattants, qui après avoir ordonné une nouvelle enquête a persisté dans le refus d’attribution, «les témoignages de M. Coste et de Mme Bunel ne précisant pas si les tracts que Louis Daens distribuait émanaient d’une organisation reconnue au titre des FFC, FFI ou de la RIF, comme l’exige l’alinéa a) du 4° de l’article R.287 du code des pensions».

La mention «Mort en déportation» est mentionné sur son acte de décès parue au Journal Officiel du 30 août 2007.

Le 26 mars 1946, ses deux camarades Louis Eudier et Jules Le Troadec, rescapés du convoi, ont tous deux témoigné de sa mort à Auschwitz

in ©  Le Maitron

Son nom est gravé sur une plaque qui était apposée sur le local de la CGT de Notre-Dame-de-Gravenchon, «avec celui de G. Loison, Henri Messager, Basille et bien d’autres», «en hommage aux militants de la CGT, victimes du nazisme, morts pour leur engagement dans le combat pour la liberté, 1939-1945». Cette plaque a été apposée sur les nouveaux locaux de la CGT (Lillebonne-Gravenchon) transférés depuis à Lillebonne (1 bis rue Fauquet-Lemaitre)et inaugurée le premier mai 2001, en présence de sa fille Jeanne Piednoël, d’André Messager (fils d’Henri), de Christiane Giffard (fille d’Emile Robinet) et de la famille de Georges Loison (beau frère d’Henri Messager, fusillé lui aussi au Mont Valérien)

Son nom est également inscrit sur le Monument «Souviens-toi», rue des Martyrs de la Résistance à Bolbec et une cellule du Parti communiste de Bolbec porte son nom.

Le journal « L’avenir du Havre » lui a rendu hommage à la Libération, édition du 29 juin 1945 (voir la coupure de presse plus haut).

Monument commémoratif PCF

Le nom de Louis Daens est honoré sur le monument installé dans la cour de la fédération du PCF de Seine Maritime (33, place Général de Gaulle, Rouen) : « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l’ESPOIR et le Désespoir ». Relevé Thierry Prunier.

Sa veuve Marie Lampin est décédée à Bolbec le 9 juillet 1987.

  • Son fils aîné, Louis Daens, né en 1912, est arrêté au Trait pour distribution de tracts anti-allemands. Il est condamné à une peine de prison. Grâce à la complicité d’un gendarme, il s’enfuit et passe le restant de la guerre dans la clandestinité à Paris.
  • Son frère, Pierre-Jean, alors âgé de 17 ans et demi s’engage dans les FFI, puis rejoint l’armée Leclerc «pour, disait-il, aller délivrer mon père que nous pensions en Allemagne».
  • Marie-Jeanne, militante du PCF et de la CGT fut conseillère municipale et adjointe au maire pendant 12 ans. Benoît Daens a témoigné de l’arrestation de son père dans le livre fait (en PAE) par les élèves du collège de Roncherolles de Bolbec. « Le dénonciateur, condamné à mort par contumace, est revenu à Granville, après le délai de prescription de 7 ans. Il a dû recomparaître devant le tribunal militaire de Metz et fût acquitté. Procès auquel auquel assiste Pierre-Jean, dont le témoignage n’a pas été pris en compte. Ce tribunal a estimé que l’on ne pouvait pas condamner un père de 7 enfants. C’est aberrant quand on sait que lui, n’a pas hésité, à dénoncer des pères de famille (…
  • Note 1: Henri Messager est secrétaire du syndicat CGT des pétroles, membre du bureau fédéral du PC. Il est licencié le même jour que Louis Daens. Clandestin depuis novembre 1940, il est arrêté le 18 février 1942 à Cherbourg, et fusillé au Mont-Valérien le 21 septembre 1942 (in Maitron).
  • Note 2 : René Bouffet, ancien préfet de Constantine, puis de la Manche est nommé préfet de Seine-inférieure le 4 septembre 1940 et préfet régional jusqu’en août 1942 avant d’être nommé préfet de la Seine jusqu’en août 1944.  
  • Note 3: Marcel Fezandelle, né le 8 mars 1921 à Mertrud (Haute-Marne) était dessinateur-traceur en construction navale à Le Trait. Il est arrêté en novembre 1940 pour activités communistes. Interné au camp de Compiègne, il est fusillé comme otage au Mont Valérien le 15 décembre 1941, le même jour que 74 autres otages, dont Gabriel Péri.

Sources

  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par sa fille Marie Jeanne Piednoël-Daens le 8 février 1992.
  • Témoignage de Robert Gaillard.
  • Attestations concernant sa déportation à Auschswitz, de Louis Eudier et Jules Le Troadec.
  • Mme Jeanne-Marie Piednoël, sa fille, m’a fourni de nombreux documents en avril 1992 (puis en octobre 201) : La lettre de son père du 4 juillet 1942 qui annonce son départ, les courriers de sa mère. adressés à Compiègne et à Auschwitz, l’acte de décès de son père, un article du journal « l’Avenir du Havre » du 29 juin 1945, des photos de famille.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Tome 24, page 13, notice de Jean Pierre Besse, puis notice de Jean-Paul Nicolas.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • « Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l’infirmerie de Birkenau, kommando d’Auschwitz, Registre des décédés » du 1.11.1942 au 15.07.1943.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Courriel d’octobre 2012 de Jean-Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron (informations, livret militaire, état civil).

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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