Léon Georges le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 45.591 » à Auschwitz

Léon Georges : né en 1910 à Trouville (Calvados) ; domicilié au Havre (Seine-Inférieure / Seine Maritime) ; docker, gérant de restaurant ; arrêté le 23 février 1942 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt en décembre 1942.

Léon Georges est né le 25 mai 1910 à Trouville (Calvados). Il habite quai de Southampton au Havre (Seine-Inférieure / Seine Maritime) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Jeanne, Victorine, Désirée Oursel, 19 ans « occupée au ménage » et de Désiré, Léon, Georges 26 ans, maçon, son époux. Il habitent rue du Rocher à Trouville.
Il a 9 sœurs et frères (Jeanne, Robert, Jean, Charles, Denise, Louis, Emile, Claudine, et Jacqueline).
Ses parents étant divorcés, c’est lui, l’aîné des garçons et sa sœur Jeanne d’un an son aînée, qui aident leur mère et leurs sœurs et frères. Il travaille comme docker sur le port du Havre. Il se marie en 1933 (information fiche de police du Havre : la mention n’a pas été rapportée sur l’acte de l’état civil de Trouville).
A partir des années 1930, il encourt quelques condamnations pour des délits mineurs. La police ne lui connait aucun engagement politique.
En septembre 1941, la propriétaire de l’hôtel Bristol l’embauche pour tenir la gérance du « Restaurant basque », au 33, rue Bazan, (aujourd’hui rue de l’Hôpital) où il est logé.

Le Havre occupé, 1941 AJPN © D.r.

Les troupes allemandes entrent dans Le Havre le jeudi 13 juin 1940, et transforment la ville et le port en base navale (on comptera jusqu’à 40.000 hommes de troupe). Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, et Rouen. Une Kreiskommandantur est installée à L’Hôtel de ville du Havre. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

A partir de l’année 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.
Léon Georges est arrêté le 23 février 1942 au Havre, à la suite de l’attentat de la Place de l’Arsenal au Havre.
Après l’attentat, les Allemands raflent au jugé des hommes dans les cafés place de l’Arsenal.

Certains des Havrais raflés juste après l’attentat, seront relaxés. Léon Georges est probablement gardé comme otage au vu des rapports antérieurs de la police française. La rafle se poursuit le lendemain au Pont de La Barre en direction des milieux communistes et syndicalistes. Lire dans le blog Le Havre, sabotages et attentats : avril 1941-février 1942

Les autorités allemandes l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Son amie, Mlle Gorre domiciliée au 31, rue Balzac au Havre, écrit le 7 septembre 1942 au Maréchal Pétain pour obtenir sa libération. Sa lettre est transmise à Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) qui représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation) qui interroge le préfet de Seine-Inférieure.
La réponse du préfet René Bouffet à Brinon (le 14 novembre 1942) est sans appel : «Je n’ai pas jugé nécessaire d’intervenir en sa faveur auprès des autorités allemandes. M. Georges a en effet été arrêté à la suite de l’attentat commis au Havre le 23 février 1942. Plusieurs de ces personnes ont été relaxées quelques jours plus tard. L’intéressé, probablement en raison de plusieurs condamnations reliées à son casier judiciaire, fut gardé en otage et conduit par la suite au camp de Compiègne».
Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Léon Georges est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Léon Georges est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45591» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Léon Georges est immatriculé le 8 juillet 1942

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Lire dans le site, La journée-type d’un déporté d’Auschwitz

Dessin de Franz Reisz, 1946

Il n’y a pas de certificat de décès destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz qui permette de connaître la date de son décès à Auschwitz. En 1949, le ministère des Anciens combattants a fixé celle-ci au 15 décembre 1942 (acte de disparition). Cette date correspond néanmoins à celle indiquée par les historiens polonais en 1974.

Léon Georges a été homologué comme «Déporté politique».

Son nom est honoré depuis 2016 sur le Monument commémoratif de la Résistance et de la Déportation, dans les jardins de l’Hôtel de ville du Havre : « Le 29 avril 1990, l’urne contenant des cendres de nos héros et de nos martyrs morts en déportation a été transférée dans ce monument » : en effet, lors de la préparation de l’exposition « Les visages des martyrs » réalisée en 2015 par l’Union des Syndicats CGT Le Havre, les recherches ont mis à jour un ensemble de dossiers de déportés, fusillés et massacrés non inscrits au monument « Résistance-Déportation-Souviens-toi » du Havre. Edouard Philippe,
alors maire du Havre et député de Seine-Maritime, a accédé à la demande de la CGT que leurs noms soient inscrits au monument et honorés lors de la cérémonie organisée dans le cadre de la Journée Nationale d’Hommage aux Héros et Victimes de la Déportation, le 24 avril 2016. Parmi eux, neuf « 45.000 ».

  • Note 1 : 524 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère dela Défense, Caen (dossier individuel consulté en avril 1992).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen).
  • « Communistes au Havre » Histoire sociale, culturelle et politique, 1922-1983, par Marie Paule Dhaille-Hervieu. Publications de l’Université de Rouen et du Havre (11 janvier 2010). Thèse de doctorat.

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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