Georges Bertrand : né en 1907 à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure / Loire-Atlantique) ; domicilié au Havre (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; docker, métallurgiste, pompiste ; résistant ; arrêté le 23 février 1942 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 3 octobre 1942. 

Georges Bertrand est né le 24 avril 1907 à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure / Loire-Atlantique). Il habite au Havre (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Mélanie, Joséphine, Ambroise dit Lacroix, 23 ans, sans profession et de Louis, Ferdinand Bertrand, 32 ans, ajusteur son époux.
Georges Bertrand est docker au Havre.
En 1926, il est métallurgiste, domicilié à Chambon Feugerolles (Loire), mais résidant au Havre au 9, rue des Gallions. A cette adresse habite alors également Germaine, Marie Millet qui épousera en 1927 Henri André, qui sera arrêté et déporté en même temps que Georges Bertrand.
Le 9 avril 1926, au Havre, Georges Bertrand épouse Léontine, Henriette Hoyau. Elle a 16 ans, et travaille comme journalière. Elle est née le 10 mai 1916. Elle est domiciliée au 5, rue Guillaume de Marceilles. Le couple aura cinq enfants, âgés de 14 ans à un an en juin 1942, dont Georges (1).

Le Havre occupé, 1941 AJPN © D.r.

Les troupes allemandes entrent dans Le Havre le jeudi 13 juin 1940, et transforment la ville et le port en base navale (on comptera jusqu’à 40.000 hommes de troupe). Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, et Rouen. Une Kreiskommandantur est installée à L’Hôtel de ville du Havre. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

A partir de l’année 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

À partir de février 1941, Georges Bertrand travaille comme pompiste à la société Alexandre Klaguine au Havre (repreneur de navires), qui à cette époque transforme le « Gouverneur General Laferriere » qui lui a été vendu en 1938 par la compagnie de navigation mixte et a intégré la flotte de Vichy. Selon son fils, sa mère savait que son père avait des activités de Résistance.
Pour les services de police, il n’a aucune activité politique, ayant seulement commis quelques larcins dans sa jeunesse, dont un vol d’œufs à l’âge de 12 ans.

Il est arrêté le 23 février 1942 (selon l’acte de disparition du 12 février 1952 du ministère des ACVG), à la suite de l’attentat place de l’Arsenal au Havre. Lire dans le blog Le Havre, sabotages et attentats : avril 1941/février 1942.

Extrait du livre de Marie Paule Dhaille-Hervieu. « Communistes au Havre »

D’abord interné à Rouen, les autorités allemandes le transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Georges Bertrand est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 n’est pas connu. Le numéro « 45232 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Georges Bertrand meurt à Auschwitz le 3 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 82). Il est déclaré «Mort pour la France» en 1945. Son épouse a reçu un acte de disparition en date du 12 février 1952. L’état civil français a fixé son décès au 6 juillet 1942.

  • ©Thierry Prunier / Mémorial Genweb

    Note 1 : Roger Arnould a retrouvé un des enfants de Georges Bertrand (lui aussi prénommé Georges) en 1960 lors d’une réunion organisée par le cercle de la Jeunesse communiste du XXème arrondissement, au cours de laquelle il parlait des camps de concentration et de la Résistance à Buchenwald. Ce qui lui a permis d’aider la famille qui n’avait pas engagé de démarches à la Libération (lettre du 7 avril 1960 à l’Amicale d’Auschwitz et de la FNDIRP du XXème). De ce fait le nom de Georges Bertrand n’avait pas été inscrit sur le monument honorant les déportés du Havre.
    Son nom est désormais honoré depuis 2016 sur le Monument commémoratif de la Résistance et de la Déportation, dans les jardins de l’Hôtel de ville du Havre : « Le 29 avril 1990, l’urne contenant des cendres de nos héros et de nos martyrs morts en déportation a été transférée dans ce monument » : en effet, lors de la préparation de l’exposition « Les visages des martyrs » réalisée en 2015 par l’Union des
    Syndicats CGT Le Havre, les recherches ont mis à jour un ensemble de dossiers de déportés, fusillés et massacrés non inscrits au monument « Résistance-Déportation-Souviens-toi » du Havre. M. Edouard Philippe, Maire du Havre et Député de la Seine-Maritime, a souhaité que leurs noms soient inscrits au monument et honorés lors de la cérémonie organisée dans le cadre de la Journée Nationale d’Hommage aux Héros et Victimes de la Déportation, le 24 avril 2016. Parmi eux, neuf « 45.000 ».

Sources

  • Fichier national du Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère dela Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Mme Sylvie Barot, Conservateur des Archives municipales du Havre (18 juin 1992).
  • « Communistes au Havre » Histoire sociale, culturelle et
    politique, 1922-1983, par Marie Paule Dhaille-Hervieu. Publications de
    l’Université de Rouen et du Havre (11 janvier 2010). Thèse de doctorat.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Photo des barbelés d’Auschwitz : Claudine Cardon-Hamet
  • Archives en ligne de Loire Atlantique

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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