Raoul Mary Collection © Valère Creignou,
Raoul Mary : né en 1913 au Petit Quevilly (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; domicilié à Rouen (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) ; plâtrier, employé de bureau ; communiste ; arrêté en octobre 1940, acquitté ; arrêté dans la nuit du 21 juin au 22 juin 1941 ; écroué à Rouen ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 28 août 1942.

Raoul Mary est né le 4 septembre 1913 au Petit Quevilly (Seine-Inférieure/Seine-Maritime). Il habite
au 64, rue des Capucins à Rouen (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Il est plâtrier (témoignage de Valère Creignou).
Il a épousé Suzanne Chavoutier. Le couple a une fille. Il est le beau-frère de Jean Creignou et de Raymond Mouret.
De 1935 à 1937, Raoul Mary est employé de bureau aux Service régional des Assurances Sociales pendant
deux ans et demi (ou travaille également son beau-frère Raymond Mouret), puis, de 1937 à 1939, à la direction du Port de Rouen (Ponts-et-Chaussées).
Membre des Jeunesses communistes, puis du Parti communiste, il est aussi l’un des responsables de l’association locale des Amis de l’URSS, avec son beau-frère, Raymond Mouret (1).

L’Humanité du 29 septembre 1937

Lors des élections cantonales du 10 octobre 1937, il est présenté par le Parti communiste comme candidat au Conseil d’Arrondissement (CA) pour la circonscription de Bellencombre. Le candidat d’ Union Nationale est élu dès le premier tour (Le Journal de Rouen des 11 et 12 octobre ne communique que les résultats de deux candidats).
Conscrit de la classe 1913, Raoul Mary, brigadier chef de réserve, est mobilisé comme comptable à l’Etat major en 1939.

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…). Dès le 31 août 1940 les Allemands arrêtent des otages au Trait et à Duclair à la suite de sabotages de lignes téléphoniques. A partir de janvier 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes.
Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Le domicile de Raoul Mary est perquisitionné par la police française. Il est arrêté et inculpé en octobre 1940 pour « activité communiste ». Il est acquitté « faute de preuve matérielle de son activité » et libéré le 26 novembre 1940.

Il est arrêté dans la nuit du 21 juin au 22 juin 1941 à son domicile par des feldgendarmen, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22
juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici la caserne Hatry de Rouen), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré
par la Wehrmacht et qui ce jour-là devient un camp de détention.

A Compiègne Raoul Mary reçoit le matricule n° « 1414 ».
Le 23 décembre 1941, son nom est inscrit sur la liste de recensement des 131 jeunes communistes du camp de Compiègne nés entre 1912 et 1922, aptes à être déportés « à l’Est », en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC).

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Lire également dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Le 6 juillet 1942, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Raoul Mary est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. 

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Les barbelés d’Auschwitz I © Claudine Cardon- Hamet

Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro « 45855 (?)  » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique
plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Raoul Mary meurt à Auschwitz le 28 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 785). La date portée sur son acte de décès est fictive (1er novembre 1942).

Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué en 1955.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 10 novembre 1994 paru au Journal Officiel N° 1995 du 11 janvier 1995). Cet arrêté porte toujours la date fictive du 1er novembre 1942 : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995.
Lire dans le site l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans le «Death books» (qui correspond au registre d’état civil d’Auschwitz) et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

  • Note 1 : L’adresse donnée au ministère des Anciens combattants en 1953 pour l’attribution de sa carte de déporté, est identique à celle donnée pour Raymond Mouret : Madame Mary, chez madame veuve Cornu, 16, rue du carrefour, Rouen.

Sources

  • Témoignage et photo fournis par Valère Creignou, frère de Jean Creignou.
  • Liste des jeunes communistes nés entre 1912 et 1922, «aptes à être déportés à l’Est» 23/12/1941 (archives du CDJC, XLIV-198).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil du camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère dela Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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