Matricule « 45.770″ à Auschwitz

Charles Legac : né en 1910 à Paris 17ème ; domicilié  au Petit Quevilly (Seine-Inférieure/Seine-Maritime) ; employé de bureau ; communiste , secrétaire de rayon, candidat au conseil d'arrondissement ;  arrêté comme otage dans la nuit du 21 au 22 octobre 1941 ;  écroué à Rouen ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 23 novembre 1942.
Lucienne Legac aux rencontres du Havre en 1980

Charles Legac est né le 28 novembre 1910 à Paris 17ème.  Il habite au 23, rue Thiers, au Petit Quevilly (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Elisa, Jeanne Legac, 20 ans, journalière (elle habite au 39, rue Louis Blanc à Courbevoie). Il est reconnu par sa mère le 19 janvier 1911, qui est alors domiciliée rue Galilée, cité Lefebvre au Petit-Quevilly.
Il est employé de bureau.
Charles Legac a épousé Lucienne, Angèle, France Barbier le 9 juin 1934 au Petit-Quevilly. Le couple aura une fille, Françoise.
Charles Legac est secrétaire du rayon du Parti communiste du Petit-Quevilly. Il anime un comité de chômeurs. Il est également secrétaire du Comité local du Front populaire.

L’Humanité du premier octobre 1937

En octobre 1937, il est candidat aux élections de conseil d’arrondissement, à Beuzeville, dans l’Eure.

Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).
A partir de l’année 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet régional, René Bouffet, réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état
civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Pendant l’Occupation, Charles Legac est arrêté dans la nuit du 21 au 22 octobre 1941(1). Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly). Lire dans le site Le « brûlot » de Rouen.
Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre.
Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les
transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. La moitié d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz.

Lire dans ce site : La solidarité au camp allemand de Compiègne et Le « Comité » du camp des politiques à Compiègne .
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». Le 6 juillet, à six heures du matin, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Depuis le camp de Compiègne, Charles Legac est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. 

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Charles Legac est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45770» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi les 524 que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Charles Legac meurt à Auschwitz le 23 novembre 1942, selon les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz. Son acte de décès (en date du 3 juin 1947) indique la date du «5 octobre 1942 à Auschwitz» (dans les années d’après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives, à partir des témoignages de rescapés, afin de donner
accès aux titres et pensions aux familles des déportés). Voir l’article : Les dates de décès des « 45000 » à Auschwitz.

Cimetière du Petit Quevilly

Il est déclaré «Mort pour la France» le 3 juin 1947.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 31 mars 1994, paru au Journal officiel du 17 mai 1994).

Une rue (anciennement rue Nouvelle) et une impasse du Petit-Quevilly portent son nom.

Mémorial PCF Rouen ©Thierry Prunier / Mémorial Genweb

Son nom est également honoré sur le monument installé dans la cour de la fédération du PCF de Seine Maritime (33, place Général de Gaulle, Rouen) : avec ce poème de Paul Éluard (Enterrar y callar) qui accompagne les noms de 218 martyrs « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l’ESPOIR et le Désespoir ».
Mémorial du PCF à Rouen, Relevé Thierry Prunier.

Louis Jouvin, rescapé et Lucienne Legac en 1980

Son épouse a participé aux commémorations et rencontres initiées par les survivants du convoi. Sur la photo ci-contre, prise lors du déjeuner qui suit une commémoration au Havre en 1980, elle est à côté de Louis Jouvin, arrêté en même temps que son mari et qui fut maire du Grand-Quevilly après son retour des camps.

  • Note 1 : Lucien Ducastel et Robert Gaillard rapportent qu’ont été arrêtés ce même jour au
    Petit-Quevilly, André Bréançon (45298), Michel Bouchard (45278), Jean Delattre (agent des PTT, fusillé le 10 mai 1942), Adrien Gentil (45588), Louis Jouvin (45697) Adrien Fontaine (45546), Ursin Sheid (fusillé le 10 mai 1942, lire le blog de sa famille Usheid son destin) et Maurice Voranget (lui aussi déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942).

Sources

  • Témoignages de Robert Gaillard et Lucien Ducastel (20 janvier 1988) qui ont attesté de la date de son arrestation.
  • Mairie du Petit-Quevilly : juin 1992 (acte de décès daté du 17 septembre 1946, formule 3 bis, n° acte 41, n° du registre 25, dossier n° 19097)
  • Listes de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Jouvin
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • Photo in bulletin n° 30 de l’association « Mémoire vive » des 45000 et 31000.
  • photo plaque : Google street-view.

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux déportés “45000” et “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2012, 2017, 2018 et 2022. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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